Déclaration du Conseiller spécial du Président du Faso sur les Koglwéogo : « S’il peut dévoiler ses conseils à la place du président, c’est qu’il est son propre président » dixit Naaba Saõnré

Publié le lundi 5 septembre 2016

Il est une figure qui incarne les groupes d’autodéfense burkinabè. Initiateur desdits groupes dénommés Koglwéogo, le Rassambkandé Naaba Saõnré est aujourd’hui le premier responsable national de ces structures d’autodéfense. Dans un entretien qu’il nous a accordé le samedi 23 juillet 2016 dans son champ, à une vingtaine de kilomètres de son palais de Rassambkandé, Naaba Saõnré revient sur les conditions qui ont présidé à la création des Koglwéogo et sur quelques problèmes internes au sein du groupe. Sans langue de bois, il livre son point de vue sur les récentes mesures gouvernementales sur les Koglwéogo.

L’Evénement : Depuis un certain temps ce sont les Koglwéogo qui défraient la chronique au Burkina Faso. Pouvez-vous revenir sur les raisons qui ont motivé la mise en place de ces mouvements ?
Rassambkand Naaba Saõnré : Il faut rappeler qu’il s’agit d’un énième acte de braquage qui a conduit à la création du mouvement. Une famille a été séquestrée par des bandits de 21h à environ 5 h du matin. Le chef de famille a été immobilisé de force pendant que les autres bandits fouillaient sa cour à la recherche d’argent. Même les sacs de vivres ont été déchirés pour chercher l’argent. Pire, les bandits ont tour à tour violé les femmes du monsieur sous son regard impuissant. C’était l’indignation et nous nous sommes demandé ce que faisaient les voisins pendant que cette famille était séquestrée ? Ces voisins n’ont même pas été capables de trouver une stratégie pour sauver un des leurs. Pourtant, ce sont des gens comme eux qui ont pris la famille en otage. En dehors de ce cas malheureux, nous avons également vu que lorsqu’on vole un de nos bœufs, l’animal peut être acheminé vers les villages gourounsis ou vers la zone de Kaya pour être vendu. Les voleurs peuvent aussi détourner une vingtaine de bœufs ici (Rassambkandé, ndlr) et aller s’installer dans un village bissa. Parce qu’ils sont organisés en réseaux, si un des leurs vole un bœuf ici à l’heure où je vous parle, il a déjà un preneur soit dans la zone de Léo ou dans la zone de Pô. Il informe ses complices et l’animal est placé dans le circuit jusqu’au receleur. Si les voleurs s’organisent ainsi, pourquoi nous les propriétaires des biens nous ne ferons pas autant ? Voici comment est né d’une manière générale le mouvement Koglwéogo.
Ce qui nous a ouvert les yeux, c’est le cas vécu par une autre personne qui avait son bœuf. Un acheteur est venu lui proposer 350 000fcfa. Le monsieur refuse de le lui vendre parce qu’il estime que l’animal vaut plus. Entre temps un voleur a enlevé le bœuf et l’a vendu à 50 000fcfa. Celui qui l’a acheté à 50 000fcfa l’a revendu à 75 000fcfa à Pouytenga. On a mis la main sur le présumé voleur qu’on a présenté à la gendarmerie. Les gendarmes ont estimé qu’il manquait des preuves. Les gens sont revenus se concerter pour intimer au voleur de tout faire pour ramener l’animal. Ils étaient convaincus que ce dernier était le voleur. On lui a dit que si le bœuf ne revenait pas, il sera comptable de ce qui lui adviendrait. C’est ainsi que le voleur est allé à Pouytenga et ramené le bœuf. Nous sommes allés montrer l’animal à la gendarmerie avant de le remettre à son propriétaire. Il faut savoir qu’un voleur ne peut pas quitter Dori pour venir voler quelque chose ici à Rassambkandé. Ce sont nos propres enfants, nos petits frères et nous-mêmes qui volons les biens des uns et des autres. Mais nous avons pris la résolution de nous associer pour protéger nos biens. Mais comme nous ne défendons pas que nos biens mais les biens des gens en général, nous avons nommé le mouvement Koglwéogo. Ce n’est pas la forêt classée que nous protégeons. Il s’agit pour nous de nous mettre ensemble pour protéger nos femmes, nos enfants et nos biens.

