Hollande : Ressusciter la Baule pour l’Afrique

Publié le mercredi 16 mai 2012

Dans sa première déclaration à Tulle, Hollande a promis que sa « préférence » irait aux Etats africains qui sont en démocratie. Il réchauffe la Baule qui est peut-être dépassée.

 

L’idée de la démocratie est maintenant un acquis. Mais qu’est-ce qu’on met dedans ? C’est ça qui n’est pas encore totalement réglé. Les réfractaires s’accrochent à la démocratie « sauce africaine ». Une démocratie « des scrutins » qu’ils ont domestiqué, selon la bonne formule du regretté Bongo : « on ne perd pas les élections qu’on organise ». A côté d’eux, les présidents qui acceptent les règles du jeu et intègrent l’alternance, comme une donnée essentielle de la démocratie. Ceux-là sont peu nombreux et relativement vulnérables, à l’exemple d’un Amadou Toumani Touré au Mali. L’échec du Malien permet aux premiers de pavoiser, considérant que la démocratie des « alternances » est une « hérésie ». Le ministre burkinabè des Reformes politiques, Bongnessan Arsène Yé n’a pas résisté. Il est fièrement sentencieux sur les ondes de nos confrères de RFI : « les événements au Mali (où la démocratie était considérée comme un modèle), montrent que les concepts (sic) par lesquels on juge l’Afrique ne sont pas les meilleurs ». On ne peut pas être plus heureux ! Et c’est peut-être pour avoir eu raison « très tôt » que le président du Burkina a été chargé de « recadrer » la démocratie malienne.

Pour quel concept va-t-il prendre position ?

Sarkozy, dans sa rupture, s’était finalement rallié à l’idée des démocraties « élections truquées » à l’exception de la Côte d’Ivoire. Ali Bongo, Sassou Nguesso, Blaise Compaoré ont continué à organiser des « scrutins gagnés d’avance ». Ils sont aussi ceux qui continuent de promouvoir les « démocraties à durée illimitée (DDI) » qui correspondraient plus à « l’esprit africain » du pouvoir.

Les premières prises de position de Hollande ne sont pas suffisamment claires, pour se faire un jugement tranché. A Tulle, le jour de sa victoire, il a dit qu’il n’acceptera plus « les élections frauduleuses en Afrique ». On peut donc dire que par rapport à la Baule, il a évolué d’un degré. Il ne s’agirait plus seulement d’instaurer ou d’accepter la démocratie, mais de rendre les règles de dévolution du pouvoir « transparentes ». Franchira-t-il le pallier des limitations des mandats et de la nécessité de l’alternance ? Il faut attendre de voir. L’Afrique pour la France est un terrain particulier. Les régimes en France, quels qu’ils soient, sont donc obligés de faire avec. Surtout en ces moments de crise économique difficile, les socialistes ne devraient pas prendre le risque de multiplier les fronts. Sur les questions de « valeurs », les proclamations se poursuivront, incontestablement. Les actes suivront moins, indubitablement. 

Il n’y a donc, en ce domaine, pas de révolution à attendre. Les prémices n’indiquent pas le contraire. Pendant la durée de la campagne, Hollande a envoyé au Burkina, d’abord Ségolène et puis un autre émissaire. On en retient que pour le moment, c’est dans la continuité de Sarkozy avec les chefs d’Etat africains « en délicatesse avec l’alternance ». Le nouveau président français avait pourtant clamé son intention que « la démocratie vaut partout dans le monde et notamment en Afrique ».

La diplomatie discrète est à l’œuvre et certains croient savoir que le président Blaise Compaoré aurait, par l’entregent d’un de ses anciens ministres, essayé de faire passer des messages aux premiers cercles du président socialiste.

Il se dit aussi que certains chefs d’Etat africains auraient essayé de faire passer des « mallettes » qui ont été refusées par le staff de Hollande. Ce sont des signes, au moment où Sarkozy, redevenu simple citoyen, devrait, sans doute, affronter la justice sur le financement libyen de sa campagne de 2007. Mais il en faut plus. Hollande gagnerait à moraliser la gestion de l’AFD et d’en faire un vrai instrument d’une coopération avec l’Afrique dans l’intérêt des citoyens. On est aussi attentif sur le dossier des « biens mal acquis ». C’est d’ailleurs l’un de ses conseillers, Me William Bourdon, fondateur de l’ONG Sherpa, qui est à l’origine des poursuites. 

Dans notre sous région, particulièrement troublée par l’affaire malienne, Hollande est attendu. L’Algérie, une des clés du problème, qui s’en était tenue, jusque là à une posture de « ni, ni » « ni intervention directe », parce que c’est proscrit par la constitution algérienne, « ni intervention d’autres puissances », parce que l’Algérie n’en voulait pas, va-t-elle évoluer ? Hollande va-t-il rassurer les Algériens ? D’aucuns pensent que son « tropisme algérien » devrait lui valoir une oreille plus attentive.

La question du Sahel est le premier vrai test de la nouvelle politique africaine du nouvel occupant de l’Elysée. Comment va-t-il travailler avec la Cedeao ? L’équipe de Sarkozy ne voulait pas d’intervention directe. Elle avait été aussi d’une bienveillance « suspecte » avec le MNLA. 

Définissant les grandes lignes de sa politique étrangère avant de s’installer à l’Elysée, il avait évoqué des « priorités doctrinales », affirmé sa volonté de « promouvoir les libertés et les droits de l’homme », fustigé les « adeptes de la realpolitik » et d’une diplomatie qui « ne repose que sur les seules relations personnelles ». Il avait refusé de penser les affaires étrangères de la France en terme de « domaine réservé » : « Il n’y a aucune raison pour que le président ne rende pas des comptes et n’assume pas ses responsabilités » avait-il déclaré alors. A l’instar des Etats-Unis, il ambitionnait de créer un conseil national de sécurité qui aurait été « un véritable appareil de préparation de la décision du président ».

Par Newton Ahmed Barry


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