Santé : La fièvre de la vallée du Rift aux portes du Burkina

Publié le lundi 10 octobre 2016

La fièvre Ebola a-t-elle définitivement disparu ou est-elle en train de revenir sous un autre format ? C’est la question qu’on est tenté de se poser car l’épidémie de fièvre hémorragique qui s’est déclenchée à Tchintabarad (une ville du Niger), près de la frontière malienne depuis le mois d’août suscite plusieurs interrogations. Les victimes, au nombre de 36 personnes en majorité des éleveurs nomades ainsi que leur cheptel, ont été infectées par cette maladie qui attaque à la fois les hommes et les animaux. Le contact avec les bêtes malades suffit simplement à transmettre la maladie à l’homme ainsi que la consommation de viande ou de lait d’animaux infectés. Le Mali aussi vient de renforcer la vigilance épidémiologique après la confirmation d’une quarantaine de cas de fièvre hémorragique de la « vallée du rift » au Niger car le foyer de l’épidémie est situé à quelques kilomètres de la frontière malienne. Le Burkina, pays voisin aux deux autres court donc un risque si les mesures nécessaires ne sont pas envisagées dans l’immédiat. Il est donc important d’anticiper et le Sénégal semble bien sur la bonne voie car des analyses ont déjà été faites à Dakar sur des prélèvements sanguins pour connaitre la nature et l’origine du mal. En attendant de connaitre les résultats, les experts de ces analyses l’ont juste étiqueté fièvre hémorragique « de la vallée du Rift ».

Définition de cette fièvre
La fièvre de la Vallée du Rift (FVR) est une zoonose virale touchant principalement les animaux mais pouvant aussi contaminer l’homme. L’infection peut provoquer une pathologie sévère tant chez l’animal que chez l’homme. Les morts et les avortements dans les troupeaux infectés par la FVR entraînent aussi des pertes économiques substantielles.
Le virus de la FVR appartient au genre Phlebovirus, l’un des cinq genres de la famille des Bunyaviridae. Il a été identifié pour la première fois en 1931 au cours d’une enquête sur une épidémie touchant les moutons d’une ferme de la Vallée du Rift, au Kenya. On a ensuite signalé des flambées en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne. En 1997-1998, une flambée épidémique majeure s’est produite au Kenya, en Somalie et en Tanzanie et, en septembre 2000, des cas de FVR ont été confirmés en Arabie saoudite et au Yémen. Cette première fois où on a signalé la maladie en dehors du continent africain suscite des inquiétudes sur la possibilité de son extension à d’autres parties de l’Asie et à l’Europe.

Mode de transmission
Dans la grande majorité des cas, l’infection se produit chez l’homme à la suite d’un contact direct ou indirect avec du sang ou des organes d’animaux contaminés. Le virus peut se transmettre lors de la manipulation des tissus animaux au cours de l’abattage ou de la découpe, pendant les mises-bas et les interventions vétérinaires ou lors de l’élimination des carcasses ou des fœtus. Certains groupes professionnels comme les éleveurs, les agriculteurs, les employés des abattoirs et les vétérinaires, sont donc plus exposés au risque d’infection. Le virus pénètre chez l’homme par inoculation, en cas de blessure avec un couteau souillé ou de lésion cutanée par exemple, ou par inhalation des aérosols produits au cours de l’abattage des animaux infectés. Ce dernier mode de transmission a aussi abouti à la contamination de personnes travaillant dans des laboratoires.
Il semble bien que l’homme puisse également être contaminé en ingérant du lait cru ou non pasteurisé provenant d’animaux infectés. Il y a eu également des infections humaines à la suite de piqûres de moustiques, le plus souvent des Aèdes. Les mouches hématophages (se nourrissant de sang) peuvent également transmettre le virus de la FVR. À ce jour, il n’y a jamais eu de cas documenté de transmission interhumaine du FVR et l’on a signalé aucun cas de transmission aux agents de santé lorsque les précautions normales de lutte anti-infectieuse ont été prises. Rien n’indique qu’il y ait eu des flambées de FVR en milieu urbain.