Comment se font les installations des Koglwéogo dans les villages ?
Pour l’installation des groupes, nous désignons 12 personnes par village pour diriger le mouvement. Chaque équipe dirigeante a le contact de chaque membre des équipes dirigeantes des autres villages. En cas de vol, il suffit d’alerter un membre dans un autre village et tous les membres des autres villages sont tout de suite informés. C’est ainsi qu’ils se mobilisent pour se mettre à la recherche du bien perdu.

Quel est le mode de fonctionnement des Koglwéogo ?
Pour ce qui concerne son mode de fonctionnement, nous nous sommes dit qu’il ne fallait pas arrêter quelqu’un sur qui nous n’avons que des doutes. Il faut le prendre la main dans le sac. Par exemple si quelqu’un était un voleur de par le passé, à partir du jour de la mise en place du Koglwéogo, nous ne repartons plus en arrière pour instruire les cas de vols qui ont eu lieu dans le passé. Koglwéogo n’intervient pas non plus dans les litiges fonciers tout comme les cas de rivalités et les cas de créances. L’inimitié entre deux personnes et les questions de chefferies ou de politique ne nous préoccupent pas. Nous cherchons à protéger nos biens et pour cela nous nous unissons pour éviter les mésententes, pour éduquer nos enfants, pour la cohésion entre les ethnies et pour éviter les dénigrements inter-religieux. C’est sur ces principes que nous fonctionnons et nous n’avons pas de problème.

Vous êtes le premier responsable des mouvements d’autodéfense Koglwéogo au Burkina Faso. Pourquoi le choix a été porté sur votre personne ?
Il y a de puissants rois dans ce pays qui peuvent m’avaler mais Dieu ne leur a pas permis d’être à l’origine d’une telle initiative. On ne peut pas s’adosser au vide et comme c’est nous qui avons initié la chose ici, on ne pouvait pas mettre en place le mouvement ailleurs sans contacter le chef (celui qui est à la base de la chose). On ne peut pas l’initier ailleurs non plus sans mettre à contribution le chef du village qui en est de fait le premier responsable. J’étais le premier responsable dès le début jusqu’à ce jour. Lorsqu’ils ont voulu centraliser le mouvement, le choix s’est porté naturellement sur ma personne pour le diriger.

Deux groupes Koglwéogo ont tenu deux discours différents lors de deux rencontres différentes à Kombissiri sur les mesures du ministère de l’administration territoriale et de la sécurité intérieure sur vos mouvements. Est-ce à dire qu’il y a deux (2) factions au sein des Koglwéogo ?
C’est un seul groupe. Mais là où il y a des gens disciplinés, il y a aussi des indisciplinés. C’est ensemble que nous avons décidé de laisser tomber la flagellation. Mais si vous aller par exemple dans les salles de classe, vous trouverez des chicottes. Mais je ne crois pas qu’à l’inscription des élèves, on donne à l’enseignant comme consigne de frapper ses élèves. Il y a des gens qui subissent des sévices corporelles à la gendarmerie. Mais vous a-t-on déjà dit qu’on frappe des voleurs à la gendarmerie ? Mais souvent il faut bien faire quelque chose pour que le voleur parle. Sur ce point nous avons dit que nous n’allons plus faire subir des sévices corporels aux voleurs. Mais ils (les voleurs, ndlr) vont tout de même dire la vérité. Nous avons également décidé de retirer le bien qu’il a volé. S’il a déjà vendu une partie du bien, il va rembourser l’argent de ce qu’il a vendu. Ce n’est qu’après qu’on le remettra aux autorités. Si la loi autorise sa libération ou si la loi dit de le condamner, nous en tout cas nous l’aurions confié aux autorités compétentes. Si tu prends un voleur en flagrant délit et tu attends qu’on le juge avant que tu n’entres en possession de ton bien, ce ne sera pas facile. Je prends l’exemple sur nos bœufs qu’on utilise pour labourer. On vole ton bœuf et tu pars en justice. À la justice on te donne trois mois pour l’instruction de l’affaire. Le temps que ces trois mois s’épuisent, y aura-t-il une pluie encore pour que tu cultives ? Pour cela nous allons retirer notre bien avant de l’amener au commissariat ou à la gendarmerie en attendant son jugement. C’est parce qu’on retire nos biens avec les voleurs qu’on nous accuse de faire des jugements alors qu’on n’est pas juges. Nous ne faisons pas de jugements. Nous ne faisons que retirer nos biens volés.

