Ressources en eau au Burkina : SOS, le pays est dans le couloir de la mort

Publié le vendredi 21 août 2015

Les ressources en eau au Burkina sont confrontées à deux problèmes majeurs. D’une part, l’eau disponible s’amenuise de façon considérable. D’autre part, celle disponible est soumise à un phénomène de pollution à outrance à l’aide de produits particulièrement toxiques comme le cyanure et mercure. Le premier problème est lié aux aléas climatiques et une importante exploitation par une population de plus en plus nombreuse. Le second s’explique par le développement des sites d’orpaillage mais aussi des mauvaises pratiques tant chez les orpailleurs que chez les agriculteurs. Ces mauvaises pratiques consacrent à leur tour deux autres dangers qui menacent les ressources : l’ensablement et l’envasement. La situation est suffisamment alarmante et exige des actions fortes aux fins d’éviter des catastrophes aux proportions apocalyptiques sur toute l’étendue du territoire. S’il n’y a plus d’eau, on ne pourra plus rien réaliser. Le Secrétariat permanent du plan d’action pour la gestion intégrée des ressources en eau (SP/Pagire) a bien compris le danger. Il s’évertue pour endiguer toutes pratiques nuisibles et pour sauver l’or bleu du Burkina. Une sortie de terrain a permit aux Hommes de médias d’être témoins des menaces pesant sur les ressources en eau du Burkina ainsi que des actions menées par le SP/Pagire.

La situation des ressources en eau au Burkina est inquiétante sur le double plan de la quantité et de la qualité. Si le phénomène des changements climatiques en est un facteur de taille, l’action anthropique s’avère être aussi considérable et semble même en passe de devenir le principal notamment sur le plan qualité. En tout cas, c’est qu’on peut affirmer concernant les localités que les journalistes des différents organes ont visité. Dédougou, Bobo-Dioulasso, Banfora, Poura. Ces sorties ont permis aux journalistes de constater de visu les dangers auxquels sont exposés les ressources en eau de ces villes. Rappelons que ces villes sont parmi celles du Burkina qui reçoivent les plus grandes quantités de pluie. Cependant, de nos jours la situation de l’eau dans cette partie du pays est inquiétante. Les hommes de médias ont aussi pu voir les actions salutaires que mène le SP/Pagire pour protéger l’eau. Les sorties ont été ponctuées par des communications données par des personnes ressources averties des questions de ressources en eau. D’autres ont préféré être sur le terrain – comme le Secrétaire permanent du Pagire, M. Congo Moustapha et M. Kaboré Ghislain- pour répondre aux multiples questions des journalistes et leur montrer concrètement les faits qui mettent en péril la survie des ressources en eau.

