Soubré : 17 millions emportés dans un braquage ; Un complot entre personnes associées

Publié le lundi 7 mai 2012

Le Tribunal de grande instance de Kaya est sur le point de dénouer une affaire criminelle de braquage portant sur une somme de plus de 17 millions de franc CFA. Un des acteurs clés de l’opération a été retrouvé mort, 72h après le forfait. Les six suspects qui étaient écroués à la prison de Kaya se sont évadés entre temps. Une affaire rocambolesque à multiples rebondissements.

 

Un Burkinabè du nom de Sawadogo Hamidou a été victime d’un braquage à main armée en 2010 en Côte d’Ivoire. La victime a été dépouillée de la somme de 17 400 000 FCFA, représentant la vente de cacao. Des personnes se trouvant être des compatriotes de Hamidou sont suspectées. Ils auraient planifié et exécuté l’attaque avec la complicité d’un certain Souleymane qui, en plus d’être un parent à Hamidou, est son patron. A ce titre, il apparait être une co-victime dans ce braquage. L’enquête menée au Burkina Faso avait permis d’arrêter six personnes qui ont été tous inculpées et déposées à la maison d’arrêt et de correction de Kaya. Le dossier était toujours dans sa phase d’instruction quand en 2010, une évasion massive de prisonniers intervient à la maison d’arrêt de Kaya. Les six inculpés réussissent à prendre la poudre d’escampette. Cette situation avait plombé le dossier judiciaire. L’affaire revient au devant de la scène à la faveur de nouvelles arrestations. C’est d’abord un des six évadés, en la personne de Athanase, qui a été rattrapé il y a de cela quelques mois et remis aux autorités judiciaires qui l’ont réincarcéré. Autre élément nouveau, c’est l’arrestation de Souleymane par la brigade de recherche de la gendarmerie de Kaya. Ce dernier se présentait depuis le début de l’affaire comme étant une co-victime dans l’affaire du braquage.

 

Que s’est-il passé réellement ce jour de la CAN ?

 