Pour revenir à l’organisation des Koglwéogo, si l’on prend l’exemple du Lion de Boulkiemdé ou Django, ils sont sous votre commandement ?
Oui. C’est le cas.

Ne pensez-vous pas qu’après votre déclaration selon laquelle vous respecterez les mesures gouvernementales, eux ils ne devraient pas vous désavouer ?
En réalité, c’est moi qui ai envoyé des gens installer le groupe de Koglwéogo que Django dirige. Maintenant si nous décidons de ne pas faire quelque chose et lui il dit le contraire, nous ne pouvons pas le suivre. C’est nous qui avons mis en place leur groupe Koglwéogo mais nous ne pouvons pas les empêcher de faire ce qu’ils veulent. Ce qui est sûr nous n’allons pas les suivre dans leur démarche. C’est une satisfaction pour nous qu’ils aient prit exemple chez nous. Mais s’il refuse une mesure, cela ne devrait pas nous brouiller. Si tout le monde était obéissant, que ce soit au Burkina ou ailleurs, notre monde ne serait pas ainsi aujourd’hui. Mais lorsque nous avons décidé de ne plus prélever les amendes, de l’extérieur, celui qui n’a pas bien compris pensera que cela va provoquer le déclin de notre mouvement. Au contraire ! Nous laisserons tomber les amendes pour qu’on sache que notre action n’est pas fondée sur les amendes. Notre préoccupation c’est de ne pas perdre un bien. Depuis qu’on est là, il y a certains d’entre nous qui vont souvent à Bobo, d’autres en Côte d’Ivoire. Certains vont même à la Mecque. Je ne pense pas que ce sont les voleurs qui nous donnent cet argent qui nous permet de voyager. Nous avons instauré les amendes dans le but de dissuader nos enfants. S’ils n’ont pas l’argent pour payer les amendes, ils réfléchiront avant de voler. Mais certains pensent que c’est un moyen pour nous enrichir. Nous laisserons tomber les amendes pour montrer aux gens que notre souci c’est de préserver nos biens.

Avez-vous reçu une promesse du ministre d’Etat, de vous accompagner financièrement au cas où vous laisserez tomber les amendes ?
Les gens n’aiment pas notre action et vous voulez qu’ils nous aident ? On ne nous a pas dit que si nous abandonnons les amendes, on va nous aider. Nous n’avons pas demandé cela, eux aussi ils ne nous ont pas fait cette promesse. Mais nous savons que s’il plaît à Dieu, ils sauront que c’est une action légitime et comme ils nous comprennent, ils vont trouver une solution à notre problème. Et s’ils ne trouvent pas de solution, nous trouverons nous-mêmes une solution convenable. Si nous demandons à l’Etat de protéger nos troupeaux ici, nous allons leur rajouter un fardeau qu’ils n’avaient pas prévu.

Mais depuis que le gouvernement a pris les cinq (5) mesures sur les Koglwéogo, est-ce que vous avez déjà appréhendé un voleur ?
Nous en avons attrapés. Depuis qu’on s’est quitté, nous avons appréhendé deux braqueurs vers Sapouy. Malheureusement ce sont ceux qui étaient censés protéger nos vies qui ont commis l’infraction. Ils étaient trois, un est en cavale, un autre a été blessé et celui qui n’a pas été blessé a été remis à la gendarmerie. Vers Dori également nous avons mis la main sur un voleur. Ce dernier a reconnu que leur premier responsable est au Niger et que c’est lui qui les ravitaille en armes pour leurs opérations. Ce voleur aussi a été remis à la gendarmerie. Le maire d’une commune a fait quelque chose qui ne nous a pas plu. C’était à Falangoutou. Lorsque les Koglwéogo sont allés voir la gendarmerie avec les voleurs, les gendarmes leur ont donné 3 000fcfa pour leur carburant. Mais quand le voleur a dénoncé ses compagnons et que les Koglwéogo sont allés pour les arrêter, le maire a appelé nos éléments pour leur dire que la loi ne les autorise pas à arrêter un voleur. Ce dernier a même donné 10 000fcfa aux deux présumés voleurs pour leur carburant et ils sont repartis. Si l’on appréhende un délinquant, vous le prenez pour lui donner 10 000fcfa pour son carburant est-ce que cela est bon ?