La quantité d’eau baisse et la pression est forte

Pays enclavé déjà défavorisé par son positionnement géographique, le Burkina Faso connait une diminution considérable de la quantité de ses ressources en eau liée aux changements climatiques. Pourtant, le Burkina a comme « seule source d’eau les précipitations », affirme Kaboré W. Ghislain, directeur général de l’Agence de l’Eau du Mouhoum. Dans son exposé du 11 juin livré à Dédougou, il signale que par le phénomène de l’évapotranspiration le Burkina perd jusqu’à 2 mètres d’eau par an.
D’autre part, les ressources en eau font l’objet d’une forte pression. M. Kaboré explique ce fait par deux causes majeures. D’abord par le « développement économique » renfermant des activités exigeant l’usage de l’or bleu. En d’autres termes, il s’agit des activités industrielles qui se développent au galop, de l’intensification de l’agriculture et de la pratique de l’élevage. Les industries minières s’illustrent comme les plus ‘gourmandes’ dans la consommation d’eau. Il y a ensuite l’accroissement considérable de la population qui naturellement a besoin d’eau pour ses besoins domestiques et les autres activités sus-citées.
Pendant ce temps, l’eau disponible connaît une forte baisse en termes de quantité. L’exemple type est le cas du bassin de la Comoé. En 1982, ce fleuve déversait 3 000 litres d’eau par seconde. En 2005, soit vingt trois ans après, ce ratio a nettement baissé, la Comoé ne débitant que 750 litres par seconde. En clair, le fleuve Comoé a perdu environ 75% de sa quantité. Pendant ce temps, la population de la région est en pleine croissance. Selon les prévisions, la population de cette zone augmentera de 50% en 2025 pendant que l’eau disponible s’y raréfie. Selon les explications de Jerôme Bazongo, de l’Agence de l’eau des Cascades, la diminution de l’eau du bassin est causée par une « baisse pluviométrique, une hausse de la température et la croissance du phénomène de l’érosion ». Ces faits ont eu entre autres comme conséquences, à croire M. Bazongo, « le comblement des lacs d’eau des surfaces et de cours d’eau du fait de l’accélération des phénomènes d’érosion et la baisse du niveau des nappes phréatiques ». A cela s’ajoute le tarissement des cours d’eau et l’occupation des berges qui provoque le phénomène de l’ensablement des sources d’eau dû aux mauvaises pratiques des agriculteurs qui menacent l’extinction totale des sources d’eau. Le DG évoque également parmi les facteurs, le développement économique occasionnant beaucoup de prélèvement d’eau. M. Yé Dofihouan souligne dans la foulée qu’il y a nécessité de multiplier les concertations avec les usagers pour trouver un compromis afin que chacun parvienne à satisfaire ses besoins sans toutefois compromettre les ressources en eau pour l’ensemble du pays et pour les générations futures. Les activités anthropiques exercent également une pression considérable sur l’eau disponible. La région des Cascades a un sol largement favorable à l’agriculture, attirant de ce fait de nombreuses populations. Selon les statistiques, les activités humaines impliquant l’usage de l’eau ont remarquablement augmenté. Et les chiffres (donnés par M. Jérôme Bazongo) issus des études relatives au niveau d’occupation des sols entre 2002 et 2012 sont édifiants. Ainsi, les savanes et les forêts naturelles ont reculé de 20%. Les espaces aménagés par les hommes pour leurs diverses activités augmentent de 28%. Parallèlement, les champs pluviaux augmentent à leur tour de 30%. Les vergers se multiplient par 10. Ces activités de l’homme sont en grande partie à la base des phénomènes de l’ensablement et de l’envasement. Ces deux faits se traduisent par le remplissage des cours d’eau en sable pour le premier cas et en vase pour le second. Ces faits ont été notés avec beaucoup d’inquiétudes au niveau du bassin de la Comoé. Ces deux phénomènes sévissent de façon inquiétante dans le Kou, un affluent du fleuve Mouhoum situé à quelques encablures de la ville de Bobo-Dioulasso. Dans ce cours, le constat est consternant. Des ordures y sont jetées en masse. Certaines personnes pratiquent des activités agricoles dans le lit du cours d’eau. Les inconvénients sont visibles. Ce cours d’eau se rempli de vase et de sable. Une bonne partie de l’eau a cédé la place à la terre (sable et vase). Le principal pont est quasiment bouché. Un autre pont un peu plus petit que le premier dans la même situation menace de céder. S’il a pu résister jusque-là, c’est grâce à l’action du Comité Local de l’Eau (CLE) du Haut-Bassin qui a consisté à curer la vase de cette étendue d’eau. Mais visiblement, on note que l’envasement reprend avec force. Une personne ressource de l’Agence de l’Eau des Hauts-bassins souligne que si le phénomène continue, «  le Kou va tarir et entraîner avec lui le cours d’eau de Bama  ». A l’inverse, les activités menées sur le Kou sont saluées par les responsables du SP/Pagire. Il s’agit des actions de M. Sanou Alain qui utilise une partie des berges du Kou pour en faire un espace de loisir appélé la Guinguetta. En même temps qu’il mène ses activités économiques il s’investit sérieusement dans la protection du Kou entre autres par le plant des bambous chinois. Si l’eau perd en quantité dans notre pays, elle est aussi menacée par une pollution à outrance à grand renfort de produits hautement toxiques favorisée par les activités d’extraction des mines.

