12 Décembre : Norbert honoré par la Nation en attendant justice

Publié le mercredi 20 février 2019

Le 12 décembre prochain, une avenue prendra désormais le nom de Norbert Zongo. Il s’agit de l’avenue allant du croisement de Palace Hôtel au croisement de l’Hôpital Blaise Compaoré. Ainsi en a décidé le gouvernement qui par ce geste entend rendre hommage à notre confrère assassiné sur la même voie de la Nationale n°6, alors qu’il se rendait à son ranch, le Safari Sissili le 13 décembre 1998.

Après la réouverture du dossier Norbert Zongo que le régime de Blaise Compaoré avait rangé dans les tiroirs, le gouvernement de la Transition, à travers le baptême de la nationale 6 du nom de notre confrère vient de lui rendre en partie justice. La mort du journaliste avait plongé le pays dans une profonde crise sociale caractérisée par de graves violations des droits humains et en particulier par la violation des libertés publiques. Le droit de manifester avait été sévèrement malmené par le pouvoir de Blaise Compaoré qui tenait coûte que coûte à garder un contrôle strict du dossier en contradiction avec la rue qui exigeait vérité et justice. Ainsi, le dossier judiciaire confié au juge d’instruction Wenceslas Ilboudo n’avait pas connu la moindre évolution jusqu’au non- lieu prononcé en 2006 en faveur du seul suspect alors sous les liens de la prévention. Le dossier avait fini par être classé en attendant dit-on des éléments nouveaux. Manifestement, on était en face d’une affaire gênante voire encombrante pour le pouvoir. En l’absence de volonté de rendre justice aux plaignants sur le plan national, les avocats de la famille Zongo soutenus par le MBDHP se sont tournés vers la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples d’Arusha. Dans son verdict rendu le 28 mars 2014, la Cour révélait quatre principales carences dans le dossier.
Première carence : l’Etat burkinabè n’a pas agi avec la diligence requise dans la recherche, la poursuite et le jugement des assassins de Norbert Zongo et ses compagnons. Ce faisant, il a violé le droit des requérants à ce que leur cause soit entendue par les juridictions nationales. En effet il s’est passé 8 ans entre les premières investigations et le non-lieu d’août 2006
Deuxième carence : les autorités n’ont pas cherché à poursuivre d’autres pistes d’investigation notamment celles invoquées par la Commission d’enquête indépendante (CEI)
Troisième carence : l’audition tardive des parties civiles par le juge d’instruction, soit huit ans après les faits
Quatrième carence : Après le non-lieu de Marcel Kafando, les autorités n’ont entrepris aucune autre investigation comme si l’affaire était close, alors qu’aucun coupable n’avait été retrouvé et jugé. L’Etat burkinabé avait trente jours pour produire ses observations au verdict de la Cour. Il ne l’a pas fait, preuve supplémentaire de sa mauvaise volonté, jusqu’au jour de l’insurrection populaire qui a emporté le régime de Blaise Compaoré.
Le dossier a été ré-ouvert le 23 décembre 2014 et l’instruction a repris. Mais une année va bientôt s’écouler sans que l’on n’ait enregistré une évolution significative. Le temps a-t-il déjà fait son œuvre à la fois sur les mémoires et sur les preuves ? Il faut craindre le pire, au regard d’une justice par trop procédurière. Le 13 décembre prochain, cela fera 17 ans que les assassins de Norbert et ses compagnons continuent de courir.

GBN

Affaire Norbert Zongo : Lettre ouverte à Yacouba Isaac ZIDA

Excellence Monsieur le Premier ministre,
Ce 13 décembre 2015, et pour la dix-septième année consécutive, les démocrates, révolutionnaires, patriotes et tous les citoyens burkinabè épris de paix et de justice commémoreront, sur l’ensemble du territoire national et au-delà de nos frontières, le triste et tragique anniversaire de l’assassinat de Norbert ZONGO et de ses compagnons d’infortune.
Ce triste anniversaire marquera dix-sept longues années de lutte acharnée contre l’impunité de crimes de sang et de crimes économiques au cours desquelles, notre peuple aura fait la preuve, aux yeux du monde entier, de son refus de l’arbitraire, ainsi que de son rejet de la violence et de la barbarie comme modes de gestion du pouvoir d’Etat. Et durant toutes ces années, notre peuple s’est forgé, dans l’adversité, une âme combattante et un sens aigu du caractère sacré de la liberté et de la démocratie.
Vous le savez certainement, ces longues années de mobilisation et de lutte ont largement contribué à l’éveil de la conscience citoyenne et politique de nos vaillantes populations et de ce fait, à l’insurrection populaire d’octobre 2014 qui vous a consacré à votre poste actuel. La chute du régime de Blaise COMPAORE avait légitimement fait naître l’espoir que des actes forts seraient entrepris tendant à mettre fin à l’impunité dans notre pays. Espoir que justice serait rendue à Norbert ZONGO et aux autres victimes de crimes impunis. Cet espoir fut conforté par votre présence à la place de la révolution le 13 décembre 2014. Ce jour-là, à l’occasion de la commémoration du 16ème anniversaire des assassinats de Sapouy, vous avez, publiquement, pris l’engagement solennel d’œuvrer à ce que justice soit rendue à Norbert ZONGO, en ces termes : « le message est très clair : le peuple veut la justice. Alors je puis vous rassurer que la justice sera rendue au camarade Norbert ZONGO. Justice sera rendue à tous ceux qui sont tombés sous les balles assassines du Président Blaise COMPAORE. Nous allons y travailler ».

Excellence Monsieur le Premier ministre,
Une année après vos déclarations et alors que la transition tire vers sa fin, le constat est bien triste et amer. Bien que rouvert, le traitement du dossier Norbert ZONGO n’a pratiquement pas évolué, malgré vos multiples engagements, de sorte que les assassins de « votre » camarade courent toujours.
Ce 13 décembre 2015 encore, les militantes et militants du CODMPP et de la CCVC se retrouveront pour dénoncer l’inaction de votre Gouvernement qui, sur le dossier Norbert ZONGO, n’a guère fait mieux, quant au fond, que les Gouvernements successifs de Blaise COMPAORE.
A quelques semaines de la fin de la période de transition, la persistance de l’impunité, notamment dans l’affaire Norbert ZONGO, constitue ainsi un échec du Gouvernement que vous avez dirigé. Notre peuple qui a consenti d’énormes sacrifices depuis l’insurrection populaire, méritait certainement mieux. En vous réitérant notre profonde déception sur le sort que votre gouvernement a réservé au dossier Norbert ZONGO, nous vous prions d’agréer, Excellence Monsieur le Premier ministre, l’expression de notre considération et surtout de notre détermination à poursuivre le noble combat pour la vérité et la justice dans l’affaire Norbert ZONGO et pour toutes les autres victimes de crimes impunis dans notre pays n

Pour les Coordinations nationales du CODMPP
et de la CCVC

Chrysogone ZOUGMORE
Président du MBDHP


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