A quand les Miss burkini au Burkina ?

Publié le lundi 10 octobre 2016

Pour que le burkini fasse son apparition, faut-il que le Burkina possède un accès à la mer, ou à défaut se crée des plages de sable fin en lisières de barrages ? Mais pourquoi, après l’annulation de la compétition “bim-bim”, le Burkina n’organiserait-il pas, en complément de la compétition des Miss qui s’affichent « à l’occidentale » en bikini, un concours de beautés qui défileraient en burkini ? Nous, femmes musulmanes, n’aurions-nous pas droit à coquetterie et à reconnaissance ?

A Nice, au bord de la Méditerranée, après la tragédie du 14 juillet, la municipalité a interdit le port du burkini et la police municipale, sur les plages, a contraint des femmes à se déshabiller pour faire respecter cet arrêté. Ce scandale policier a été dénoncé de par le monde, mais le Burkina Faso est resté silencieux. Pourquoi ?
Cet arrêté selon le Conseil d’État français, a « porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle ». Son exécution est, en conséquence, suspendue.
Le quotidien Le Monde, dans son édition du 27 août 2016, sous le titre « Burkini : une victoire de l’état de droit », a rendu compte de cette décision du Conseil d’État invalidant en France un tel arrêté produit par une municipalité. Cette décision fera jurisprudence et invalidera tous les arrêtés visant à interdire le port de burkini. C’est une victoire du droit sur le racisme et la discrimination dont, nous, femmes musulmanes, sommes les victimes plus ou moins visibles un peu partout dans le monde.
Extrait de l’article : « C’est le droit qui régit l’exercice de la liberté et de la laïcité. La plus haute juridiction administrative française s’est donc attachée à l’examen de ces règles et à leur application dans le contexte du port du burkini, vêtement d’inspiration religieuse et musulmane, sur des plages publiques françaises à un moment de menace terroriste élevée et alors que le traumatisme de la tragédie de Nice, qui a provoqué la mort de 86 personnes le 14 juillet, est encore très vif. » Ainsi donc en démocratie le droit a eu force de loi et les femmes, protégées par lui, ont liberté de choisir le vêtement qu’elles souhaitent porter pour se rendre sur une plage, ou ailleurs. Mais qu’en est-il chez nous ?

Pas de plage, pas de burkini ?
Le Burkina n’a pas de plage, alors pas de burkini au Burkina ? Pas de burqa à la coupe hardie joliment conçue par un tailleur de talent à l’imagination fertile, taillée dans des étoffes colorées, vives et vivantes pour concurrencer les bikinis dont les Miss s’affichent pour divertir les mâles en mal de divertissement sur des chaînes publiques ou privées qu’un Laurent Bado devrait condamner pour la « décadence » qu’elles honorent ? Et où est-il écrit qu’il faille aller toute de noir vêtue, comme une pleureuse espagnole sous un soleil de plomb ! Le Droit burkinabè nous impose de ne pas troubler l’ordre public, mais nous sommes ordinairement si soumises, que pourrions-nous troubler sinon spatule à la main et debout dans la rue, non pas l’ordre public mais la quiétude même de l’ordonnancement du monde, pour dire « Non » comme nous l’avons fait, toutes confessions confondues, en foule bigarrée, rangée et déterminée contre l’inacceptable ?
Par les prescriptions divines, nous devons obéissance à notre mari et garder pour lui nos atours, c’est-à-dire la chair de notre corps à l’abri de toute publicité, à l’exception du visage, des mains et des pieds et aussi nous devons baisser le regard. Alors le droit, qui se dresse contre ce qui « porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle », ne peut-il nous protéger des atteintes aux libertés fondamentales que nous subissons chaque jour avec le sourire, en baissant le regard, non par modestie ou par respect, mais par soumission et par peur.
La couleur sombre de nos vêtements est à l’image de notre vie, terne en public et soumise aux moindres caprices du maître qui nous a épousée, trop souvent par force, à qui nous nous sommes habituées peu à peu et à qui nous prêtons davantage d’attention qu’il ne nous en porte, attentives à ce qu’un soupçon d’infidélité ne lui vienne à l’esprit, soupçon qui suffirait à lui octroyer le droit de nous enfermer et nous battre, pour éviter que cette infidélité sortie tout droit de son imagination, que cette infidélité imaginaire ne prenne corps, vie et devienne effective !
Alors nous ne porterons jamais de vêtements colorés en public, s’ils suffisent pour attirer sur nous le soupçon que justement nous rêvons de vie, donc “fatalement” de luxure et d’infidélité, en somme à tout autre chose que ce à quoi nous sommes dévolues : la fidélité à notre époux.
Alors nous portons sur nous la couleur de la mort, pour mentir au monde, lui dire que nous sommes mortes à la vie et que nous ne vivons que par la volonté de celui à qui nous devons obéissance.

Adiarra, femme wahhabite burkinabè


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