APE lycée départemental de Sapouy : Une affaire de gros sous qui divise

Publié le mercredi 10 février 2016

Le lycée départemental de Sapouy dans la province du Ziro connaît une crise sans précédent. L’argent en est la cause principale. Le président de l’association des parents d’élèves (APE) est accusé de mauvaise gestion des fonds.

« L’évidence d’un constat s’impose. Le président du bureau APE a géré dans l’opacité absolue la somme d’environ 26 143 000f correspondant à la cotisation spéciale et 60% des frais APE collectés au titre des années scolaires 2013-2014 et 2014-2015 » affirme la coordination régionale du F-SYNTER du Centre-ouest. Selon cette coordination, la Cotisation spéciale a rassemblé au cours de l’exercice 2013-2014, 10 870 000f en raison de 10 000F par élève. 8 736 000f en 2014-2015. Sur la même période la cotisation APE a rapporté 6. 537 000FCFA. Pour la présente rentrée scolaire (2015-2016) c’est le le montant de 10.000f qui a été reconduit avec cette fois-ci une innovation. Le président APE a requis l’autorisation M. Bonaventure Y.B Méda, le directeur régional, lequel a donné un avis favorable assorti toutefois d’une réserve : « … je voudrais particulièrement attirer votre attention sur le fait que l’autorisation d’instituer une cotisation spéciale APE n’est accordée qu’une seule fois, vous voudrez donc en tenir compte. » Mais pour la coordination syndicale trop c’est trop. On ne peut pas poursuivre dans cette voie en raison de «  l’absence totale de bilan chiffré des cotisations spéciales antérieures »
Le mercredi 6 janvier 2016 aux environs de 9h30, nous recevons une visite à notre lieu d’hébergement. C’est Abrahima Zallé, le président de l’APE, le principal mis en cause. Il a l’air visiblement ravi. «  Je suis très content que vous cherchiez à me rencontrer à propos de cette affaire  » dit-il sourire aux lèvres. C’est en effet l’occasion pour lui de dire sa part de vérité. C’est en 2011-2012 précise-t-il que le bureau APE d’alors a institué pour la première fois une cotisation spéciale de 5000f par élève. La somme récoltée devait permettre de construire des hangars pour servir de salles de classes (notons que le lycée départemental a vu le jour en 1998 avec 4 salles de classes). Mais rien n’a poussé du sol. La raison ? «  Il y a eu des difficultés. Certains disent que l’argent n’a pas été cotisé par contre d’autres soutiennent le contraire  » explique monsieur Zallé. Le bureau APE a donc été dissout. En 2013, un comité ad hoc est mis en place pour trouver des solutions aux problèmes qui se posent. Abrahima Zallé en dévient le président. A partir de mai de la même année, il décide avec son équipe de construire d’ici la rentrée, des salles de classes. « Jusqu’en août, ce qui était disponible ne valait pas 2 millions de FCFA. J’ai proposé qu’on fasse la construction à crédit » fait-il savoir. C’est alors qu’un devis d’environ 10 millions a été fait. Pour rembourser ce crédit, une cotisation spéciale va être instituée. « J’ai demandé au proviseur d’alors le nombre d’élèves. Il a dit que l’établissement en compte 1000 » Une cotisation spéciale de 8000f par élève a permis de réunir 8 millions de FCFA. En effet, sur les 10 millions, deux millions sont allés dans les agrégats. «  J’ai débloqué mes 500 000f pour les maçons afin qu’ils commencent le travail  » confie monsieur Zallé avec insistance. «  Lorsque les constructions sont finies nous avons rendu notre démission puisque le comité ad hoc devait prendre ainsi fin comme il a été convenu » Un autre bureau APE est alors mis en place. Zallé est maintenu à la tête de cette association. Pour rembourser le crédit de 8 millions, une cotisation spéciale est instituée en 2013-2014. Mais «  C’est 8000f au lieu de 10.000f  » le montant de la cotisation, précise M. Zallé, contredisant le chiffre avancé par la coordination syndicale. Même contradiction dans les chiffres en ce qui concerne la cotisation spéciale de 2014-2015. C’est plutôt 7000f qui a été retenu affirme-t-il. Ce qui donne un total de «  7 millions FCFA pour construire deux classes. » La cotisation spéciale de 2015-2016 vise à répondre à trois objectifs : Terminer les salles de classe en construction, acheter des tables-bancs, de même que des plaques solaires. « La raison des plaques solaires ne tient pas dans la mesure où avec le jumelage de Sapouy avec Mornant (une ville française) 8 plaques solaires étaient déjà disponibles » objectent ainsi Norbert Ouédraogo, Bernard Samba, des instituteurs et parents d’élèves au LDS.

