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Nkrumah contre Houphouët : le verdict de l'histoire


...............Kwamé Nkrumahdu Ghana ( 1957 - 1966 ).. Houphouet Boigny de la Côte D'Ivoire ( 1960 - 1993)


Au cœur de l'Afrique occidentale, émergeaient dans les années 1950-1960, deux figures politiques totalement divergentes, voire contradictoires. Ces deux figures avaient à leur époque suscité des espoirs et des déceptions. De leur empreinte, ils ont légué un lourd héritage à leurs peuples. En cette année 2007, soit 35 ans après la mort de Nkrumah (1972) et 14 ans pour Houphouët (1993), le verdict de l'histoire est sollicité car les vraies victoires, la vraie vérité sont celles que l'histoire décerne à un homme ou à un peuple.

Houphouët : la Côte d'Ivoire et l'Afrique

Houphouët, né vers 1905, fut l'un des pères fondateurs du RDA à Bamako en octobre 1946. Le nouveau parti créa dans les colonies francophones des espoirs car il incarna les préoccupations des masses africaines. Chaque colonie en créa sa section. A cette époque, Houphouët était la figure emblématique de la lutte anti-colonialiste. Puis subitement dans les années 1950-1951, il devint le défenseur acharné de la balkanisation de l'Afrique et des oppressions coloniales. Il refusa l'indépendance au profit de la communauté franco-africaine. Il avait fallu la pression de De Gaulle pour l'obliger et le rassurer. Dès qu'il devint président de la Côte d'Ivoire, il œuvra très audacieusement dans la défense des intérêts français en Afrique. Il combattit toute volonté unificatrice du continent. Contre la prometteuse Fédération du Mali, il créa le moribond Conseil de l'Entente. Il fut très impliqué dans les complots contre les leaders nationalistes en Afrique (Sékou Touré, Modibo Keïta…) et dans son pays. Ses compagnons de combat qui n'épousaient pas ses idées déviationnistes, avec une main de maître, il les élimina. A cet effet, Bonin est on ne peut plus clair lorsqu'il écrit : Houphouët avait " tué les uns après les autres les têtes fortes du RDA et surtout du PDCI dont Biaka Boda en 1950, Sekou Sanogo en 1951, Ernest Boka et surtout Ouezzin Coulibaly en 1958 ". D'une main de fer, il utilisa l'épouvantail ethnique pour se maintenir au pouvoir. C'est alors qu'en 1963, il massacra très cruellement avec l'appui de l'armée française des Ivoiriens de Gagnoa à savoir les Bété, ethnie dont le président Laurent Gbagbo est issu. Durant son long règne, les Bété et lui n'avaient jamais été en odeur de sainteté. Il ne sut jamais asseoir une politique pour favoriser la réconciliation. A l'Ivoirien, il lui inculqua toutes les mondanités, loin de toutes les vertus du sacrifice dans le travail et dans le désintéressement pour une cause noble. En Côte d'Ivoire, la corruption, la gabegie, la délation, le goût de la paresse et de la jouissance étaient érigés au rang des valeurs politiques de gouvernement comme c'est malheureusement le cas aujourd'hui au Burkina sous la IVème République.

N'Krumah : son peuple
et les Africains

N'Krumah , son ennemi juré, quant à lui, est né le 18 septembre 1909 à Nkroful près de la frontière sud-ouest de la Côte d'Ivoire. Il s'adonna, s'abandonna à la lutte pour l'indépendance de son pays en 1957. Il avait une vision unitaire de l'Afrique et estimait que le Ghana ne serait pas totalement indépendant tant qu'aucun pays africain demeurerait sous domination coloniale. Alors, il mit l'économie de son pays au service des luttes de libération et de décolonisation de l'Afrique. Accra devint le lieu de pèlerinage de tous les nationalistes, panafricanistes et progressistes africains et même du monde. Il enseigna à son peuple des valeurs de sacrifices, de justice et de dignité. Par une intelligente politique éducative, il tua l'esprit ethnique et tribaliste en ses concitoyens pour ériger le Ghana au rang de Nation. La rigueur qu'il imposa à ses concitoyens, il était le premier à se l'être imposée. Jusqu'à sa mort, ni lui, ni sa famille éloignée ou proche n'avaient possédé, grâces à ses années au pouvoir, ni de maisons, ni de voitures, ni de comptes au Ghana ou ailleurs dans le monde. Tout avait appartenu à l'Etat ghanéen, même la petite maison qu'il avait donnée à sa vieille mère âgée de plus de 85 ans. Son épouse et ses deux enfants en bas âge ne savaient où dormir après sa chute en 1966. Il leur avait fallu toute la magnanimité de l'Egyptien Nasser pour son soutien en subsides.

