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Le CFO en D1, un embarras


La montée en D1 du Club de Football de Ouagadougou (CFO) embarrasse plus d'un. Elle est gênante pour la Fédération burkinabè de football qui doit désormais organiser son championnat.

Né seulement il y a 4 ans, le Club de Football de Ouagadougou (CFO) vient de décrocher son bail pour évoluer dans le haut du championnat national en matière de football, la saison prochaine.

Seydou Zerbo alias Krol, Militaire de carrière, ce coach, alors maître à penser de l'USFA n'avait pas hésité à défier la hiérarchie de l'armée.

Pour son entraîneur, Seydou Zerbo alias Krol, cette montée est un retour en D1 aux accents de revanche. Militaire de carrière, ce coach, alors maître à penser de l'USFA n'avait pas hésité à défier la hiérarchie de l'armée. En championnat, on se souvient de ses coups de gueule. Ce caractère lui avait fallu le surnom de "Le rebelle".
Viré de l'USFA, Krol n'a eu aucun club de D1 pour entraîner. Finalement, il prend en main le CFO. Après deux tentatives vaines dans la montée, le coach militaire et ses poulains y parviennent. Le succès de Krol et sa bande dérange. Mais il sera impossible que le CFO ne puisse pas jouir des fruits de son titre de promu.
Planète Champion a décroché le même titre la saison sportive passée sans pour autant être admise en première division. Pour empêcher le CFO d'accéder en D1 sur la base de son statut, il faudrait alors disqualifier l'AS SONABEL et l'USFA qui évoluent en D1 depuis belle lurette.

Le Conseil municipal
de Ouaga divisé

Au Conseil municipal de Ouagadougou présidé par Simon Compaoré, l'unanimité est loin d'être faite sur les objectifs à assigner au CFO. Pour certains conseillers municipaux, le club n'est qu'une équipe " corpo ". De ce fait, il n'a pas sa place au sein de l'élite. Pour cette partie du Conseil, le CFO a été créé dans le cadre du sport de masse. Il doit rester tel. Ainsi les animateurs de ce club ne devaient être autres que les travailleurs de la Mairie et les conseillers municipaux en tête bien sûr. Ceux-ci voient d'un mauvais œil l'ascension du CFO jusqu'en D1, synonyme de l'appropriation du club par des joueurs de haut niveau. Naturellement ce groupe de conseillers est peu enclin à accepter le financement du club. Selon nos sources, en D2, le CFO était déjà perçu comme budgétivore. Promu en division supérieure, les besoins en financement de l'équipe seront multipliés par deux, voire trois. Le coach Krol, l'a clairement mentionné: "je vais discuter carte sur table avec mes employeurs. Si nous ne voulons pas faire de la figuration en D1, il faudrait veiller à renforcer notre effectif et à mieux motiver les acteurs ". Si le CFO a pu faire ce chemin, c'est bien parce que le Maire de Ouaga, Simon Compaoré a pesé de tout son poids dans les décisions finales du Conseil municipal en faveur de l'équipe. Un minimum de 30 millions a été injecté dans un club de D1 au cours d'une seule saison ce qui risque d'être vu comme trop élevé. Le CFO est certes monté en D1, mais il n'est pas exclu qu'il rechute en D2, faute de moyens. D'ailleurs, au sein du Conseil, des conseillers vont vivre la saison sportive avec le cœur qui balance entre deux clubs. Certains sont déjà d'ardents supporters de clubs de D1. Ils seront obligés de faire une petite place dans leur cœur pour le CFO. Le Maire Simon Compaoré en est l'exemple type. Supporter et dirigeant de l'ASFA-Y, il sera, dans une situation difficile quand le CFO, et l'ASFA-Y s'affronteront. Fort de cela, les équipes corporatistes ne devaient pas être autorisées à compétir, dans les championnats de l'élite. Ailleurs, les équipes corpo ont leur championnat. Mais elles ne joueront pas dans une quelconque montée au sein de l'élite. Tout au plus, leur championnat peut permettre à certains joueurs de faire leur preuve et se faire enrôler par des clubs civils ou professionnels. La nature de ces clubs ne permet pas un investissement et un travail de longue durée. En fonction des convictions de la direction du service auquel appartient l'équipe, tout change. Selon que le patron du service est un fan de foot ou un anti foot, l'intérêt pour l'équipe peut changer.