Signes cliniques
La période d’incubation (l’intervalle entre la contamination et l’apparition des symptômes) varie de deux à six jours. Ensuite, les personnes infectées ne présentent aucun symptôme ou développent une forme bénigne se caractérisant par un syndrome grippal avec installation brutale de fièvre, de myalgies, d’arthralgies et de céphalées. Dans certains cas, on observe aussi une raideur de la nuque, une sensibilité à la lumière, une perte de l’appétit et des vomissements. Pour ces patients, il arrive que l’on confonde la FVR avec la méningite. Les symptômes durent en général de quatre à sept jours, après quoi la réaction immunitaire peut être détectée avec l’apparition d’anticorps ; le virus disparaît alors progressivement de la circulation sanguine. La plupart des cas chez l’homme restent relativement bénins mais une petite proportion des patients développent une pathologie beaucoup plus grave prenant en général la forme d’un ou de plusieurs des trois syndromes suivant : forme oculaire (0,5 à 2 % des patients), méningo-encéphalite (moins de 1 %) ou fièvre hémorragique (moins de 1 %).
Il existe une manifestation de la maladie sous forme oculaire où les symptômes habituels de la forme bénigne s’accompagnent de lésions rétiniennes. Habituellement, les patients signalent une baisse de la vision ou une gêne visuelle. Le maladie peut guérir spontanément sans montrer de séquelles en dix à douze semaines. Les décès sont rares lorsque la pathologie se limite à cette forme de la maladie. Une autre forme de la manifestation est celle qui se constate par des céphalées intenses, des pertes de mémoire, des hallucinations, une désorientation, un état confusionnel, des vertiges, des convulsions, la léthargie et le coma. Les complications neurologiques surviennent plus tard (après 60 jours). Les décès sont rares chez les patients seulement atteints de méningo-encéphalite, mais des séquelles neurologiques parfois graves sont courantes. La forme hémorragique quant à elle se manifeste deux à quatre jours après le début de la maladie où le patient présente les signes d’une atteinte hépatique grave avec ictère. Des phénomènes hémorragiques apparaissent ensuite : vomissements de sang, sang dans les selles, purpura ou ecchymoses (provoqués par des saignements cutanés internes), saignements du nez ou des gencives, ménorragies et saignements aux points de ponction veineuse. Le taux de létalité pour ce syndrome hémorragique est élevé et se situe aux alentours de 50 %. Le décès survient habituellement trois à six jours après l’apparition des symptômes. On peut détecter le virus dans la circulation sanguine pendant une dizaine de jours chez les patients atteints de la forme ictéro-hémorragique de la FVR.

Mesures préventives et lutte
On peut prévenir les flambées de FVR chez l’animal avec un programme durable de vaccination. Des vaccins atténués ou inactivés ont été mis au point pour l’usage vétérinaire. Une seule dose du vaccin atténué suffit pour immuniser à long terme les animaux, mais le vaccin utilisé actuellement peut provoquer des avortements lorsqu’il est administré à des femelles gestantes. Le vaccin inactivé n’a pas cet effet secondaire, mais il faut en administrer plusieurs doses pour obtenir la protection nécessaire, ce qui peut s’avérer problématique dans les zones d’endémicité. Pour prévenir une épizootie, il faut instaurer la vaccination des animaux avant que ne survienne une flambée. Une fois qu’elle s’est déclenchée, il ne faut plus vacciner en raison du risque élevé d’intensifier la flambée. Au cours des campagnes de vaccination de masse des animaux, il arrive que les agents de santé vétérinaire puissent transmettre le virus par inadvertance en utilisant des flacons multidoses et en réemployant aiguilles et seringues. Si certains animaux du troupeau sont déjà infectés et virémiques (bien que ne manifestant aucun signe patent de la maladie), le virus sera alors transmis dans le troupeau et la flambée s’intensifiera. Les limitations ou l’interdiction des déplacements des animaux d’élevage peuvent être efficaces pour ralentir l’extension du virus d’une zone infectée à des zones indemnes. Les flambées de FVR chez l’animal précédant les cas humains, la mise en place d’un système de surveillance active de la santé animale pour détecter de nouveaux cas est essentielle pour alerter rapidement les autorités des services vétérinaires et de la santé publique.
Vu les dégâts causés par la fièvre hémorragique à virus Ebola, les autorités maliennes et nigériennes sont en alerte maximale. Ainsi, les autorités sanitaires des deux pays de même que Médecins sans frontière (MSF) sont à pied d’oeuvre pour juguler la crise. Ces derniers ont donc été dépêchés dans la région de Ménaka pour un plan d’intervention d’urgence afin de circonscrire l’épidémie. Par conséquent, la vaccination des animaux semble déjà acquise comme mesure prioritaire. N’empêche que certains observateurs se plaignent de la réaction quelque peu tardive de ces autorités. Le Burkina est donc avisé et peut donc anticiper.

Michaël Pacodi
pacomik@yahoo.fr


Commenter l'article (0)