Quel héritage laissent-ils

Houphouët après avoir cyniquement inculqué à son peuple la morale du faussaire et de l'indigne l'avait abondamment exploité. Il mourut avec une richesse estimée à 60 milliards de franc français, plus que le PNB de son pays !. " A la fin de sa vie, il détenait d'innombrables intérêts et propriétés en Côte d'Ivoire, en France et en Suisse (…). Houphouët produisait plus de 30.000 tonnes d'ananas par an, un tiers de la production ivoirienne avec des ouvriers payés par le budget de l'Etat". Sa mégalomanie l'avait conduit à construire la basilique de Yamoussoukro à coût de milliards ! En 33 ans de pouvoir, il a laissé au peuple ivoirien un lugubre héritage qui non seulement est le plus endetté de l'Afrique francophone, mais aussi le plus divisé de notre continent. Aujourd'hui, la guerre civile que vit la Cote d'Ivoire, sans occulter la responsabilité de ses successeurs, a été léguée par Houphouët comme la guerre du Congo par Mobutu. Avec des dettes astronomiques, son pays était considéré comme le petit Paris d'Afrique avec ses immeubles à plusieurs étages à donner des vertiges. Malheureusement, il avait oublié que le développement, ce n'est pas les bâtiments, mais les valeurs positives inculquées à son peuple (Clin d'œil aux initiateurs de Ouaga 2000 et du projet Zaca). A quoi servent aujourd'hui ces splendides immeubles devant la guerre civile qui a fait environ 120 000 morts selon Amnisty International ? La politique d'Houphouët est aujourd'hui collée à la peau des Ivoiriens. Rien d'étonnant si ses successeurs sont incapables à s'en passer. Grâce à lui, la patrie n'a jamais existé en Côte d'Ivoire. Tout président en Côte d'Ivoire est d'abord soit Bété, Dioula, Baoulé, Agni…avant d'être Ivoirien. Par contre, Nkrumah avec sa vision politique hautement intelligente avait fait que tout Ghanéen soit d'abord Ghanéen avant d'être Ashanti, Ewé, Dagomba, etc.
Preuve encore ! Le Ghana a vécu une transition démocratique avec un militaire président durant plus d'une décennie et une alternance démocratique stable qui fait la fierté de toute l'Afrique. L'un des militaires présidents à savoir Rawlings est un métis de père d'origine européenne ( Ecossais) et d'une mère ghanéenne mais il ne fut jamais rejeté pour cause de nationalité douteuse ! C'est pourquoi de nombreux Burkinabè avaient frémi lorsque l'ex ministre français de la Coopération, Michel Roussin, au cours d'une visite à Ouaga en 1993, avait déclaré : " Au moment où disparaît non loin d'ici un grand chef d'Etat charismatique, le président du Burkina est ceux qui auront à assurer et assumer l'héritage ". Le président Compaoré a tout intérêt de s'écarter des traces du vieux Boigny car la tuberculose ivoirienne risque d'être contagieuse pour le Burkina. Les germes sont déjà là, il ne reste qu'une petite toux pour la déclencher. Un grand homme disait : " Les problèmes politiques sont faciles à guérir au moment où ils sont difficiles à connaître et difficiles à guérir au moment où ils sont faciles à connaître ". La Côte d'Ivoire est une belle illustration. Les véritables dirigeants se mesurent par l'immensité de l'héritage empreint de valeurs de justice et d'équité, et d'humanisme laissées à leurs peuples. Et là, Nkrumah a réussi et est rentré dans la dimension noble et glorieuse de l'histoire. Malraux avait vu juste en écrivant : " Tout ce qui m'intéresse, ce n'est pas la politique, c'est l'histoire "

Par Sakkisongê Porgo, enseignant d'histoire











© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 janvier 2006