La FBF mal à l'aise

La saison prochaine, le CFO évoluera en D1 en lieu et place du Samentenga FC qui prend le chemin inverse. Autant dire qu'une équipe de Ouagadougou remplace une équipe de l'intérieur. La seule capitale politique comptera alors huit (8) équipes en D1 sur 14 ! Avec cette concentration des équipes à Ouaga, le championnat finira par perdre son qualificatif national. Il y a seulement une équipe à Koudougou, une à Banfora contre 4 à Bobo et 8 à Ouaga.
On ne peut plus dire du championnat qu'il couvre le territoire national. L'embarras de la FBF est d'autant plus grand si l'on considère le calendrier des matchs du championnat. Ouagadougou avec désormais ses huit (8) clubs en D1 pourrait, certaines journées abriter la quasi-totalité des 7 matchs du championnat ! La ville n'a que deux stades réglementaires pouvant accueillir le championnat. Chaque stade peut recevoir, à raison de deux matchs par soirée, 4 oppositions le week-end. En fait le vrai problème est ce coup terrible que la crédibilité du championnat va prendre. Il est gênant pour une fédération d'organiser un championnat national qui peut se jouer dans une seule ville. A qui la faute alors ? On est tenté de pointer un doigt accusateur sur la structure fédérale. Après tout, n'est-ce pas elle qui définit et conduit la politique nationale du sport-roi burkinabè ? La FBF avait décidé de limiter le quota des clubs par ville dans le championnat qu'on n'en serait pas là.
Le manque de moyens financiers a toujours été le talon d'Achille des clubs de l'intérieur. Les clubs doivent trouver leurs propres moyens de fonctionnement. Il appartient à chaque ville de faire fonctionner son équipe. Les fils des différentes régions sont ainsi interpellés. Les administrations locales aussi. Le club de l'intérieur n'est souvent pas supporté par deux bras. Le plus écœurant, c'est que ce n'est pas par manque de ressources que ces équipes ne sont pas soutenues. Certains fils de région se paient le luxe d'offrir à leurs localités respectives des coupes organisées avec des budgets qui dépassent le million de francs. Lors de ces coupes, on réunit des équipes de quartier pour des show inutiles si ce n'est pour servir des causes individuelles et égoïstes. Mais lorsqu'il s'agit de débourser le plus petit sou pour la construction d'un club d'avenir, on réchigne.
Dans d'autres localités, les clubs se meurent à cause des querelles politiques entre les leaders. La région de Ouahigouya peine à placer une équipe en D1 pour cette raison. Le sport, singulièrement, le football était dans cette zone géré par des techniciens mais militants du RDA. Pour conquérir la zone, le CDP a travaillé à récupérer la gestion du monde du football. Depuis lors, le sport-roi, fortement politisé, a plongé. A l'image de Ouahigouya, le football restera mal représenté tant que les régions elles mêmes ne se décideront pas à en faire leur souci n



La fête des sports,
un avenir incertain ?

La deuxième édition de la fête des sports, initiée dans le cadre de la coopération franco-burkinabè, a eu lieu du 9 au 14 juillet 2005. L'événement s'est rapidement fait une place dans le sport national. Pour certains, c'est même la manifestation sportive la plus grandiose du calendrier sportif burkinabè. A l'occasion, toutes sortes de sports et de loisirs ont été organisées. Même les écoles de sports ont eu l'opportunité de faire des matchs d'application.
Malheureusement, cette poule aux œufs d'or a un avenir incertain. Ce projet, soutien au secteur sport et jeunesse de la coopération vient d'être fermé. L'Ambassadeur de France, lors d'une conférence de presse a affirmé que la fête des sports va survivre à l'arrêt du projet. Le ministre des Sports et des Loisirs, lors de la même conférence de presse, a quant à lui promis, la main sur le coeur que le ministère prendra le flambeau pour que survive l'événement. Rien n'est sûr. Avec le non renouvellement du projet de la coopération, la partie française n'interviendra qu'avec un soutien financier. Tout le travail administratif et technique que le chef du projet Eric Dudoit abattait sera laissé entre la main de la partie burkinabè. Dudoit était un grand travailleur, il faisait cavalier seul. La relève ne sera donc pas facile pour la partie burkinabè.
Outre la participation de l'Ambassade de France, la coopération parvenait à mobiliser les énormes fonds en sollicitant les entreprises françaises en place au Burkina. Tant que le demandeur n'est pas connu, tant qu'il n'y a pas de relation particulière entre l'entreprise et le demandeur de financement, la simple lettre et autres offres en retour ne servent à rien si ce n'est pour grossir les fonds de tiroirs.
Pour assurer une bonne relève à la fête des sports, la partie française aurait dû impliquer profondément un Burkinabè de sorte à l'introduire dans les milieux des hommes d'affaires français. Mais il ne faut pas jeter l'anathème sur les créateurs de la fête des sports seulement. Les hommes du ministre des Sports, Toundoun Sessouma n'ont pas insisté pour s'approprier l'événement. Pourtant, dans tous les rapports relatifs à la fête des sports, il est clairement mentionné que la manifestation sportive est organisée avec la collaboration technique du département chargé des sports. La coopération n'a pas partagé ses généreuses motivations aux organisateurs. Maintenant que la partie burkinabè hérite de l'événement, avec une situation financière difficile, l'organisation des prochaines éditions s'annonce difficile et pire, incertaine.
J.J. Traoré


 








 

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 27 juillet 2005