L’affaire a commencé un jour de janvier. Le Burkina Faso jouait contre le Ghana en match de football dans le cadre de la Coupe d’Afrique des Nations 2010. En pareil moment, la majorité des Burkinabè pensent football. Ce n’était pas le cas chez certains. « J’étais chez moi à Yobayo/Soubré Coroque [ndlr : en Côte d’Ivoire], j’ai reçu la visite du nommé Kaboré Ousseni. Ce jour là, un dimanche soir, le Burkina jouait contre le Ghana pour la Coupe d’Afrique des Nations 2010. » La visite fut amicale et Kaboré regagna son domicile. C’est une fois à la maison qu’il rappela son ami qu’il venait de quitter et lui confia qu’il avait oublié de lui dire quelque chose. De quelle chose s’agit-il ? « Une fois revenu, il dit qu’il va aller rencontrer le nommé Basile que je connais très bien avant de revenir. » La suite de l’affaire sera déballée dans un maquis à Yobayo, où Basile et Ousseni invitèrent Kassoum. « Etant ensemble [au maquis], le nommé Ousseni m’a informé du coup qu’ils voulaient mener….le nommé Basile confirma ». Basile expliqua qu’« il s’agit d’un Dioula qui doit aller vendre ses chargements de cacao à Soubré et qu’à son retour, nous le déposséderons de son argent ». On demanda à Kassoum de trouver une quatrième personne qui sera l’éclaireur. Son rôle sera de « rester aux aguets à Baba-yroi et nous téléphoner au retour de celui-ci [leur cible] qui passera sur une moto ». Athanase sera cette quatrième personne. Il habite la même cour que Kassoum qui n’a pas eu de mal à le convaincre de participer au coup. « Celui-ci accepta après les explications que c’est un Dioula » et effectivement le lendemain dans la soirée, il est parti sur un vélo se positionner. C’est lui qui est chargé de donner le signal à ses acolytes postés en brousse pour attendre la victime. « Vers 20 heures moins, il appela nous dire que l’intéressé arrive. En ce moment, nous nous étions placés sur un pont. Le nommé Ousseni était en première position cachée à côté du tronc d’arbre posé pour barricader le passage, moi [ndlr : Kassoum] j’étais au milieu et le nommé Basile derrière ». Le dispositif est presque sans faille. La cible a été si bien identifiée et filée sur une longue distance, ce qui ne lui laissait aucune chance de déjouer une seule scène dans le scénario du piège qui l’attend. « A son arrivée, surpris par le tronc d’arbre, il est tombé avec la moto et commença à crier. C’est en ce moment que nous rejoint le premier [Ousseni qui était posté en tête] pour nous aider à accomplir la mission. » La personne qui vient ainsi de tomber dans les filets des braqueurs est bel et bien la personne qui était visée. Cependant, la découverte de son identité perturbe la conscience d’une personne dans le groupe. Il ne s’agit pas d’une inconnu dioula comme cela avait été annoncé à Kassoum. « A ses côtés, j’ai été surpris de voir que c’était un de nos compatriotes. En plus, une famille qui nous a trop aidé dans nos moments difficiles. J’ai dis au nommé Basile de le laisser partir, il répliqua et dit de lui prendre son argent qui était dans un petit carton. Il cogna sur sa tête plusieurs fois avec son arme avant de prendre le carton d’argent. Après, il dit de le tuer, chose que nous avons refusée catégoriquement. » Après avoir détroussé Hamidou Sawadogo, les braqueurs le laissèrent sur les lieux et s’éloignèrent, armes au poing dans la brousse pour le partage du butin. « Il y avait dix sept millions (17 000 000) de franc dedans. Il (Basile) a enlevé quatre millions (4 000 000) me donner et là dedans, je devais donner un million cinq cent mille (1 500 000) au nommé Athhanse (l’éclaireur). De même il a remis quatre millions (4 000 000) de francs au nommé Ousseni et un million trois cent mille (1 300 000) franc pour la part du nommé Roger. Il nous dit ensuite qu’il remettra la part d’un certain Souleymane qui a participé à sa manière pour la bonne marche du forfait. Après le partage, chacun a pris son chemin ». Voici comment le braquage de Hamidou a été préparé et perpétré selon le récit de Kassoum, un des auteurs. Il est une des quatre personnes à avoir reconnu à la gendarmerie avoir pris part au braquage pour s’emparer de l’argent de Hamidou Sawadogo. « Nous sommes quatre dans le groupe, les nommés Ousseni, Basile, Athanase et moi [Kassoum]. Notre patron est le nommé Roger ». C’est Roger qui serait le fournisseur des armes.

 

Les soupçons sur l’entourage de Hamidou

 