Les faits parlent d’eux-mêmes
Qu’il n’est pas aisé d’être en ces temps de fraicheur dans une classe sans porte et fenêtres. A Sapouy, au lycée départemental, des élèves prennent des cours dans ces conditions. Les deux nouvelles salles de classes manquent d’ouvertures. Le président Zallé nous a confié que sur les 7 millions de FCFA nécessaires à la construction des deux salles de classes, «  tous les élèves n’ont pas versé les 7000f. Ce qui justifie que les classes n’ont pas eu d’ouvertures  ». Le 5 janvier dernier, nous sommes reçus par le proviseur du lycée, Jean Christophe Ouédraogo. Il se dit « déçu  » en nous montrant des factures et d’autres documents justificatifs. Une chose retient notre attention : la facture des portes et fenêtres de deux salles d’une valeur totale de 534 000f. Soit deux portes à 140 000f, 14 fenêtres à 350 000f, 3 sacs de ciment à 18 000f et la main d’œuvre du maçon à 26 000f. Nous décidons de contacter le fournisseur. Le mercredi 6 janvier nous l’appelons au téléphone pour comprendre. La communication est truffée de parasites. Nous nous déplaçons alors à l’atelier. L’entretien est houleux. Son niveau de langue nous fait douter de la signature portée sur la facture. Nous lui demandons s’il peut la reproduire. Il refuse catégoriquement. « Mais est-ce bien votre signature qui est là ?  » « Je ne sais pas  » répond-il. Quand nous lui posons la question pourquoi avoir livré le matériel si tard, il se fâche. Sur cette question, monsieur Zallé accuse l’administration, principalement le proviseur, du lycée de n’avoir pas débloqué le plus tôt possible l’argent. La facture en tout cas date du 21 décembre 2015. Le proviseur fait comprendre que 4 millions ont déjà été débloqués au compte de la cotisation spéciale de 2015-2016. Logiquement, le problème des ouvertures ne devrait pas se poser. Mais Zallé a préféré faire une commande de 140 tables-bancs d’une valeur de 5 040 000f. Une avance de 2 500 000f a déjà été payée. Pourtant, de l’avis du proviseur et bien d’autres enseignants, il n’y avait pas d’urgence à ce niveau comme il en est des ouvertures.
Pour l’année scolaire en cours, il a été suggéré un budget programme. Ce qui a été fait. Le montant total est de 10 495 000f. Et pour une gestion saine de la cotisation spéciale, il a été décidé de mettre en place un comité ad hoc auquel fait partie le président Zallé. Mais lors d’une réunion de ce comité, le proviseur soulève un problème : « Zallé dit qu’il ne vient pas parce que le bureau est illégal » Pourtant, c’est le même Zallé qui a présidé l’installation des membres de ce comité. Il explique ce rétropédalage par le fait que le proviseur Ouédraogo a dit ce jour que c’est « une recommandation » du directeur régional du Centre-ouest et l’intendant régional qui est à la base de la mise en place du comité de gestion. Pour monsieur Zallé, c’est une démarche qui n’est pas prévue par le règlement intérieur de leur APE. Mais pourquoi n’avoir pas désapprouvé le proviseur au cours de l’Assemblée générale pendant laquelle les membres ont été élus ? « C’est peut-être des lacunes à mon niveau » rétorque-t-il.

Les 6 millions de Mornant
Les «  amis  » de Mornant avaient annoncé leur contribution à hauteur de 10.000 d’Euros soit 6 550 000FCFA pour la construction des trois salles en 2013. Cet argent est arrivé avec un retard. Comment a-t-il été dépensé ? Pour beaucoup c’est mystère et boule de gomme. Mais selon une lettre qu’Abrahima Zallé a adressée au maire de la commune de Sapouy le 25 mars 2014, cette somme a servi à l’achat de 140 tables-bancs à 5 040 000f, six bureaux métalliques à 222 000f et 12 chaises de bureaux à 192 000f. En plus de ces équipements, un million devrait permettre de faire le crépissage des salles de classe. Le 7 avril 2014, monsieur Zallé signait une décharge dans laquelle il reconnaît «  avoir pris  » des mains du président et du trésorier du comité de jumelage de Sapouy-Mornant la somme de 6 559 570f « pour la suite des travaux de constructions » des salles de classes. Selon Aristide Nama, président du comité de jumelage Sapouy-Mornant et coordonnateur des OSC du Ziro, depuis 2014, il a poursuivi monsieur Zallé pour les pièces justificatives de l’argent dépensé. Et ce n’est qu’au matin du 6 janvier 2016 qu’il lui a remis un reçu portant uniquement sur les 140 tables-bancs et 12 chaises de bureaux. Soit un montant de 5 232 000f. Pas de justificatif pour le 1 327 570f. Le crépissage des salles de classe n’avait pas encore été fait au moment de notre passage les 5 et 6 janvier 2016 au LDS.
A l’analyse, on constate une incohérence entre ce que dit monsieur Zallé et les documents. Selon lui, seul le fournisseur peut entrer en possession de l’argent de Mornant déposé au Trésor public à Sapouy. Par contre, les documents témoignent à travers la décharge signée de sa main que c’est bien lui qui a pris l’argent des mains des responsables du comité de jumelage Sapouy-Mornant. Et quand on parle de manque de transparence, Zallé répond : « je ne suis pas un gestionnaire de formation ».