L’eau perd de sa qualité

L’orpaillage est venu aggraver le problème d’eau au Burkina. Les industries minières pour produire les lingots et autres minerais font usage de produits particulièrement toxiques qui finissent par être reversés dans les cours d’eau. Cette pratique est commune dans les grandes sociétés minières comme chez les orpailleurs traditionnels. Le phénomène s’aggrave et consacre des inconvénients catastrophiques. La commune de Poura semble être l’emblème de ce péril. Les caravaniers ont visité cette commune ce 14 juin. La commune s’illustre par trois faits inquiétants. D’abord, un lac béat dans lequel la défunte société minière étatique rejetait l’eau utilisée dans la production de l’or. L’eau du lac a totalement changé de couleur sous l’effet des produits chimiques notamment du cyanure et du mercure. Le fond du lac a une profondeur de plus de 15 mètres et menace même de par cette profondeur les riverains et les animaux. Idem par la qualité de l’eau. Selon les spécialistes, seulement 200 mg de cyanure versés dans un verre de boisson suffisent pour tuer un homme en moins d’un minute. Et ce lac est un concentré de cyanure et de mercure. M. Kaboré Ghislain explique aussi que ce produit détruit le cerveau et les cellules reproductrices. Il indique par ailleurs que «  l’ensemble des ressources en eau du Burkina sont menacées par les mines  ». A Poura il existe un bac à cyanure étendu sur un périmètre d’environ un hectare exposé à ciel ouvert depuis 1999. Une large partie de son contour est déclarée zone interdite. Les personnes ressources comme M. Nikiéma Fernand, secrétaire général de la mairie de Poura a conseillé aux caravaniers qui souffriraient d’asthme de s’abstenir de s’approcher de ce bac qui, par ailleurs, est un mouroir pour les oiseaux comme les tourterelles. Il pollue incontestablement la nappe phréatique, selon l’environnementaliste qui accompagnait les caravaniers. Ce bac serait un réel danger pour les habitants de la zone. Bien que déclaré zone interdite, l’on perçoit des champs juste à quelques mètres du bac. L’environnement d’une manière générale (cours d’eau et champs) est menacé par la présence de ce bac. On constate à vue d’œil que le cyanure ronge le mur et se répand par le biais de l’eau hors de la clôture.
En outre, la commune de Poura est caractérisée par le phénomène de l’orpaillage anarchique. A la recherche du métal précieux, les orpailleurs ne se fixent pas de limites. L’eau mélangée avec le cyanure est rejetée dans les cours d’eau. Bien que ce produit soit particulièrement nocif pour la santé, les orpailleurs en majorité des jeunes font le traitement à main nue. Ils n’ont que du savon pour se laver les mains après le travail. La rengaine populaire selon laquelle l’eau c’est la vie est en train d’être démentie à Poura. La contagion des ressources d’eau par les orpailleurs est sans retenue. M. Congo déplore l’ampleur que prend le phénomène de l’ensablement dans la zone du fait que des orpailleurs exportent directement la terre dans les cours d’eau pour en extraire quelques grammes du métal jaune. Que faire pour l’endiguer ce phénomène ?

Les actions de sauvetage du SP/Pagire

La SP/Pagire mobilise tous les moyens à sa portée pour protéger les ressources en eau du Burkina. Ainsi, elle mène des actions de sensibilisation auprès des usagers de l’eau pour une gestion rationnelle. A ce titre, M. Kaboré ne cessait de marteler que la protection des ressources en eau n’est efficace que si elle implique les populations locales. Ainsi, la SP/Pagire après sensibilisation organise les populations riveraines en Comité Local de l’Eau pour protéger les cours d’eau. Dans cette dynamique, sous la férule de l’Agence de l’eau du Mouhoun, les villageois de MouhounTâ –première zone à être visité- se sont organisés pour sauver le fleuve Mouhoun. M. Zida François, vice-président du Comité Local de l’Eau Mouhoun Tâ, nous a longuement expliqué preuve à l’appui les actions que les villageois posent pour sauvegarder le fleuve Mouhoun. Ils ont eu par exemple à planter 3 000 plantes offertes par le SP/Pagire sur une distance de 5 km autour du Mouhoun. De plus, la SP/Pagire soutient également financièrement les Comité Local de l’Eau dans leurs actions de protection des ressources en eau. Elle travaille pour le respect effectif de la législation en matière d’eau. Par exemple, le principe préleveur-payeur auquel de gros usagers ont adhéré et s’acquittent de leur devoir. La structure attend que le gouvernement prenne le décret d’application pour la mise en œuvre du principe pollueur-payeur. Des équipes de la SP/Pagire organisent continuellement des sorties de terrain sur les sites d’orpaillage et chez les agriculteurs pour les sensibiliser sur les bonnes pratiques de l’usage de l’eau. Quelques M. Yé Dofiouhan signale qu’il faut mettre l’accent sur la «  concertation avec les usagers pour mieux se faire comprendre et prévenir tout conflit  ». A cet effet, des rencontres sont organisées avec les propriétaires terriens pour trouver un terrain d’attente dans le sens du respect de la règlementation en matière de protection des berges. M. Congo Moustapha est aussi de cet avis. S’appuyant sur les chiffres indiquant la chute de la quantité d’eau, M. Congo souligne que si rien n’est fait, dans quelques années, le Burkina rencontrera de sérieux problèmes d’eau. D’où son engagement à tout mettre en œuvre pour sauvegarder le peu d’eau qui nous reste. «  Que chacun joue son rôle avant que le problème ne se pose  » dit-il.

La protection de l’eau et le droit à l’alimentation

Dans la quête de la protection des ressources en eau, il y a vraisemblablement antinomie entre le droit à l’eau et le droit à l’alimentation (agriculture). Des paysans utilisent des berges pour en faire des champs. C’est une action contraire aux bonnes pratiques prônées par le SP/Pagire. Pour remédier à cela, M. Congo Moustapha propose que l’Etat trouve «  d’autres terres pour ces derniers qui doivent déguerpir de sorte à s’inscrire dans la durabilité des exploitations  ». Dans la même logique, M. Yé informe qu’un bureau d’étude a été engagé pour recenser les occupants des berges et proposer des mesures salutaires pour tous.

Par Hamidou TRAORE


Commenter l'article (0)