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La question des Organismes génétiquement modifiés
(OGM) reste assez mystérieuse pour le grand public. Dès
leur apparition dans les années 80, ils ont suscité
la controverse et l'inquiétude. Beaucoup y ont vu un progrès
fantastique et prometteur pour le devenir humain, d'autres craignent
qu'on ait ouvert une nouvelle boite de Pandore, et redoutent ses
effets inconnus et non maîtrisables.
Le débat scientifique, les batailles d'experts, ne doivent
pas nous aveugler. Sous le couvert de la recherche scientifique,
de gigantesques enjeux économiques se profilent.
D'autre part, le Burkina Faso est le second pays africain, après
l'Afrique du Sud, à s'engager résolument dans la
culture du coton BT qui est génétiquement modifié.
15 000 hectares seront semés en plein champ cette année.
Il serait temps que les Burkinabè sachent de quoi il s'agit,
et qu'ils s'informent à d'autres sources que celles des
multinationales qui produisent les OGM.
Mais d'abord qu'est-ce qu'un OGM ?
La cellule est l'élément constitutif fondamental
de tout être vivant, animal ou végétal. L'homme
est constitué de milliards de cellules. Au centre de chaque
cellule se trouve le noyau, et à l'intérieur de
ce noyau, il y a les "chromosomes". Ceux-ci sont porteurs
du patrimoine héréditaire (ADN). Les chromosomes
sont constitués de segments appelés "gènes".
Chaque gène correspond à un caractère déterminé.
Les gènes sont transmis des parents aux enfants. L'ensemble
des gènes forme le "génome". Les scientifiques,
sans égard pour l'étrange et mystérieuse
complexité du vivant, sont intervenus dans le processus
naturel pour fabriquer de nouvelles créatures. Ainsi ils
sont parvenus à ôter un gène d'un organisme
vivant pour le transférer dans un autre organisme vivant,
afin de lui conférer un nouveau caractère héréditaire.
L'être vivant ainsi modifié est appelé : OGM.
Depuis des millénaires, l'humanité a cherché
à améliorer la qualité des plantes dont elle
se nourrit et à les adapter aux conditions climatiques
et géologiques. Mais elle l'a fait par la sélection
et les croisements naturels des meilleures semences. Ainsi le
maïs était une plante sauvage que les Indiens d'Amérique
ont domestiqué pour en faire la céréale que
nous connaissons. Le processus naturel des croisements a donné
la "biodiversité", c'est-à-dire une grande
variété au sein d'une même espèce :
ainsi il y a du maïs blanc, rouge ou jaune, tendre ou farineux,
adapté à tel ou tel sol, à telle ou telle
altitude. Cette précieuse biodiversité est le résultat
de l'observation et du travail d'innombrables générations
de paysans.
Les croisements naturels entre espèces différentes
sont impossibles. On appelle cela "la barrière des
espèces". Une chèvre et un mouton ne peuvent
pas procréer. Un singe et un être humain non plus.
Certaines espèces voisines comme l'âne et le cheval
ou le tigre et le lion, s'ils s'accouplent ne donneront qu'une
progéniture stérile (le mulet, le tigron).
La sexualité des plantes et des animaux est l'union dynamique
du masculin et du féminin pour transmettre la vie. Or la
manipulation génétique intervient avant la rencontre
sexuelle. La plupart des généticiens considèrent
l'organisme vivant comme un matériau dépourvu d'intelligence,
comme des briques qu'on peut assembler et déplacer selon
le but recherché. Pour eux, la vie n'est plus qu'"un
vaste ensemble de réactions chimiques".
Quels sont les buts recherchés ?
Dans le domaine de l'agriculture - le seul que nous aborderons
- il s'agit d'améliorer le rendement, la conservation ou
la qualité d'une plante. Voici quelques exemples de créations
déjà réalisées :
un gène de porc introduit dans la tomate (plus de fermeté,
meilleure conservation)
un gène humain dans le saumon (poisson plus gros)
Un savant a même inventé un lapin fluorescent pour
distraire son équipe
Mais nous allons revenir au Burkina Faso et porter notre attention
sur la culture du coton BT. "BT" signifie qu'un gène
d'une bactérie du sol (bacillus thuringiensis) a été
incorporé à la plante de coton pour produire une
toxine insecticide. Celle-ci est mortelle pour les chenilles qui
la mangent. Ce qui a pour avantage de réduire considérablement
les traitements insecticides nécessaires pour protéger
le coton (de 6 à 2 en principe) et par suite d'augmenter
le rendement. Le coton BT est produit par la firme américaine
Monsanto qui prétend ainsi résoudre les problèmes
des paysans africains et contribuer à la lutte contre la
pauvreté. Les sceptiques ne seraient que des gens tournés
vers le passé qui refusent le "progrès".
