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J'ai lu avec un grand intérêt l'écrit
intitulé " Enquête par sondage. L'opposition
décide de boycotter le CGD ", paru dans le quotidien
Le Pays N° 3656 du 04 juillet 2006. Je voudrais réagir
en apportant ma modeste réflexion sur le sujet. Mes
propos n'engagent ni le Centre pour la Gouvernance Démocratique
(CGD), ni aucun parti politique. Ils engagent ma modeste
personne, en tant que simple citoyen burkinabè.
Suite à la publication des résultats d'un
sondage réalisé en avril-mai 2006 par le CGD,
l'écrit paru dans Le Pays N° 3656 du 04 juillet
2006 nous informe qu' " à travers ce qui a été
intitulé "Déclaration ouverte ",
7 partis de l'opposition protestent contre le sondage en
se demandant sur quoi il s'est basé pour parvenir
à de tels résultats. Sans seulement se contenter
de tirer à boulets rouges sur l'institut, ces partis
ont décidé de ne plus participer aux activités
du CGD jusqu'à nouvel ordre ".
A quels résultats est parvenu le CGD dans le sondage
évoqué par la "Déclaration ouverte
" du 29 juin 2006 ?
Dans le sondage, l'institut serait parvenu, selon la "Déclaration
ouverte ", " aux deux conclusions essentielles
suivantes :
l'action de Blaise Compaoré approuvée par
71% des Burkinabè ;
la victoire du CDP avec 44,94% des intentions de vote des
Burkinabè pour les législatives 2007 ".
Dans la " Déclaration ouverte ", les sept
(7) partis de l'opposition signataires de ladite déclaration
(FDS, PDP/PS, PNR/JV, MDR, RDEB, UFR, UNDD) ont qualifié
le CGD " d'instrument de manipulation de l'opinion
" et son premier responsable de partisan du pouvoir
de la IVe République.
1er point : "l'action de Blaise Compaoré approuvée
par 71% des Burkinabè ".
Sur ce point, les 7 partis de l'opposition signataires de
la " Déclaration ouverte " s'interrogent
sur la nature des actions approuvées par 71% des
Burkinabè et énumèrent :
" - la corruption érigée en système
de gouvernement ;
l'insécurité devenue permanente sur toute
l'étendue du territoire national ;
l'instrumentalisation des gouverneurs de régions,
des hauts commissaires, des préfets, des directeurs
régionaux et provinciaux, de la chefferie coutumière
et des responsables religieux à des fins électoralistes
;
les brigandages économiques ;
le rançonnement des opérateurs économiques
privés pour soutenir une compagne électorale
scandaleuse par le déploiement des moyens face aux
candidats démunis de l'opposition ;
l'incapacité à contenir l'inflation des prix
face à une population qui s'enfonce dans la misère
;
l'utilisation scandaleuse de l'aide des peuples amis au
peuple burkinabè pour en faire des programmes personnels
à des fins de propagandes électoralistes ;
- les constructions d'écoles démarrées
dans le cadre du PDDEB et qui ne sont jamais terminées
parce que des marchés sont complaisamment octroyés
à des amis politiques rompus à la fraude économique
et financière ;
- le marasme économique dans lequel s'enfonce le
Burkina Faso face à l'impunité garantie par
Blaise Compaoré pour les nouveaux riches de son régime".
Cette situation ci-dessus peinte me semble réelle.
Mais, quel acte fort ou quelle action inédite a posé
l'opposition pour sortir "le peuple burkinabè"
de cette effroyable géhenne ? A-t-elle pu empêcher
la candidature de Blaise Compaoré à la Présidentielle
du 13 novembre 2005 ? A-t-elle su au moins s'unir pour affronter
cette Présidentielle afin d'empêcher le candidat
Blaise Compaoré d'accéder au majestueux nouveau
"Palais de Kosyam", sis dans la zone la plus futuriste
de la capitale, Ouaga 2000 ?
2e point : " la victoire du CDP avec 44,94% des intentions
de vote des Burkinabè pour les législatives
2007 ".
Sur ce point, les 7 partis de l'opposition signatairs de
la " Déclaration ouverte " s'insurgent
contre le CGD et annoncent " les méthodes qu'utilisera
le CDP pour atteindre ces 44% de sièges à
la prochaine Assemblée nationale :
tripatouillage du fichier électoral avec la complicité
d'une CENI aux ordres ;
intimidation des fonctionnaires à la recherche de
postes et autres nominations politiques ;
intimidation des populations du milieu rural à travers
la chefferie coutumière et les responsables religieux
instrumentalisés ;
- mensonges et autres arnaques des populations rurales à
majorité analphabète ;
utilisation des moyens de d'Etat pour la campagne ;
Corruption et l'achat des consciences
"
Cette situation me paraît encore réelle. Mais
est-ce le CGD (ou son premier responsable) qui recommande
ou suggère au CDP d'utiliser ces " méthodes
" pour atteindre un certain pourcentage de représentation
à notre auguste Assemblée nationale ?
