Le Musée de l’Eau : L’or bleu dans toutes ses dimensions holistiques

Publié le jeudi 18 février 2016

Né de la volonté d’un socio-anthropologue, ce sanctuaire a pour objectif de valoriser le patrimoine matériel et immatériel (tout ce qui est texte, citation, proverbe) de l’eau. Dans ce musée, situé à Loumbila, on découvre tous les objets, les récipients, les ustensiles et les matériels liés à la chaîne de transmission de l’eau. C’est une première sur le continent africain.

A 9h00 ce jeudi 14 janvier 2016, nous sommes devant le musée. A l’entrée, un avertissement : «  Nul n’entre dans ce musée s’il ne boit de l’Eau !  » Pendant que nous sommes occupés à lire cette instruction, une voix : «  Que vous êtes à l’heure !  » C’est Alassane Samoura, le promoteur et directeur du musée, assis sur une chaise en bois. Il nous accueille en compagnie de son fils. Des fleurs, des arbres, des plantes partout qui donnent au musée un look verdoyant et plaisant. L’air y est agréablement frais.

La collecte de l’eau depuis sa source
Passé les salutations d’usage, une visite guidée commence. Il nous dirige vers un puits. «  Ici c’est la première étape  » dit-il. Quatre au total, cette étape concerne les récipients, ustensiles ou matériels de la collecte de l’eau depuis sa source. On y découvre des puisettes à calebasse, de chambre à air noir. Selon ses explications, celle-ci a fait son entrée avec l’arrivée du véhicule (temps colonial). Des puisettes faites de matériel de récupération comme l’huile de catwel des USA, les bidons d’huile aussi (beaucoup plus utilisés aujourd’hui). Il y a également les poulies et surtout les hameçons pour repêcher les puisettes (quand la corde se casse et que la puisette plonge au fond du puits).
A côté du puits, on voit un fil de récipients, symbole du rang devant les puits, mais aussi «  les palabres  » autour de l’eau. Et c’est le crapaud qui a raison quand il dit que «  c’est au fond du puits qu’il entend les nouvelles du village, tôt les matins par les voix des femmes.  » Les palabres de l’eau sont en effet positives ou négatives. On se dispute, on discute, on parle, on partage les informations, on est solidaire. Il y a un ensemble de valeurs qui se développent telle que la solidarité qui se construit autour du point d’eau. Une femme en grossesse qui viendrait chercher de l’eau, on lui donnerait la possibilité de passer en première position. Une personne en situation de handicap passe aussi en première position. Une personne du 3e âge qui viendrait également, on l’aide à avoir aussi l’eau. Si vous voulez connaître un village il faut aller au point d’eau. C’est un indicateur important de ce qui se passe au village.

Le transport de l’eau
L’étape 2 va porter sur le transport de l’eau au domicile. Là on trouve les ustensiles à l’instar des seaux, des bassines métalliques et plastiques, les jarres, les canaris, les pousse-pousse, les bidons, les barriques et ce qui convient d’appeler la charrette de Kokologho (c’est un prêtre qui l’a inventée dans cette partie du Burkina). Sous forme de brouette, on peut disposer des objets sur ces quatre côtés. Sur une barrique avec la mention «  poudres CRE 7-1939  » il nous raconte : «  C’est une barrique qui vient de la France. Elle date de 1939. Elle a servi à enlever la poudre à canon pour ensuite servir à mettre de l’eau et amener chez le commandant de cercle. A vide, elle fait 100kg. En quelque sorte, elle servait pour la corvée d’eau, la punition des prisonniers, de ceux qui volaient les femmes des gens et enfin ceux qui ne payaient pas l’impôt. Dans ce musée, cette barrique traduit toutes les exactions que le colon a faites sur eux. Un vieux a vu ça et a commencé à verser des larmes  » Elle lui a coûté 150 000f.
Sur des récipients on pouvait lire : «  Le porteur d’eau, le porteur de vérité.  » Monsieur Samoura ouvre une parenthèse pour expliquer ces propos. Pour lui, celui qui porte l’eau porte la vérité. Comme exemple, la femme en grossesse porte l’eau. En ce sens que le liquide amniotique c’est de l’eau. Et ce qui va sortir de l’eau c’est la vérité, c’est une personne. Autre chose dit-il, lorsqu’on parle de l’eau dans toute sa plénitude, on ne parle que de la vérité. Comme exemple, on ne va jamais jurer sur l’eau. Tu jures avec l’eau c’est un hoquet qui t’emporte. Parce que l’eau est sacrée.

