Roch Kaboré en France : La sébile et la fierté

Publié le mardi 10 mai 2016

Ni à Bourget, l’aéroport dédié aux hautes personnalités, à sa descente d’avion, ni dans la cour gravillonnée de L’Elysée, les honorables pieds présidentiels n’ont eu droit au tapis rouge. En plus, pas même un ministre n’a été commis à l’accueil du premier des burkinabè. Il n’en fallait pas plus, pour que le sang des hommes fasse un tour. Les Burkinabè, insurgés, héritiers de Thomas Sankara, l’homme de l’incident de Vittel, ne badinent pas avec leur dignité. Pauvre, Garibou mais fière quand même.

Dans la délégation présidentielle depuis Paris, la polémique sur la dignité bafouée par l’accueil dépouillé, réservé au premier des Burkinabè, paraissait bien décalée, au regard des urgences qui font courir le président. Roch Kaboré a besoin de trouver urgemment de l’argent pour relancer la machine économique qui manque considérablement de liquide. Le président est donc venu, le feu au porte- monnaie, demander à son homologue français un appui budgétaire directement et lui enjoindre de voir au niveau de l’Union européenne pour que l’institution et les autres pays lui apportent un peu de cash pour que les investissements repartent.
Pour l’instant au pays c’est vraiment la dèche. Quand le président dit, à la veille de son départ pour Paris, que son gouvernement cumule trois mois d’arriérés de salaire, certains y ont vu une plaisanterie de mauvais goût. Pourtant, rien n’est plus vrai. Roch Kaboré, critiqué de toute part pour sa lenteur à relancer la machine Burkina, donne la priorité aux secteurs sociaux du programme d’urgence présidentiel. Les annonces qui ont été faites récemment, sur la gratuité des soins pour les femmes enceintes, les césariennes et les enfants de moins de cinq (05) ans, ont besoin d’une disponibilité en cash. Le peu de liquide dans les caisses de l’Etat est prioritairement réservé au paiement des salaires des fonctionnaires, au financement des nouveaux besoins en sécurité et les mesures sociales annoncées. Roch Kaboré, lui-même, en premier montre l’exemple. Il a toujours ses anciens portables. Simon Compaoré et Salif Diallo en font de même. Le triumvirat a décidé de donner l’exemple. Sauf quand ils ne peuvent pas faire autrement, ils utilisent leur propre véhicule. Le premier flic du pays a expliqué ainsi qu’il était à Bobo Dioulasso, pendant le SNC, avec son propre véhicule. Les autres membres du gouvernement n’ont d’autres choix que de suivre la cadence. Etre ministre est déjà en soi, un honneur. Ceux qui ont eu cet honneur, peuvent souffrir les désagréments d’une privation passagère. Avec Roch Kaboré, c’est ric rac la sobriété. La délégation qui l’a accompagné à Paris a été taillée en slimfit. Trois ministres ; Simon Compaoré, parce que la Sécurité était au menu (et il fallait bien que Cazeneuve s’explique sur ses GIGN), Stéphane Sanou du Commerce pour la rencontre avec les hommes d’affaires du MEDEF International et le ministre Alpha Barry des Affaires étrangères, qui ne peut qu’être présent dans des rencontres de ce niveau. Trois conseillers du président, la directrice générale de l’Agence pour la promotion des investissements et le PCA par intérim de l’ONEA, celui qui a paraphé la convention de 30 millions d’euros (environ 20 milliards fcfa) avec l’AFD. La délégation qui a accompagné le président était taillée au strict nécessaire. Alors les polémiques sur les protocoles ç’a amusé un temps et parfois aussi irriter. Le ministre des Affaires étrangères répondant à une question d’un Burkinabè de France, qui s’en indignait à l’occasion de la rencontre avec les compatriotes au 159 Boulevard Haussmann, avec le président, a demandé de s’interroger si « la visite était utile pour le pays » plutôt que de s’attarder sur les conditions de l’accueil. Il ajoutera cependant, « tout en comprenant les états d’âme, que l’accueil ici en France est paramétré selon les types de visite. Pour les visites d’Etat, la France déploie tous les vastes, avec des hymnes aux Invalides. Mais la présente, étant une simple visite de Travail, le protocole est celui qui a été réservé ». Et le ministre de poursuivre, nous ne sommes pas rentrés par « la porte dérobée de L’Elysée et le président à son arrivée a eu droit aux honneurs de la garde Républicaine ». Le président Kaboré lui-même n’en dira rien.

En attendant les résultats
Sur l’appui budgétaire demandé, rien de chiffré pour l’instant. Les Français devraient rencontrer les Burkinabè dans les jours à venir pour discuter et en convenir. Avec le MEDF International, une délégation des hommes d’affaires est attendue en juillet. Pour Roch Kaboré, il y a urgence et sans aucun doute, son meilleur allié, c’est la sécurité. Il faut à tout prix éviter au pays un autre attentat du type 15 janvier. Le président a rassuré les hommes d’affaires français que les choses étaient sous contrôle. Mais comme en cette matière, on n’est jamais assez précautionné, le soutien de la France est sollicité, nonobstant « le couac de l’annonce de l’arrivée des GIGN par Bernard Cazeneuve ». Officiellement deux gendarmes vont venir au Burkina, en experts, pour encadrer et coacher les unités spéciales burkinabè. Mais parallèlement, avec le soutien des Français, le Burkina va jouer à fond la carte de la prévention. Barkhane devrait aider à nettoyer les nids de départ des djihadistes, possible, au long de la frontière avec le Mali surtout. Les cadres de la nouvelle Agence Nationale des Renseignements (ANR) devraient pouvoir échanger avec leurs homologues français dans les très prochains jours.
Pour l’instant, il faut gérer chichement le peu d’argent qui se trouve dans les caisses et croiser les doigts que qu’une attaque terroriste ne se produise pas. C’est le gros cauchemar du président ROCH.
Car si le social c’est bon pour la quiétude, malheureusement il ne remplit pas le portefeuille. Il faut donc que les investissements repartent pour impacter l’économie et ramener l’espoir dans le pays.

Par Newton Ahmed Barry

Simon égale à lui-même
Interrogé sur les Koglwéogo il a eu cette réponse : dans l’affaire récente des Koglwéogo, nous avons évité deux extrêmes. La première consistait à céder aux Koglwéogo, quand ils ont barré toutes les routes. Nous avons refusé. Les Koglwéogo fautifs ont été déférés devant le juge. Ils ont été entendus et c’est le juge qui a décidé de leur liberté sous caution. Ensuite nous avons résisté à ceux qui nous poussaient à dissoudre ou interdire les Koglwéogo. Si nous l’avions fait, nous aurions déclenché quelque chose que nous n’aurions pas pu gérer. Mais nous sommes intransigeants sur le respect de la loi.

NAB


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