Voyons ce qu'il en est
- les insectes ravageurs : Le coton BT a été expérimenté
aux Etats-Unis. Les premiers résultats ont été
encourageants. Cependant, il faut savoir que les insectes sur
le continent américain ne sont pas exactement les mêmes
qu'en Afrique de l'Ouest. Or les toxines Bt ne sont pas efficaces
sur tous les ravageurs. De nombreux insectes africains n'étant
pas éradiqués par la toxine BT nécessitent
donc des traitements complémentaires.
D'autre part, au bout de quelques années, on voit se développer
une résistance à la toxine Bt. Certaines chenilles
survivent et donnent peu à peu naissance à une souche
résistante. On connaît ce phénomène
avec le paludisme : l'anophèle a développé
une résistance à la nivaquine. C'est pourquoi on
traite aujourd'hui le palu avec l'artémicinine extraite
d'une plante chinoise.
- Le rendement : Il n'y a aucun "gène de rendement"
dans le coton Bt. Donc toute amélioration est uniquement
due à la diminution des dégâts causés
par les ravageurs. Si la situation est bien contrôlée,
comme elle l'est actuellement, les gains en rendement seront peu
significatifs.
- L'environnement : Une diminution des pesticides devrait profiter
à la qualité du sol. Cependant, nous sommes en droit
de nous demander quel sera l'impact sur le sol d'une plante qui
émet en permanence des toxines insecticides de jour comme
de nuit, en plus des traitements complémentaires. Aucune
étude n'a été faite à ce sujet. Il
y a aussi la question de la contamination des champs voisins par
les pollens. Monsanto a commencé par proposer une distance
de sécurité de
trois mètres ! puis
de vingt cinq mètres, pour finalement la porter à
cinquante mètres. Où est passée la rigueur
scientifique ? Aujourd'hui, tout le monde s'accorde pour reconnaître
que les pollens peuvent franchir des distances de plusieurs kilomètres.
Dès lors, comment cultiver du coton conventionnel ou du
coton bio sans risquer d'être contaminé par des OGM?
De nombreux cas ont été rapportés.
- Les brevets : La mise au point des plantes transgéniques
se fait dans des laboratoires sophistiqués, elle nécessite
des années de recherche et des investissements considérables.
Seules les grandes firmes américaines de l'agrochimie,
soutenues financièrement par l'USAID (Agence des Etats
Unis pour le Développement) ont pu développer les
biotechnologies. Leur objectif n'est pas de sauver l'humanité
de la faim, mais de conquérir de nouveaux territoires économiques,
d'affirmer la domination américaine sur le reste du monde
et de faire d'immenses profits*. Pour cela, les firmes impliquées
ont mis en place les brevets qui protègent leurs innovations.
Les paysans devront chaque année acheter les semences Bt
à Monsanto. Il se peut qu'au début, pour amadouer
les récalcitrants, Monsanto distribue gratuitement les
semences. Mais cela ne saurait durer. Le cultivateur n'aura pas
le droit de réutiliser ses semences Bt sous peine de sévères
amendes, ni de les échanger avec ses voisins.
A la fin où sera son bénéfice?
- le coton BIO : depuis 1999, l'ONG suisse Helvétas a
lancé au Mali puis au Burkina Faso la culture du coton
biologique, c'est-à-dire sans intrants chimiques. Il occupe
encore des surfaces modestes bien que ses résultats soient
très intéressants : les paysans s'engagent à
n'utiliser aucun engrais ni pesticide chimiques qu'ils remplacent
par le compost et les produits naturels. Le rendement est inférieur
à celui du coton conventionnel, mais largement compensé
par l'économie de traitements chimiques. Ainsi le coton
bio, très demandé en Europe, est payé 300
cfa le kg (contre 145 cfa en 2007 pour le coton conventionnel)
.
Avantages : les sols sont préservés, les revenus
sont décents et la méthode est à la portée
des petites exploitations familiales. De plus, pas d'endettement,
et pas d'empoisonnement par les produits toxiques
Par contre,
cette culture nécessite la formation des paysans et un
suivi qui ne permet pas pour l'instant de dépasser 10 000
petits producteurs. La SOFITEX n'est guère favorable à
cette initiative qui la prive, elle et ses actionnaires, des revenus
des intrants qu'elle vend aux cotonculteurs et qui constituent
une part importante de ses bénéfices.
A l'examen de tous ces risques et incertitudes, et en considérant
des solutions plus appropriées au contexte africain, on
a du mal à comprendre comment le coton BT pourrait résoudre
les difficultés des cotonculteurs. D'autant plus que leurs
véritables problèmes sont ailleurs : les sécheresses
dues au réchauffement climatique, les criquets, la concurrence
asiatique, et les subventions accordées aux cotonculteurs
américains qui font baisser le prix du coton africain.
Mais alors ? Pourquoi tant d'enthousiasme de la part des responsables
du Burkina Faso ?
Le 19 février 2008, le professeur Maxime Somé et
l'ancien ministre des Ressources animales, M. Alassane Séré,
tous deux membres du BBA (Burkina tech Association) ont donné
une conférence de presse organisée par l'ISAAA (International
Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications) qui
avait pour but de rassurer la population burkinabè au sujet
des OGM en leur apportant une information "saine et juste".