Le stockage de l’eau
La troisième étape porte sur le stockage de l’eau au domicile. On en découvre divers récipients comme les outres d’animaux (peaux de chèvres en général), les jarres, les canaris, les gargoulettes, les Postes d’eau potable (PEP), les bidons filtre, les bouilloires. Des jarres qu’il collecte de par le Burkina. Il ne manque pas l’occasion de magnifier les prouesses des femmes qui fabriquent ces jarres sans aucun outil géométrique (compas).
A cette étape, il en profite pour faire l’anthropologie de l’eau. Il entend par là, l’eau qui va servir à laver les morts. Parce qu’en Afrique, dit-il, il faut forcément laver les morts. Et dans certaines régions, il faut de l’eau tiède. On chauffe l’eau et on laisse tiédir ou soit on y ajoute de l’eau froide. Mais il est interdit de verser l’eau chaude sur de l’eau froide. On ne met jamais le chaud sur le froid mais plutôt l’inverse. En d’autres termes, on n’envenime jamais une situation. Bref, pour que le mort aille rejoindre les ancêtres, il faut le laver. Parce qu’il vient de l’eau (le liquide amniotique).
Il poursuit en argumentant que la relation entre l’homme et Dieu est une relation qui part toujours de l’eau. Pour que l’homme atteigne Dieu, il faut toujours de l’eau. La bénédiction chez les Chrétiens, les ablutions chez les Musulmans. On peut donc comprendre ici la mise en relation d’autres aspects comme l’eau et la religion. On voit donc une ardoise de talibés sur laquelle sont inscrits des extraits du Coran relatifs à l’eau. «  Et du ciel, nous avons fait descendre une eau avec laquelle nous avons fait pousser des plantes productives par couples de toute espèce  » Coran, Sourate 31 Luqman Verset 10. «  Et nous avons fait de l’eau toute chose vivante  » Coran, Sourate 21, Verset 30. Il travaille actuellement pour en faire autant de la Bible.
La quatrième et dernière étape de la visite concerne le prélèvement et la consommation de l’eau notamment les ustensiles composés de gobelets, des louches, des calebasses.

La vitrine éducation
Ce musée est également un lieu d’éducation. D’où la vitrine éducation à l’eau. Elle met l’accent sur l’eau et l’assainissement. Cette vitrine donne également à voir cet aspect de l’ «  être humain qui boit 80% de ses maladies.  » Alassane Samoura ne manque pas aussi de pédagogie pour faire prendre conscience de cet état de fait. A ses visiteurs donc, il fait un exercice pédagogique. Cela consiste à quoi ? Il y a des poteaux faits à la soudure : Coupe d’Afrique des nations CAN-Latrines, Coupe du Faso WC, Maracaña des cabinets ou encore la coupe du monde des WC. Le jeu consiste donc à marquer les buts sans toucher le poteau. L’atteindre signifie qu’on défèque aux abords. Ce qui n’est pas responsable. Selon lui, c’est un exercice qui a un impact dans la mesure où lorsque des élèves visitent le musée, ils s’attèlent à bien marquer dans les buts. Ils apprennent du même coup à faire bon usage des toilettes où qu’elles se trouvent.
Une place importante est aussi accordée à la symbolique de l’eau. On en découvre environ 500. C’est le cas par exemple de «  l’eau, symbole de déluge  » en référence à la Bible. Une bonne collection de pompes et de robinets. Mais aussi des appareils de météorologie.
Alassane Samoura est plein d’ambition. Celle par exemple de réaliser le musée mondial de l’eau. Montrer aux yeux du monde que le Burkinabè n’a pas l’eau mais qu’il en connaît beaucoup sur elle. Il compte également réaliser la plus grosse goutte d’eau du monde qui sera faite sur la base de bidon d’eau qu’il collectionne de partout. L’idée d’un musée aquatique sur le barrage de Loumbila aussi trotte dans son esprit. Pour y parvenir, il lui faut des moyens financiers. «  Le musée souffre de financement  » confie-t-il. Il souhaite alors que les nouvelles autorités s’intéressent au musée et le portent comme un étendard du fait de son unicité.

Par Basidou KINDA


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