L’arrêté ministériel sur les Koglwéogo interdit également les déplacements en groupe avec port d’armes à feu ou d’armes blanches. Que pensez-vous de cette mesure ?
À ce niveau nous n’avons pas demandé de nous aider par rapport aux armes. J’ai l’habitude de dire aux gens qui pensent qu’il y en a qui se promènent avec des fusils sans papiers, que le papier d’un fusil c’est d’abord le comportement de celui qui le porte. Qu’on nous aide donc en délivrant des papiers à ceux qui par leur comportement peuvent porter des armes. Nous même nous ne voulons pas porter des armes au hasard. Mais nous ne pouvons pas poursuivre un voleur les mains nues. Que ceux qui s’occupent de ces questions nous aident avec des autorisations de port d’armes. Allez d’une zone à une autre n’est pas notre souhait parce que des gens peuvent nous infiltrer et créer un incident et c’est Koglwéogo qui sera pointé du doigt. Il faut que l’Etat nous aide sur ces questions parce qu’on ne peut pas poursuivre les bandits les mains nues alors que nous ne pouvons pas aussi laisser partir les voleurs avec nos biens. Mon bétail qui est là, le gouvernement ne me l’a pas donné, personne ne me l’a donné. Est-ce que j’ai besoin d’une autorisation pour le protéger ? Pour aller demander à manger à quelqu’un ? Dans ta cour as-tu besoin d’une autorisation pour protéger ce qui t’appartient ? Comme on est nombreux, c’est la raison pour laquelle il y a des brebis galeuses aussi. C’est ce qui ternit l’image de notre action. Lorsque nous prenons la loi, aussi, il peut avoir des gens qui transgressent la loi. Que faisons-nous de ces cas ? Nos éléments ont arrêté des militaires voleurs. Ont-ils été recrutés pour voler ? Leur a-t-on donné les fusils pour des braquages ? Il faut qu’on s’unisse seulement pour arranger parce que l’erreur est humaine.

Sont formellement interdits les séquestrations, les sévices corporels et les traitements humiliants et dégradants. Avant, les Koglwéogo avaient des geôles où les voleurs étaient gardés, le temps de retrouver les complices et le matériel volé. Est-ce qu’en abandonnant cette dernière pratique cela ne va pas fragiliser votre action pour que les voleurs n’aient plus peur des Koglwéogo ?
Le fait d’abandonner les sévices corporels ne peut pas amener les gens à ne plus craindre les Koglwéogo. Nous avons dit que si nous mettons la main sur un voleur, nous retirons notre bien avant de le remettre aux forces de sécurité. Si le voleur vole quelque chose et une partie de cette chose se dissipe, il ne faut pas oublier qu’il peut prendre au moins trois jours pour consommer ne serait-ce que cette partie du bien volé. Vous l’arrêtez pendant deux à trois jours pour rechercher votre bien. Est-ce que vous avez refusé de le remettre ? Ça on n’a pas refusé d’aller le remettre. Le fait de l’arrêter, le frapper et retirer notre bien et le relâcher dans la nature comme un animal sauvage, c’est en cela qu’on peut dire que nous ne sommes pas allés le remettre. Nous l’attrapons et il nous fait savoir que le bien volé est à Manga. D’ici Manga c’est combien de Km ? Vous l’y amenez pour retirer un bœuf qu’il a volé. On ne peut pas mettre le bœuf dans un véhicule pour revenir. Il faut plutôt le ramener à pied. Cela va prendre quatre jours au moins. On ne peut donc pas dire qu’on n’est pas allé le remettre. On l’a retenu tout simplement pour chercher notre bien. Mais si nous ne le gardons pas nous n’allons pas retrouver le bien qu’il a volé. Mais attraper le voleur, le ligoter et le frapper pour retirer notre bien et le relâcher plus tard dans la nature, ça nous avons abandonné cette pratique. Si la gendarmerie vient dans cette brousse pour rechercher des chèvres, est-ce qu’elle va les retrouver ? Mais le voleur sait là où il a attaché la chèvre. Nous allons le garder pour qu’il nous conduise vers son complice pour qu’on l’arrête aussi avant de venir le remettre à la gendarmerie. Tant que ce sera ainsi, Koglwéogo restera tel. Même si nous disons que nous n’allons plus faire quelque chose aux voleurs, ils sont obligés de craindre Koglwéogo.