Sawadogo Basile cité dans le braquage, est un employé de Hamidou Sawadogo. Basile était le gardien du magasin de cacao. Il travaillait sous la responsabilité de Hamidou qui lui-même avait pour supérieur Souleymane Ouédraogo. Le jour où l’attaque a eu lieu contre Hamidou, le gardien du magasin était absent à son poste. Interrogé sur son absence, il a affirmé qu’il était allé rendre visite à son oncle dans un autre village. Renseignement pris auprès de la famille de son oncle, Basile n’y est pas allé depuis au moins trois ans et l’oncle en question était rentré momentanément au Burkina. Selon Souleymane Ouédraogo, « le 09 janvieri [ndlr : 2010], aux environs de 10h, le nommé Sawadogo Hamidou, mon employé, m’a informé qu’il a été agressé et dix sept million quatre cent mille (17 400 000) ont été emportés par ses agresseurs […] Dans la causerie, le nommé Sawadogo Hamidou m’a informé que Basile doit être dans le coup ». Sollicité par Hamidou pour l’accompagner à la gendarmerie pour faire sa déclaration, Souleymane va prendre les devants de l’affaire. Il décide avec Hamidou de conduire Basile à la gendarmerie sans que ce dernier ne soit au courant. C’est en cours de route que celui-ci se serait rendu compte que ses collègues partaient à la gendarmerie pas pour une simple déclaration mais pour le livrer. Dans leur véhicule personnel qui les conduisait, la présence de « dozos », les chasseurs traditionnels qui jouaient aux forces de sécurité dans cette période de crise en Côte d’Ivoire, a alerté le suspect. Sur la route donc, Basile très méfiant « s’est évadé entre nos mains » relate Hamidou à la gendarmerie. Le 28 janvier 2010, soit 72 heures après le braquage de Hamidou, Basile (le seul suspect sérieux du moment) a été retrouvé mort pendu dans une plantation de cacaoyers. Souleymane Ouédraogo conclut : « il a dû soupçonner qu’on l’a reconnu [dans le braquage] et il est allé se pendre ». La brigade de gendarmerie de Soubré qui a fait le constat a auditionné plusieurs personnes dans le cadre de l’enquête. Selon les auditions des concubines du défunt, elles auraient reçu « la visite des dozos les informant que leur mari est soupçonné dans le braquage de Hamidou » et que depuis la visite des dozos, elles n’ont plus revu leur mari jusqu’à la découverte de son corps. Les procès verbaux de la gendarmerie mentionnent que « les dozos cités par les concubines de la victime ont été convoqués à plusieurs reprises et ne se sont jamais présentés jusqu’à la clôture du procès verbal, ainsi que le nommé Souleymane en voyage au Burkina n’ont pu être entendus. » La mort subite de Basile fait apparaitre au premier plan des suspects, Souleymane Ouédraogo. Ousmane Sawadogo, frère aîné de Hamidou Ouédraogo pense que Basile n’a été qu’un exécutant. Son accusation est formelle, « Souleymane Ouédraogo est le commanditaire du braquage ». Dans l’audition de Kassoum que nous avons largement cité ci-dessus, il y a cette phrase : « Il [Basile] nous dit ensuite qu’il remettra la part d’un certain Souleymane qui a participé à sa manière pour la bonne marche du forfait. » Ce « certain Souleymane » ne serait autre que Souleymane Ouédraogo, le patron de Hamidou Ouédraogo (la victime du braquage) et de Basile (le pendu). Tous les trois travaillent pour une même personne qui est un Libanais. Les nommés Roger (considéré comme le chef de bande et fournisseur des armes), Kassoum, Ousseni et Athanase ont tous reconnus leur participation au braquage te l que raconté par Kassoum. Sauf Athanase qui a été rattrapé récemment, toutes ces personnes qui ont été une première fois arrêtées ont réussi à s’évader de la prison de Kaya. Basile a été retrouvé pendu et selon la gendarmerie de Soubré, « le certificat de genre de mort et de décès » ne leur « était pas encore parvenu et leur obtention fera l’objet d’une correspondance ultérieure ». En l’absence de ce certificat, Ousmane Sawadogo qui dit connaitre bien Souleymane pense que c’est ce dernier qui a organisé la mort de Basile qui était le seul capable de le citer dans l’affaire du braquage si toutefois la gendarmerie l’avait appréhendé. Il aurait donc fait tuer Basile par des dozos avant de le suspendre pour faire croire à une pendaison. « Basile ne se serait jamais donné la mort », pense Ousmane Sawadogo. Le 28 mars dernier, Souleymane qui ne s’était pas senti jusque là inquiété a été interpellé par la gendarmerie de Kaya. Il est présentement déféré à la maison d’arrêt et de correction de Kaya. En plus de Athanase et de Souleymaane, un troisième présumé qui s’était évadé a lui aussi au même moment que Souleymane et gardé à la maison d’arrêt. Des mandats d’arrêt auraient été lancés contre ceux qui sont toujours dans la nature entre la Côte d’Ivoire et le Burkina.

Une coopération entre la Justice et les forces de sécurité des deux pays est nécessaire pour venir à bout du réseau mais les moyens limités de nos juridictions constituent un handicap n


Par Boukari Ouoba

i La date du 09 janvier n’est pas en concordance avec les dates données par les autres témoignages. Le braquage se serait passé le 25 janvier et c’est donc le lendemain 26 que Souleymane a été mis au courant.


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