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Qui va sauver le football burkinabè ?


Le football burkinabè cherche encore sa voie. En ce moment, son évolution est en dents de scie. Dans la cour du sport-roi, quand on affiche un sourire, les grincements de dents ne sont pas loin. La peur et la confiance se contiennent. D'où nous viendra le salut définitif, cette assurance qui fait les grandes équipes?



En octobre dernier, les Etalons seniors ont battu les Lions de la Téranga. Mais quelques semaines auparavant, on se souvient également que les mêmes Etalons se sont faits étaler par la modeste formation nationale de la Tanzanie. C'est maintenant connu. Avec les Etalons seniors, dès qu'on rit, il faut s'apprêter à pleurer aussi. L'équipe s'est-elle qualifiée cinq fois de suite, sans interruption pour une phase finale de CAN, il ne faut pas s'en réjouir. A chaque fois, mis à part la chevauchée de notre CAN, c'est une déculottée qui s'en suit. Et c'est comme ça depuis la nuit des temps.
On est donc en droit de se demander d'où viendra le salut du foot burkinabé ? Un jour viendra où on aura enfin une confiance en notre Onze national ? Loin de nous l'idée de croire ou de faire croire que les Etalons seront un jour imbattables. Le football a ses lois que même la loi ignore. La défaite fait partie du jeu. Mais chez nous, la défaite est souvent presque programmée. Saboteur a réussi l'exploit de repositionner les Etalons dans le bon sens de la course pour Ghana 2008. Pendant qu'on croyait que les Etalons avaient retrouvé une certaine sérénité pour se faire inviter à la CAN du voisin ghanéen, le bateau du capitaine Saboteur se met à tanguer. Des " pros " habitués de la sélection ont décidé d'avoir la peau du coach national. Tout a commencé avec l'affaire Kéré. Dès que le coach Saboteur a fait connaître sa volonté de se passer des services de celui que le groupe de " rebelles " appellent leur capitaine, ces joueurs ont décidé de provoquer sa perte en lui faisant des faux bonds. Les joueurs expatriés croyaient pouvoir prendre en otage la sélection nationale.

Saboteur réinvente
les Etalons

Pour affronter les Lions de la Téranga, le nouveau coach des Etalons devait, face aux multiples défections, bâtir une nouvelle équipe. Des joueurs bien connus, sur qui le public portait une grande affection, se sont fait malades pour se solidariser au Charleroi. Qu'à cela ne tienne, Saboteur décide de se fabriquer une nouvelle équipe avec de nouvelles têtes. Voilà comment on en est arrivé à la sélection originale qui a affronté les Lions du Sénégal. La leçon de ce match est là et devait servir. Nul n'est indispensable à la République. Hélas, les " pros " ne semblent pas avoir bien perçu le message. Et c'est l'une des difficultés de notre football. Nous avons des joueurs qui comprennent difficilement. Par médias interposés, certains expatriés osent encore sortir se faire des donneurs de leçons. En fait, ils devaient faire profil bas, reconnaître leur tort et l'équipe des Etalons allait sortir grande. Car, rien n'est définitif. La sélection du Charleroi, son brassard ne sont que des vérités d'un moment. Sa non sélection aussi. A notre humble avis, il appartenait au joueur, dans cette opposition avec l'entraîneur, de se plier. Le cas de Vicash Dorasho, ce ancien " Bleu " et ancien " Parisien " aujourd'hui banni est fort illustrateur. Pour avoir osé dire que son entraîneur Guy Lacombe a menti, il a été licencié. L'autorité de l'entraîneur, dans une équipe de foot, ne doit souffrir d'aucune ambiguïté, sinon, c'est la catastrophe. Kéré, Dagano, Aziz, Kébé, Bouffe-Tout, Panandetigri et les autres doivent comprendre cela.

