Explosion à Larlé, la piste criminelle à ne pas écarter

Publié le lundi 4 août 2014

Dans son vaste domaine bien rabiboché par le souffle de l’explosion, le Larlé naaba déambule, répétant presque mécaniquement ce qu’il a vécu ce terrible soir du 15 juillet 2014 aux environs de 18h. Depuis ce jour il n’a plus eu de répit, des foules compactes de gens convaincus que c’est lui qu’on visait affluent pour le voir et lui témoigner leur soutien.

 L’affaire de l’explosion de Larlé reste et demeurera encore longtemps une énigme. Dans la version qui est servie dès les premières heures de l’explosion par le gouvernement, il y a du vrai. Mais les explications n’épuisent pas l’équation.

C’est fort probable que ce soit des explosifs qui ont sauté ce soir là. Il est aussi établi maintenant que le propriétaire des explosifs a effectivement loué une maisonnette de huit tôles, dans une concession à cour commune.

Voilà ce qui est des faits. Peut-on en déduire qu’il n’y avait pas dans cette aventure une intention criminelle ? C’est la thèse que l’enquête de gendarmerie voudrait privilégier. Or sur cette piste il y a trop de zones d’ombres qui ne peuvent pas être que fortuites.

D’abord de la location de la maisonnette pour stocker les explosifs. Selon le propriétaire de la maison, Grégoire Ouédraogo, tapissier de son état, environ la soixantaine, la maison a été louée, à 10 000 f cfa par mois, il y a seulement 11 jours avant que l’explosion ne survienne. 

La maisonnette est toute exiguë. Un « entré- couché » de seulement huit tôles en banco, en plein milieu d’une concession familiale, avec d’autres locataires (voir le croquis descriptif de la cour ». Le locataire, un certain Pafadnam. A. qui se dit commerçant et qui roule dans une vieille 4x4, aurait conduit matinalement Grégoire vers l’hôtel Rivière pour lui indiquer un kiosque fermé, qui serait son lieu de travail.

Il a dit à Grégoire que s’il a besoin de lui, il peut le trouver en ces lieux. Sauf que Grégoire qui est tapissier se lève tôt, reste dehors toute la journée et ne revient que le soir chez lui. Il dit donc ignorer tout de son mystérieux locataire. Il l’a aperçu une ou deux fois dans la cour avec des sachets et c’est tout.

Et puis c’est vraiment une location récente qui n’est pas destinée de l’avis du locataire, à servir d’habitation, mais de magasin. Mais la location est tellement récente que les membres de la maisonnée sont étonnés que des gens de l’extérieur aient eu le temps de constater le stockage de quantité aussi importante d’explosifs.

Ensuite de la communication gouvernementale sur le drame. Il a suffit de quelques heures et alors qu’aucun échantillon n’avait été prélevé et analysé, la communication officielle aiguillait vers une explosion de produits stockés, destinés aux mines. La communication était même très précise, indiquant qu’il s’agissait d’une maison louée où auraient été entreposés les explosifs.

Or le vieux Grégoire que nous avons croisé dans la cour de l’Action sociale, à Larlé, lui-même ne savait pas exactement ce que son nouveau locataire voulait entreposer dans la maisonnette louée de fraîche date. Admettons que nos services soient très efficaces et très bien renseignés. Alors comment ont-ils pu laisser se constituer un tel stock au milieu d’une concession très peuplée.

Rappelons que dans la cour de M Grégoire il y avait alignés de part et d’autre deux chambres-salons, trois entré-couchés, deux « deux chambre-salons » et enfin la maison familiale du propriétaire où il vivait avec son épouse et ses enfants. C’est donc dans une cour densément peuplée que Pafadnam a entrepris de stocker ses colis mortels. Les services s’ils sont au courant et ne l’ont pas empêché, alors il faut s’interroger. 

La Maison du Larlé en ligne de mire… 

Le Larlé naaba dans sa cour de Larlé

Ce jour là, le Larlé qui recevait un parent venu solliciter une aide pour l’opération des yeux, a, de peu, failli y laisser la vie.

