Chute du baobab de la FIFA : Les clés pour comprendre le mystère

Publié le jeudi 11 juin 2015

Sepp Blatter, l’indéboulonnable président de la FIFA est parti, 4 jours seulement après avoir été réélu pour un règne à l’africaine ou à la soviétique sur le gouvernement mondial du football. Car l’intrépide guerrier valaisan (du nom de son village suisse Valais) croyait avoir fait le plus dur en réussissant à se maintenir à son poste. Tous connaissent ses qualités d’habile manipulateur, de bête politique, d’adversaire impitoyable quand il s’agit d’élections. Plusieurs orages sont passés mais il a toujours su rondir sa vieille carapace pour rester inébranlable. En 1999, un an après son arrivée au pouvoir, l’écrivain britannique, David Yallop affirmait dans un livre intitulé « How they stole the game » (lire comment ils ont volé le jeu) remettant en cause la victoire du Suisse.
Mais ce dernier va s’installer durablement à la tête de la FIFA. En 2001, la faillite du groupe ISL l’éclabousse. Il s’agit du groupe qui avait le droit TV des coupes du monde et des droits commerciaux de la FIFA. Selon un rapport, la faillite du groupe tient du fait que le président de la Fédération brésilienne de l’époque, Carlo Teixeira, beau-frère du président de la FIFA Joa Havelanch, ont accepté un pot-de-vin d’un montant de 12 millions. Et le deal passé avec Blatter était que celui-ci se taise pour hériter de la place de Havelanch. La crise qui en naitra ne l’emporta guère. En 2011, le Qatarite, Mohammed Ben Hamman et adversaire déclaré de Sepp Blatter à la FIFA est humilié, traîné dans la boue et radié à vie de toutes les activités liées au foot. Il est déclaré coupable de corruption, d’achat de voix. Bien que le tribunal administratif du sport (TAS) ai blanchi le Qatarite, le président de la Confédération asiatique du foot à l’époque et membre du comité exécutif de la FIFA, est maintenu hors des affaires du foot par le revanchard Suisse et sa bande. En 2014, le rapport Garcia produit par l’ex-procureur du district du sud de l’Etat de New York et à l’époque président de la chambre d’instruction du comité de la FIFA épingle l’institution l’accusant de corruption dans l’attribution des coupes du monde 2018 et 2022. L’affaire est étouffée dans l’œuf, le rapport est resté au sein de la FIFA contraignant son auteur à la démission. La liste n’est pas exhaustive. Ainsi donc, croyons-nous qu’en cette année 2015, la mise en examen de 14 membres de la FIFA et l’arrestation de 3 de ses cadres par la justice américaine, l’appel de report de l’assemblée élective par certaines délégations, la démission pure est simple du président Joseph Blatter par le très crédible président de l’UEFA serait une secousse de plus. Puisse que l’AG a eu lieu. Et comme Blatter a été réélu, que restait-il à ce vieillard de 79 ans adulé par les Africains que de régner jusqu’à la mort ?

Les raisons d’une chute inattendue

Une seule chose est connue, Blatter, c’est fini. Une autre ne fait point de doute, ce sont les Américains qui ont eu sa peau. Mais pourquoi est-il parti ? La question est entière. Les raisons peuvent être multiples. Mais en voilà quelques hypothèses. Le vieillard est tombé à cause de la pression familiale. Sa fille restée jusque-là dans l’ombre n’a pas hésité à s’inviter dans le débat pour applaudir devant les caméras de télé le jet d’éponge de papa. Cela suffi-t-il pour faire lézarder son obsession du pouvoir sur le foot mondial que tous reconnaissent ? Pas si évident. Et s’il était coupable ? Lui-même l’avait dit. « Si je démissionne ce serait comme si je suis coupable ». A présent qu’il est parti que doit-on penser ? Ils sont nombreux à penser que les Américains l’ont cherché, ils l’ont eu. Pourquoi la première puissance du monde voudrait faire tomber le gouvernement FIFA ? Peut-être faut-il remonter à l’attribution des Coupe du monde 2018 et 2022. Les USA étaient en concurrence avec le Qatar pour le rendez-vous de 2022. Le pied de nez fait aux Etats-Unis par la FIFA en l’attribuant au Qatar a froissé l’orgueil américain. Pour la petite histoire, Bill Clinton désigné par son pays pour faire le lobbying et acquérir l’organisation des mondiaux 2022 a cassé une tasse de thé à l’annonce du verdict énervé qu’il fût. Les USA voudraient alors faire payer à la FIFA ce choix ? On serait moins affirmatif si l’on sait que Sepp Blatter, à l’époque n’a pas voté pour le Qatar mais pour les USA. Alors pourquoi lui aurait-on affligé cette punition ? Et si on corsait encore plus le scénario. Sur le terrain de foot, il se passerait une autre guerre froide entre les USA et l’ennemi de tous les jours, la Russie. On sait que Poutine et Moscou ont eu la coupe du monde 2018. En fouillant pour disposer de preuves les Américains voudraient surtout avoir des éléments qui compromettraient Poutine. Une telle preuve si les USA venaient à en disposer, ils peuvent en servir comme monnaie d’échange contraignant la Russie à assouplir ses positions sur certains dossiers. C’est une éventualité. Surtout que Poutine a apporté un peu de crédit à cette hypothèse déclarant soutenir Blatter ! Au-delà de tout et si réellement cette histoire avait un fond c’est-à-dire que Blatter a réellement été pris la main dans le sac ? On sait que son secrétaire général et bras droit Jérôme Vacker était sous le coup d’une enquête. L’étau se resserrait donc petit-à-petit autour de Blatter lui-même. La stratégie des Américains dans cette affaire est simple. Il a suffi d’avoir un premier aveu, le reste, c’est comme une lettre à la poste. Tout est parti avec le citoyen de Trinité et Tobago, Jack Warner, vice-président de la FIFA. Il a parlé.
On lui a fait une promesse de réduction de peine s’il passe à table. Warner a tout rendu ! Puis au tour de Chuck Glazer, là aussi même stratégie et résultats payant. Des noms ont été donnés. Et l’enquête s’est orientée vers le bras droit de Blatter, Vacker. Et souterrainement une enquête est ouverte sur le patron lui-même. C’est peut-être pour cela qu’il a préféré devancé l’iguane dans l’eau. Ou carrément il a négocié sa réédition. Il a peut-être proposé sa démission contre l’arrêt d’une éventuelle remontée en surface des vilaines pratiques dont il serait coupable. On n’en sait rien de plus net. Toujours est-il que sa succession est ouverte. Et Platini semble incarner le renouveau. Mais encore faut-il convaincre l’électorat qui marche avec ses principes et ses calculs n

Par J J Traoré


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