Après avoir qualifié le front anti-OGM de "rêveurs",
ils ont déclaré que les négociations avec
Monsanto s'étaient passées dans un climat de partenariat
"franc et constructif". Selon ces accords, 70 % des
bénéfices reviendront aux Burkinabè
.
Mais il n'est pas précisé la part qui reviendra
aux cotonculteurs. De plus, pas un mot sur l'épineuse question
des brevets.
Qu'est-ce que l'ISAAA ? Elle se présente comme une organisation
à but non lucratif qui a pour mission de soutenir le développement
des pays du Sud. Mais internet nous permet rapidement d'établir
ses liens avec Monsanto, avec la Fondation Rockefeller, et avec
la Banque Mondiale. L'ISAAA est en fait une agence américaine
qui dispose de fonds inépuisables pour promouvoir les OGM
sur tous les continents. Elle offre des voyages d'études
et des bourses à des scientifiques pour les former aux
techniques du génie génétique dans les laboratoires
privés et publics des Etats-Unis. Sa stratégie -
qui est celle de l'USAID - consiste à cibler les élites
d'un pays et à les gagner à sa cause par des arguments
sonnants et trébuchants. Elle n'oublie pas les journalistes
qu'elle traite bien et à qui elle dispense la bonne information
- c'est-à-dire la sienne -donnée par des "experts"
payés par la firme. Comment résister au chant des
sirènes, quand on est un chercheur ressortissant d'un pays
vraiment très très pauvre ?
En réalité, seuls les instituts de recherche comme
le BBA seront généreusement dotés. En contrepartie,
il est normal que les chercheurs locaux servent les intérêts
des Etats-Unis avant ceux du peuple burkinabè. C'est une
nouvelle forme de colonialisme qui se met en place et qui transformera
les petits exploitants africains en ouvriers agricoles livrés
aux caprices de l'agrobusiness international.
Réflexions sur la transgenèse : La manipulation
génétique n'est pas une technique ordinaire. En
rompant la barrière des espèces, qui est le résultat
de milliers d'années d'évolution, savons-nous ce
que nous faisons ? Ne sommes-nous pas en train d'introduire dans
nos cellules des germes de confusion qui vont dérégler
des processus extrêmement complexes ? Nous pénétrons
dans ce domaine mystérieux comme une horde de pillards
dans un palais regorgeant de trésors. Nous déplaçons
les gènes comme de vulgaires objets, sans penser que leur
localisation a sans doute un lien avec les séquences voisines,
sans penser qu'une intelligence silencieuse est à l'uvre.
Le capitalisme sauvage, c'est de lui qu'il s'agit, ne recule devant
rien. Ce pillage est général et entraîne l'épuisement
des ressources, la pollution criminelle, le réchauffement
climatique et la perte de la biodiversité.
Plus grave : si les chercheurs sont persuadés qu'ils améliorent
la qualité d'une plante par un ajout de gènes étrangers,
un jour ils ne vont pas résister à la tentation
d'améliorer l'espèce humaine. Les généreux
promoteurs des OGM, comme la Fondation Rockefeller ou la Fondation
Ford y songent déjà. Cela s'appelle l' "eugénisme",
un vieux projet hitlérien qui visait à créer
une race supérieure. On pourrait aussi stériliser
une population indésirable, par exemple en introduisant
secrètement un gène stérilisant dans des
convois d'aide alimentaire
Monsanto qui est l'inventeur de l' "Agent Orange", un
puissant défoliant utilisé pendant la guerre du
Vietnam, et du "Round Up", un herbicide super efficace
, a déposé une demande de brevet pour un procédé
nommé "Terminator". Il s'agit de produire des
semences qui s'autodétruisent après la première
récolte. Vous dites "bio" technologies ? Ou faut-il
entendre "nécro" technologies ?
Si nous songeons que les religions pratiquent des interdits alimentaires
stricts (par exemple porc et alcool pour les musulmans, animaux
totems pour les animistes, crevettes pour les juifs), ne serait-il
pas pertinent de proposer un interdit laïc de consommer des
OGM ? A chacun selon sa conscience d'assumer librement ce choix
ou de le refuser. Ce serait un signe fort pour marquer notre refus
de nous laisser manipuler.
Qui a dit : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme
" ?
Françoise GERARD
Attac-Bukina
E. mail : fjhgerard@yahoo.fr
Note : * "Le principal bénéficiaire de
l'aide américaine à l'étranger a toujours
été les Etats-Unis. Près de 80% des contrats
et des dons de l'USAID vont directement à des entreprises
américaines. Les programmes d'aide à l'étranger
ont contribué à l'établissement de marchés
importants pour les produits alimentaires, ont créé
des nouveaux marchés pour les exportations industrielles
américaines et généré des centaines
de milliers d'emplois pour les Américains".
Site Web de L'USAID
Cité par Grain (Bénin)
- voir le documentaire : "le monde selon Monsanto, une
multinationale qui vous veut du bien".
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