Voici l’histoire telle qu’il la conte à ses visiteurs : « je me suis dirigé vers le bureau pour prendre un peu d’argent pour le donner à un parent qui devait subir une opération des yeux. Au moment où j’ai voulu tourner la poignée de la porte, la déflagration a embrasé tout le quartier avec une poussière épaisse. Je n’ai pas pu ouvrir la porte, elle a été arrachée par le souffle et les vitres brisées. Le plafond de mon bureau s’est effondré. Si j’avais pénétré dans le bureau j’aurai été assommé par le plafond. Je ne suis pas sûr que je m’en serais sorti vivant ».

Puis il ajoute « dans ma concession, seuls les tombes et ma chambre n’ont pas bougé ».

Il faudra donc aux enquêteurs des arguments vraiment massues pour convaincre le Larlé qu’il n’était pas celui qui était visé dans cette explosion. Les partisans du larlé eux se sont fait leur religion dès les premiers instants de l’explosion.

Comme par hasard, la concession où les explosifs étaient stockés appartient à un neveu du Larlé. C’est aussi un autre de ses neveux, Boniface Tapsoba, dont la concession est mitoyenne de celle de Grégoire qui a perdu sa jeune épouse, née en 1975, pulvérisée par le souffle de l’explosion. Boniface Tapsoba, bientôt 56 ans, employé comme « marqueur balle » à Faso coton a eu vraiment de la veine ce jour.

De retour du cabaret, où dit-il « je suis allé boire mon dolo, je trouve mon voisin tailleur en dispute avec une de ses clientes. Je reste pour m’interposer et j’arrive à leur faire entendre raison. Puis je me dirige vers ma concession, une cour que j’ai héritée de mes parents. C’est le portail qui m’a croisé en plein visage. Je me suis réveillé après à l’hôpital. C’est la seule chose dont je me souviens. Avec ma femme nous vivions en concubinage. Nous n’avons pas eu d’enfant ».

Des âmes en peine…

Dans la grande cour de l’Action sociale de Larlé, les rescapés de la déflagration traînent leur peine, assis qui sur des chaises, qui à même des bancs. Les services de l’Action sociale leur assurent « gite et couvert ».

Les décombres après l’explosion


Pour Boniface « si c’est la nourriture, on mange. Mais pour le reste, on ne sait pas ce que les autorités nous réservent  ». Puis après un long moment de silence, il enchaîne « j’ai 56 ans. Je vais à la retraite en janvier 2015. Qu’est-ce que je vais devenir ? Je n’aurai jamais les moyens de reconstruire ma maison ». Cette préoccupation est aussi celle du Larlé naaba.

Il a voulu organiser une conférence de presse pour interpeller les autorités sur le sort des sinistrés, mais ses proches l’en ont dissuadé. A Larlé tout le monde se demande pourquoi, après une telle catastrophe, le conseil des ministres qui se tient immédiatement après n’adresse pas un mot de compassion aux victimes ?

Par Newton Ahmed Barry

A propos du « Goma 2 ECO »

Le Goma 2 ECO est un explosif de fabrication espagnole. C’est une dynamite hautement explosive destinée principalement à une utilisation industrielle, à la démolition dans les mines et aussi pour des usages militaires. Le Goma 2 eco est une substance gélatineuse et se présente sous forme de bâtonnet.


Le Goma 2 eco ne contient pas de dose toxique. En terme de sécurité il n’explose pas au hasard, comme veut l’accréditer les sources proches de l’enquête. Par contre c’est un produit qui est affectionné par les terroristes en raison de sa puissance destructrice.

 Le 11 mars 2004, c’est cet explosif que les terroristes de Al Qaïda ont utilisé pour faire sauter le train à Madrid, Espagne occasionnant de nombreux dégâts. Le Goma 2 ECO est certes utilisé pour les mines. Mais sa destination initiale c’est l’usage militaire. Un tel explosif, surtout depuis le drame du 11 mars au métro de Madrid, ne se vend pas comme ça.


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