L'espoir

Ils s'appellent Aboubacar Kébé (Libourne Saint Serein), Salif Dianda (Italie), Drabré Drissa (Italie), Alain Sibiri Traoré (Auxère), Yobié Bassaoulé (Juventus), Amara Konaté (Olympique de Marseille)…ils représentent l'espoir du foot burkinabé. Ils ont la particularité d'avoir été formés en Europe. Ils ont du talent et, certainement, ils vont monter. En Europe, particulièrement en Italie, il ne se passe pas un jour sans qu'un jeune footballeur ne se révèle. Nous avons presque envie de dire vivement la nouvelle génération. Nous ne voulons pas dire que la génération de joueurs actuels manque de talents. Les Etalons nous ont fait rêver souvent. Mais, il faut une nouvelle mentalité, une nouvelle espèce de joueurs que nous espérons trouver chez les joueurs futurs. Nous osons croire que, moulés à l'école européenne, " ces gosses " viendront avec une autre prédisposition d'esprit. On ose croire surtout qu'ils pourront se voir s'ouvrir les portes des clubs les plus huppés de l'Europe afin qu'ils soient à l'abri des besoins matériels. Car, pour l'heure, nous avons le triste sentiment que la sélection nationale représente pour beaucoup une aubaine pour se remplir les poches. Pour le joueur burkinabè qui embrasse une carrière de professionnel, participer de sa poche à l'effort de la construction du football de leur pays reste une chimère. Didier Drogba a refait, à ses frais, la pelouse du stade Félitia d'un coût global de 30 millions de F CFA. Eto'o Fils du Cameroun a promis des primes de victoire à son équipe. Ces éléments n'ont pas fait école chez nous. On ne demande pas à nos " pros " de miser dans l'équipe nationale. Mais qu'ils soient là à allumer le feu pour des questions d'intendance, nous pensons qu'il y a mieux à faire pour se rendre utile à son pays n


 

Fermeture de Planète champion : c'était donc du bluff ?

La décision de Ezri, le promoteur de Planète Champion, cette célèbre école qui produit des footballeurs de qualité, de mettre la clé sous le paillasson intriguait plus d'un. Ils étaient nombreux à vouloir que les autorités du football burkinabé cèdent aux demandes de Planète Champion. Il s'agissait notamment de laisser l'équipe de ce centre qui a acquis son ticket qualificatif pour le D1 de monter effectivement. On se souvient qu'à l'époque, la Fédération burkinabè de football (FBF) avait émis une fin de non recevoir à la montée de Planète Champion. Saisi de l'affaire, le ministre de Sport avait dit percevoir du chantage dans la manière de procéder des responsables du Centre. En effet, le Centre avait conditionné la continuation de son fonctionnement à sa montée effective en D1. Dans le fond, Planète Champion n'avait pas tort. Du reste, nous avions écrit pour dire que la FBF, en acceptant que Planète champions passe de la 3e division à la 2e , devrait aussi la laisser passer logiquement en première division. Mais de là à parler de fermeture pour revendiquer ce droit de promu, il faut reconnaître que l'école avait franchi le Rubicon, tant il n'y avait pas de rapport. On a tenté, en son temps, de nous faire croire que si Planète champion n'était pas rentable, c'est bien parce qu'il ne disposait pas d'équipe en division première. Il faut un vrai exercice intellectuel pour saisir cette relation. Mais Ezri a fait durer la menace. Pour quel intérêt ? Les échéances qu'il s'est fixé sont passées. On attendait qu'il ferme le Centre. Finalement, ce ne sera pas le cas. Le même promoteur a commis un spécialiste de réaliser une étude afin de redimensionner son Centre. Il risque de tout recommencer s'il ne prend garde. Déjà, Pihouriri Wébounga qui a longtemps été le formateur de Planète Champion est allé voir du côté de l'école de foot de l'ambassadeur allemand. De toutes les façons, les Burkinabè ne doivent plus se faire du souci quant à la formation de ces futurs footballeurs. Dans l'ouest du pays, une école assez sérieuse ouvre très prochainement. Le président du Faso serait, dit-on, derrière ce projet. On espère que des Maradona naîtront enfin au Burkina n

J J Traoré





 

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 janvier 2006