Par Basidou KINDA

Témoignage d’Aristide Nama, président du comité de jumelage Sapouy-Mornant
« Au niveau même du collège devenu plus tard lycée départemental de Sapouy, il y’avait déjà un grand nombre de problèmes auxquels l’APE en son temps ne pouvait pas faire face, compte tenu du nombre des élèves et les exigences des professeurs. Bien avant tout cela, le directeur provincial de l’éducation nationale (DPENA) d’alors avait déjà constaté le problème. Ainsi une contribution de 100f par élève a été instituée. La somme récoltée a servi a acheté du ciment pour confectionner des briques afin de trouver des solutions aux problèmes d’effectif des élèves qui grossissait chaque année. C’est dès ce temps que monsieur Zallé m’a approché pour poser le problème. Il a dit qu’ils vont s’organiser. Ce qui a été le cas et ils m’ont fait appel. Une rencontre s’est tenue et un comité ad hoc a été mis en place. Zallé prend alors la tête. Des bonnes volontés se sont manifestées par des contributions diverses. Des commerçants de la ville de Sapouy ont contribué à plus de 300 000f. Auparavant, nous avions rendu compte à nos amis de Mornant pour dire que nous avons des classes sous paillotes. Ils ont dit qu’ils vont contribuer à hauteur de 10.000 Euros soit plus de 6 millions de FCFA. Comme l’argent tardait à venir, l’APE a suggéré qu’il était préférable qu’on paye une contribution à hauteur de 5000f par élève pour construire la classe. On a alors approché le maire, en son temps Dominique Nama. Il a fait convoquer tous les membres du comité de jumelage pour discuter. Lors de la rencontre, il a dit qu’il était préférable au lieu de construire une classe, en plus de ce que les Blancs vont faire, la mairie va apporter sa contribution et la population également, on va faire trois classes. Les 5000f par élèves ont été rapidement mobilisés. Les travaux ont ainsi commencé. Ce qui a permis de construire les trois salles avant même l’arrivée des 10.000 Euros. L’argent a mis du temps mais il est finalement arrivé. Le maire a demandé à ce qu’ils écrivent pour dire ce qu’ils vont faire de cette somme. Ils se sont exécutés. Quelques jours après monsieur Zallé m’appelle pour me dire qu’ils ont besoin urgemment de tables-bancs.
Lorsqu’on a informé le maire, il a dit qu’il faut des factures pro-forma. La pression était très forte et j’ai demandé au maire, comme il y a une urgence, on peut leur permettre de débloquer l’argent quitte à ce qu’ils apportent rapidement les justificatifs. Le maire n’a pas répondu. Il a juste ri. L’argent a été débloqué avec une décharge en appui dont monsieur Zallé en est un des signataires. J’ai ainsi délégué le responsable du comité de jumelage chargé des ONG et projets, de suivre l’exécution. Depuis lors, on n’a pas d’informations, pas de reçus. Depuis un bout de temps j’appelle le président, ça sonne mais il ne décroche pas. J’étais obligé de passer par le chargé des projets qui est un enseignant comme Zallé pour l’appeler par rapport aux justificatifs que nous n’arrivons pas à avoir Ce n’est que ce matin (du 6 janvier 2016) que nous avons pu obtenir un reçu. J’ai dit au responsable des projets qu’il va falloir qu’on se déplace sur le terrain pour aller voir au moins ses réalisations. Effectivement on s’est rendu sur les lieux. On a rencontré le proviseur qui nous a dit que dans le bilan que les Zallé ont fait, les 10.000 Euros ne ressortent pas. J’ai dit, je peux vous comprendre à partir du moment où dans les 10 000 Euros il devait conformer le bâtiment des trois classes aux mêmes couleurs que les autres mais ce n’est pas fait. D’ores et déjà, je peux vous dire qu’il y a quelque chose qui n’est pas clair. ».

@Basidoukinda


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