Il semble que le gouvernement veut créer une police de proximité pour encadrer les Koglwéogo. Que pensez-vous de cette proposition ?
Si c’est le cas cela nous convient. Ça nous convient parce que tout homme qui vit même s’il est riche et s’il n’a pas le savoir, il perdra ses biens. Ces derniers qui seront à nos côtés sont des gens instruits qui connaissent les questions juridiques, si ces derniers ne constituent pas une menace pour nos biens, il n’y a pas d’inconvénients. S’ils acceptent de nous accompagner dans ce que nous faisons, c’est tout ce que nous voulons. S’ils nous suivent et qu’on attrape un voleur, on retire notre bien et on leur dit : « le voici, amenez-le dans vos services ». Dans ce cas nous recouvrons nos biens et eux aussi ils ont leur salaire.

Peut-on dire donc qu’il y a désormais une entente entre le gouvernement et les Koglwéogo ?
Petit à petit. Petit à petit parce qu’on ne nous a pas encore donné un document juridique qui témoigne de notre existence ou qui nous rattache à un service précis. Mais à partir du moment où on aura un papier qui définit les prérogatives des Koglwéogo dans les localités et qui définit ceux avec qui les Koglwéogo devront collaborer, on dira qu’il y a une entente. Mais pour l’instant ce n’est pas le cas.

Il n’y a pas longtemps de cela le conseiller spécial du Président du Faso a déclaré à propos des Koglwéogo que « d’ici trois mois, vous ne verrez plus un Koglwéogo attacher quelqu’un. Nous allons les démanteler… mais de façon intelligente et sans mort d’homme ». Que pensez-vous de sa déclaration ?
Il est un conseiller du Président, mais il n’est pas un conseiller des Koglwéogo. Il ne nous a pas conseillé quand nous mettions en place les Koglwéogo. S’il nous avait inscrit dans ses papiers, qu’il nous efface de ses papiers. Voyez-vous les animaux qui sont là ? Si vous voulez, venez avec des camions de stylos. Vous ne pouvez pas effacer les traces de ces animaux de ma cour. Alors que c’est ce que nous protégeons. Nous prions Dieu pour que quelqu’un ne ramasse pas des braises avec ses mains.
On enlève les braises avec un morceau de canari. Mais si tu veux le faire avec tes mains, tu vas te créer des problèmes. Nous ne voulons pas piller quelqu’un, nous ne voulons pas faire la force à qui que ce soit, nous ne voulons pas la chose d’autrui. Mais s’il peut conseiller au Président de nous démanteler, (nous avons entendu ce qu’il a dit mais nous n’avons rien à redire), le jour où le Président nous appellera pour nous dire qu’il a supprimé les Koglwéogo, nous saurons que ce qu’il a dit est vrai. Mais tant que ce ne sera pas le cas nous considérons qu’il n’y a rien de tel. Mais si lui, le conseiller peut dévoiler ses conseils à la place du président, c’est qu’il est son propre président. 

Depuis l’existence des Koglwéogo, avez-vous arrêté quelqu’un à tort ?
Oui. Il y a eu des cas. Dans ces cas de figure, ce n’est pas suite à des soupçons qu’on a appréhendé la personne. Nous prenons le voleur en flagrant délit et c’est lui qui dit qu’un tel est impliqué. Vous interpelez la personne, quitte à ce qu’elle se défende et que vous vous rendiez compte qu’elle a été accusée à tort. Dans ce cas on lui présente des excuses et elle rentre chez elle. Mais arrêter un innocent, nous ne l’avons jamais fait.