L'opposition politique espérait-elle que l'existence
d'une CENI, le financement des partis politiques, l'accès
aux médias d'Etat et l'utilisation du bulletin unique
suffiraient à instaurer et enraciner une culture
démocratique dans ce pays ? Oh non ! La bataille
à mener est plus hardie et doit être engagée
contre l'adversaire politique. En effet, l'histoire nous
enseigne qu'aucune victoire démocratique dans le
monde n'a été obtenue sans une lutte conséquente.
En somme, selon la "Déclaration ouverte",
"l'opposition burkinabè dénonce ce comportement
du CGD et se démarque des actions de cette ONG qui
s'est révélée être un instrument
de manipulation du peuple burkinabè aux mains de
Blaise Compaoré et de son CDP ".
Proposons quelques définitions de l'opinion publique
et du sondage avant de progresser..
Pour le psycho-sociologue français Jean STOETZEL
(1910-1987), l'opinion publique est un " ensemble de
jugements sur les problèmes actuels auxquels adhèrent
une grande partie des membres d'une société.
Une des conditions indispensable à l'existence de
l'opinion, c'est la communication des pensées individuelles
au sein de cette société ". (Alain BEITONE
et coll., Sciences sociales, 3e édition, Paris, 2002).
Mesure de l'opinion :
le sondage
" Faire un sondage dans une population donnée,
c'est interroger une partie de cette population pour en
déduire des résultats valables pour la population
prise dans son ensemble. Cette méthode est une application
du calcul des probabilités et de la loi des grands
nombres ". (Alain BEITONE et coll., Sciences sociales,
3e édition, Paris, 2002).
Autrement dit, il s'agit d'un ensemble d'opérations
ayant pour objet la distribution de certaines caractéristiques
dans la totalité d'une population, à partir
de l'observation d'une fraction représentative de
cette population dénommée échantillon.
A présent, abordons ensemble le sondage proprement
dit du CGD.
Le CGD a-t-il respecté les règles d'élaboration
des sondages au cours du sondage réalisé en
avril-mai 2006 sur le territoire burkinabè ?
La taille de l'échantillon
du sondage
Selon les spécialistes en la matière, l'échantillon
devrait avoir une taille suffisante. La précision
du sondage, la généralisation et la validité
des résultats de l'enquête dépendent
en effet du nombre de personnes interrogées. En général,
au dessus de 1000 personnes, un échantillon garantit
des résultats fiables.
Dans son enquête, le CGD a interrogé 1738 Burkinabè
sur l'état de la gouvernance démocratique
et économique au Burkina Faso. Par conséquent,
la représentativité de l'échantillon
du sondage me paraît effective.
La méthode de construction de l'échantillon
du sondage
"1738 personnes résidentes dans les 13 régions
du Burkina ont été questionnées en
face-à-face en trois langues nationales et en français
sur l'état de la gouvernance du Burkina Faso",
lit-on dans L'Observateur Paalga N°6670 du 29 juin 2006.
"Les résultats obtenus par sondage stratifié
à deux degrés réalisés courant
avril et mai 2006 traduisent les préoccupations des
populations", lit-on dans L'Indépendant N°669
du 04 juillet 2006.
Quoiqu'il en soit, au regard de la qualité et de
la compétence des acteurs qui animent le CGD, et
aussi de la crédibilité de l'institut, je
me convainc du bon choix de l'éventuelle méthode
qui aurait été utilisée pour l'échantillonnage.
L'élaboration du questionnaire
de l'enquête
Au regard de la qualité et de la compétence
des acteurs qui animent le CGD et de la crédibilité
de l'institut, je reste persuadé du respect par le
CGD des exigences dans l'élaboration du questionnaire,
lesquelles exigences sont résumées de la manière
suivante par F. BON : " une bonne question doit être
simple, aisément compréhensible, univoque
; elle doit être neutre, ne pas induire une réponse
négative ou positive-idéal qu'il n'est pas
toujours aisé d'atteindre ". (Alain BEITONE
et coll., Sciences sociales, 3e édition, Paris, 2002).
C'est sans doute une raison pour laquelle trois langues
nationales en plus du français ont été
utilisées pour le questionnaire.
L'interprétation des résultats
du sondage
Comme l'affirment les spécialistes, " un sondage
fournit non une certitude, mais une probabilité.
Son résultat est une approximation qui comporte nécessairement
une marge d'erreur ". (Alain BEITONE et coll., Sciences
sociales, 3e édition, Paris, 2002).
Les conclusions significatives qui émergent des résultats
du sondage me paraissent en douze (12) points :
1er point : Le degré de satisfaction des citoyens
burkinabè de la démocratie burkinabè
d'aujourd'hui
40% de citoyens burkinabè sont très ou satisfaits
de la démocratie burkinabè, et 40,51% ne sont
pas du tout ou pas très satisfaits.
2e point : La liberté de pensée au Burkina
Faso
60% de citoyens burkinabè estiment que la liberté
de pensée est effective.
3e point : le choix des opinions politiques au Burkina Faso
63,6% de citoyens burkinabè estiment que le choix
des opinions politiques sans pression est une réalité.
