L’An 1 du Putsch du CND : La justice d’abord pour la mémoire des victimes

Publié le lundi 10 octobre 2016

Un an après le coup de force du Général Gilbert Diendéré au Burkina Faso, les victimes ont eu droit à un hommage le vendredi 16 septembre 2016 au cimetière municipal de Gounghin. Une cérémonie d’hommage qui s’est voulue sobre mais qui au bout du compte s’est transformée en deux cérémonies distinctes à l’endroit des mêmes victimes.

Dépôt de gerbes de fleurs par le Premier ministre Paul Kaba Thiéba et le président de l’Assemblée nationale Salifou Diallo devant la stèle des martyrs du coup d’état du 16 septembre 2015. C’est l’une des principales activités qui ont marqué le premier anniversaire du putsch mené par les soldats du RSP. Un acte symbolique en mémoire des victimes à en croire les chefs du gouvernement et du parlement pour qui le premier pas vers « la justice commence par un devoir de mémoire pour tous ceux qui ont payé du prix du sang en résistant à cette infamie, en résistant à cette tentative de coup d’Etat scélérate qui a tenté de confisquer le pouvoir du peuple ». Le sacrifice consenti par ces dernières ne saura être vain a poursuivi le premier ministre, parce que la patrie n’oubliera jamais le sacrifice suprême qu’ils ont consenti pour défendre la liberté et la démocratie. Un an après ce coup d’Etat qui a laissé un lourd bilan, Salifou Diallo pense que les leçons à tirer pour demain, c’est de tout mettre en œuvre pour qu’ « il n’y ait plus jamais des tentatives assassines, attentatoires à la liberté, à la démocratie qui se réalisent par des individus occasionnant des pertes en vies humaines ». C’est pourquoi tous les enfants du Burkina, femmes comme hommes, doivent au-delà de leurs divergences politiques, leurs opinions religieuses et leurs appartenances culturelles, « s’élever sur les sacrifices de ces martyrs pour fonder une nation » car de l’avis du président de l’Assemblée nationale, « le sacrifice de ces martyrs devrait être le sang qui vivifie notre vouloir vivre collectif », c’est-à-dire pour une justice sociale, une équité et surtout pour un progrès social pour tous, pour éviter à l’avenir que le Burkina Faso ne se déchire entre différentes tendances de pauvres et de riches ou sur des bases politiciennes.

Qu’on soit sérieux un jour au Burkina Faso
Si pour le premier la justice commence par un devoir de mémoire pour tous ceux qui ont payé du prix du sang en résistant à cette infamie, pour les parents des victimes tout commence par une justice. Raison pour laquelle d’ailleurs ils vont refuser de s’associer aux autorités venues au cimetière de Gounghin pour commémorer le triste anniversaire. Des autorités qu’ils accusent de ne pas avoir de considération pour les victimes, vu les fébrilités liées à la préparation de ce premier anniversaire. « Ça fait combien de mois qu’ils sont au pouvoir ? Est-ce qu’ils ont besoin de traîner pendant 12 mois ? Soyons sérieux » s’est insurgé Lingani un des parents des victimes pour dénoncer le répit de la justice. Se mettant donc à l’écart de la cérémonie officielle, les parents des victimes s’offusquent lorsque le protocole les a invités à venir saluer les autorités. « Prenez la parole. Non. On ne prend pas la parole. Personne ne prend la parole ici. Ils ont fini leur cérémonie ils n’ont qu’à partir. La presse va rester avec nous ». Ce sont des plaintes et des tractations dans le groupe pour définir la conduite à tenir face aux autorités. « Ce qui vient de se passer c’est une déception totale. C’est une déception pour toute la nation. Des autorités qui viennent organiser un truc comme cela, ce n’est pas la peine. Cela fait un an. Ils sont au courant de la date. Ce n’est pas hier qu’ils vont commencer à organiser une cérémonie pour des gens qui sont morts pour la nation. Qu’on soit sérieux un jour au Burkina Faso. » s’emporte Wangrawa. « Ils vont partir nous aussi nous allons faire notre cérémonie » propose une personne. Effectivement ce sera cette dernière proposition qui sera adoptée. Lorsque les autorités se sont retirées, ils vont à leur tour aller vers la stèle pour leur cérémonie en hommage à leurs proches tombés pendant le putsch du CND. Exécution de l’hymne national, une minute de silence à l’issue de laquelle tous ont repris de cœur « Justice, justice, justice » avant de se retirer. Les proches et parents des victimes du putsch ont tout simplement renoncé à leur rencontre avec le Premier ministre. « On ne part pas à la rencontre du Premier ministre. Celui qui part, part en son propre nom » a prévenu M. Lingani. À l’heure de la rencontre à la primature, personne des parents des victimes n’est venue.

Wend-Tin Basile SAM


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