Et si la personne subit des sévices avant de vous rendre compte qu’elle n’est pas coupable ?
Non. On lui pose la question : « un tel t’accuse d’avoir été son complice dans le vol d’une telle chose. Fais-tu partie ? » Et elle se défend. Nous ne la ligotons pas, nous ne la frappons pas, nous ne l’insultons pas. Nous procédons à son interrogatoire et on la laisse rentrer chez elle et on continue les investigations.

Avez-vous un mot qui vous tient à cœur que vous voulez dire ?
Ce qui me tient à cœur, je l’ai exprimé au ministre qui n’a rien dit jusqu’à présent. Si le Burkina Faso est un pays des hommes intègres, un pays où nos vœux sont exaucés, qu’on fasse sortir une déclaration pour mettre les voleurs en garde. Par exemple « moi Rassambkandé Naaba qui suis là, si je vole un poulet Koglwéogo va m’attacher ». Si tu voles quelque chose, ce qui t’adviendra, c’est toi qui l’auras cherché. Mais qu’est-ce que cela nous coûte-t-il de ne pas voler ? On peut dire que nous les Koglwéogo nous ne savons pas ce que nous faisons mais les autorités du pays savent ce qu’elles font. Malgré tout elles n’ont jamais dit aux voleurs de ne pas voler. Dire aux voleurs de ne pas faire ceci ou cela, pourquoi on ne le dit pas ? Mais nous remercions déjà Dieu pour le fait que vous journaliste vous puissiez vous déplacez pour venir vous entretenir avec des gens de Koglwéogo alors que les voleurs ne peuvent pas se regrouper pour que vous partiez les interroger. Le ministre peut convoquer les Koglwéogo mais il ne peut pas réunir les voleurs et nous disons merci à Dieu pour cela. Je jure que si l’Etat fait cette déclaration, personne ne volera encore. Qu’on nous dise d’éviter les dérives, qu’on leur dise aussi de ne plus voler.

Mais que comptez-vous faire pour que les Koglwéogo parlent le même langage ?
Dieu a créé les hommes. Certains sont petits de taille tandis que d’autres sont grands. Ici à Rassambkandé le Koglwéogo nous a fait du bien. Des gens sont venus s’inspirer de notre expérience. Si ces personnes nous dédisent, qu’allons-nous leur faire ? On peut considérer que ces personnes n’ont pas réellement adhéré au groupe si elles sont insoumises. Nous notre souci c’est de ne pas perdre nos biens ici. Si l’on se chamaille on va affaiblir Koglwéogo. Ce qui est sûr, nous nous pardonnons les erreurs et on chemine toujours ensemble.

Entretien réalisé et retranscrit du Mooré par Wend-Tin Basile SAM

Quand le Rassambkandé Naaba donne l’exemple

Le Rassambkandé Naaba s’il a une répugnance affichée contre les voleurs comme tout bon Koglwéogo, il n’hésite pas à son tour à donner le bon exemple aux habitants de son royaume en travaillant malgré ses multiples casquettes. Qu’il soit le chef coutumier d’une zone qui comprend plusieurs villages ou président national des Koglwéogo, cela n’entame pas sa passion pour le travail. Notre premier rendez-vous avec lui n’a pas eu lieu parce qu’il nous a fait dire qu’il est au champ et ne revient au village que le weekend. Le deuxième rendez- vous fixé cette fois un week-end ne le trouvera pas non plus au palais. C’est ainsi que nous avons dû le rejoindre dans son champ situé à une vingtaine de kilomètres de la cour royale.
Entre travaux champêtres et accueil d’hôtes venus lui rendre visite, Naaba Saõnré nous explique que s’il a décidé d’aller habiter dans son champ pendant la saison pluvieuse, c’est parce qu’il ne veut pas dépendre de quelqu’un. Pour ne pas être dérangé, c’est la seule façon pour lui de disposer de tout son temps pour le travail. « Il y a des gens qui pensent que nous comptons sur les Koglwéogo pour nous nourrir ou pour nous enrichir. Non ! » Le but des Koglwéogo c’est de permettre aux populations de s’entre-aider pour protéger leurs biens. Et pour ceux qui ne le comprennent pas, il compte le leur faire comprendre par l’exemple en se consacrant au travail.

Sambas


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