4e point : la confiance des citoyens burkinabè aux
institutions
* 53,7% de citoyens burkinabè ont un degré
de confiance élevée aux forces armées
et de sécurité et 51% au Président
du Faso ;
* 14,7% de citoyens burkinabè ont un degré
de confiance moindre à l'opposition.
5e point : l'action de Blaise Compaoré
L'action du Président du Faso est approuvée
par 71,06% de citoyens burkinabè.
6e point : L'action des députés et celle des
élus locaux
* L'action des députés est approuvée
par 44,8% de citoyens burkinabè contre 36,30% ;
* L'action des élus locaux est approuvée par
30,26% de citoyens burkinabè contre 33,73%.
7e point : le vote des Burkinabè de l'étranger
78,71% de citoyens burkinabè sont favorables au vote
de leurs compatriotes de l'étranger.
8e point : la question genre en politique
50,75% de citoyens burkinabè sont favorables à
l'égalité des femmes et des hommes au niveau
des mandats électifs.
9e point: les élections législatives de 2007
44,94% de citoyens burkinabè ont l'intention de voter
pour le CDP aux élections législatives de
2007.
10e point : la situation économique du Burkina Faso
45,74% de citoyens burkinabè contre 29% estiment
que la situation économique est mauvaise.
11e point : la répartition des richesses nationales
80,79% de citoyens burkinabè soutiennent que le fossé
entre riches et pauvres s'est amplifié par rapport
aux années précédentes.
12e point : la corruption dans les institutions du Burkina
Faso
* La police et la gendarmerie occupent la 1ère place
(20,80%), suivies des impôts et des douanes (20,40%)
;
* La corruption touche les membres du gouvernement YONLI
(17,6%).
En rappel
Le Fasobaromètre I du CGD réalisé en
juin 2005 a concerné un échantillon de 1200
personnes, toutes résidant à Ouagadougou.
Sur la Présidentielle du 13 novembre 2005, "les
sondés auraient voté, si l'élection
devait se tenir aujourd'hui, pour Blaise Compaoré
à 87,1%. En deuxième position viendrait Maître
Bénéwendé Sankara avec 2,3% ".
(Cf. L'Evénement N°74 du 25 août 2005).
Le Fasobaromètre II du CGD réalisé
du 15 septembre au 03 octobre 2005 a concerné un
échantillon de 2304 personnes résidant dans
les 13 régions du Burkina. La méthode utilisée
serait la même que celle de Fasobaromètre I,
la méthode des quotas basée sur la population-mère
qu'est le Recensement Général de la Population
Humaine (RGPH) de 1996. Sur la Présidentielle du
13 novembre 2005, "ce sondage plébiscite Blaise
Compaoré de 67,4% d'intentions de vote (spontanés),
talonné par Me Sankara Bénéwendé
(3,7%), et met en lumière 24,6% d'indécis
(
). Et lorsqu'on suggère, cela monte à
68,7% pour Blaise, 4,1% pour Sankara, 1,5% pour Laurent
Bado". (Cf. L'Observateur Paalga du 17 Octobre 2005).
Les résultats officiels du conseil constitutionnel
revèlent, sur la Présidentielle du 13 novembre
2005, que " Blaise Compaoré obtient 1660148
voix, soit 80,35%, suivi de Me Bénéwendé
Sankara 100816 voix, soit 4,88% ; Laurent Bado 53743 voix,
soit 2,60% ". (Cf. L'Observateur Paalga du 28 novembre
2005).
Une analyse impartiale et objective des résultats
de ces deux sondages en leur chapitre Présidentielle
du 13 novembre 2005, et des résultats officiels de
ladite Présidentielle fournis par le Conseil constitutionnel,
ne nous révèle-t-elle pas des similitudes
dignes d'intérêt ?
Le Centre pour la Gouvernance Démocratique, organisation
non gouvernementale dirigée par le Pr Augustin LOADA,
qui a pu engager une entreprise inédite dans ce pays
(à ma connaissance) en orientant son action sur des
questions intéressant la gouvernance démocratique
et économique au Burkina Faso, afin de mettre à
la disposition des gouvernants, des opposants et des autres
acteurs des données, ne mérite-t-il pas des
critiques constructives ?
A mon humble avis, l'honnêteté intellectuelle
(permettez-moi de le dire) nous recommande d'apprécier
à sa juste valeur le travail hautement scientifique
abattu par le Centre pour la Gouvernance Démocratique.
Certes, l'on pourrait débattre de la validité
des sondages d'opinions, mais l'on ne pourra faire converger
tous les points de vue en la matière (même
ceux des spécialistes). Il y aura toujours des personnes
pour prendre la défense des sondages et des personnes
pour les pourfendre. De là à détruire
une recherche scientifique de longue haleine, et ce pour
des raisons politiques, il y a un pas que seuls ceux qui
ont la possibilité et la capacité de franchir,
franchissent allègrement !!!
Y. BraguesPafadnam
Attaché de santé, CHUP-CDG
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