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SOCIETE

 

Le Burkina interdit les mutilations génitales féminines
Par Ramata Soré

La pratique de l'excision ou de toute autre forme de mutilation génitale féminine est en voie de régression au Burkina Faso. "Le Burkina Faso fait figure de précurseur en Afrique dans la lutte contre l'excision. Suite à la relecture de son code pénal en 1996, il a procédé à la définition et à l'établissement des sanctions contre les praticiens de l'excision ", déclare l'avocate Wendyam Kaboré. Les mutilations s'appréhendent comme toute atteinte à l'intégrité de l'organe génital de la femme par ablation totale, par excision, par infibulation, par insensibilisation ou par tout autre moyen. Selon des données du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), 66% des femmes seraient encore excisées en 2005 au Burkina Faso, contre 70%, il y a vingt ans. L'ablation du clitoris est la forme de mutilation la plus fréquente au Burkina Faso. Puis vient l'ablation du clitoris associée à celle des petites lèvres du vagin. Ces pratiques sont considérées comme des délits. S'il y a mort d'homme, elles deviennent crimes.

Des pratiques punies

Dans le code pénal, les praticiens de l'excision sont punis d'un emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 150 000 à 900 000 FCFA. En cas de décès de la victime, l'auteur encourt une peine de cinq à dix ans d'emprisonnement. Les peines sont portées au maximum si le coupable est du corps médical ou paramédical. La juridiction saisie peut prononcer contre lui l'interdiction d'exercer sa profession pour une durée qui ne peut excéder cinq ans. Toute personne, ayant connaissance des faits de mutilations génitales, et qui n'en avertit pas les autorités compétentes est punie d'une amende de 50 000 à 100 000 FCFA.
"Bien avant la relecture du code pénal, aucune disposition ne définissait ou ne punissait la pratique des mutilations contre les femmes ", précise Wendyam Kaboré. Puis de poursuivre : "Avant 1996, on considérait les mutilations comme de coups et blessures. On n'avait pas le choix".
Malgré l'existence de cette disposition pénale, des personnes s'adonnent toujours aux mutilations. Elles s'accrochent à leurs croyances ou bénéficient de la complicité de leurs proches. Ces récidives montrent bien que l'existence de sanctions ne suffit pas à dissuader les praticiens et les adeptes de l'excision. Malgré tout, le Comité national de lutte contre la pratique de l'excision (CNLPE) continue, à travers des programmes d'informations, d'éducation et de communication, à sensibiliser les populations à l'abandon des pratiques néfastes à la santé et à l'épanouissement de la femme et de la jeune fille. Plusieurs structures et ONG apportent aux victimes des pratiques néfastes des soutiens juridiques, sanitaires avec réparation et reconstruction des organes génitaux abîmés.

Eradiquer les mutilations

Le CNLPE compte très bientôt adopter un plan stratégique de " tolérance zéro " en matière d'excision. Le défi à relever est d'avoir zéro d'ici 2010. Le Burkina Faso compte donc éradiquer définitivement les mutilations génitales.
Au Burkina Faso et ce depuis 1990, il existe un Comité de lutte contre l'excision. Le CNLPE est l'œuvre du gouvernement burkinabè. Ce Comité veille à la sensibilisation des populations pour l'abandon des pratiques néfastes à la santé des femmes et des filles. Un numéro d'appel d'urgence (SOS excision) existe. Il permet de signaler des pratiques clandestines. "Ces différentes actions ont contribué à une baisse des pratiques mutilatrices ", soutient Wendyam Kaboré. Aussi, c'est toute fière qu'elle lance : Nous n'avons pas attendu le Protocole de Maputo pour prendre des dispositions relatives à la lutte contre l'excision au Burkina Faso".
Le Burkina a ratifié ledit Protocole le 19 mai 2005. Adopté en juillet 2003 par 53 pays africains, le Protocole de Maputo est entré en vigueur en novembre dernier grâce à l'obtention des 15 ratifications nécessaires. Il prohibe la pratique des mutilations génitales féminines. Ce Protocole considère les mutilations génitales féminines comme une violation des droits fondamentaux de la personne.

Maputo, pour plus
de droit à la femme

Il condamne les pratiques séculaires discriminatoires, dégradantes ou mutilantes envers les femmes. Il rend donc illégale la pratique de l'excision : l'ablation totale ou partielle des organes génitaux externes (excision), avec dans les cas de suture de l'orifice vaginal. Ces pratiques néfastes sont pratiquées dans près d'une trentaine de pays africains. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 130 millions de femmes ont été mutilées et 2 millions d'opérations sont pratiquées chaque année dans le monde et en particulier en Afrique.
Entre autres droits, le Protocole accorde le droit de vote aux femmes lors des différents scrutins. Il fixe l'âge minimum du mariage à 18 ans pour les filles et leur garantit le droit de propriété et d'héritages. " Aucun mariage ne saurait avoir lieu sans le consentement libre et complet des deux parties ", stipule le Protocole. Sa préférence pour le mariage consensuel met l'accent sur la monogamie sans pour autant rejeter la polygamie. " La monogamie est encouragée, comme forme préférée de mariage, et les droits de la femme dans le mariage et dans la famille, y compris dans les relations maritales polygames, sont promues et protégées ".
Au niveau international, des dispositions protègent les femmes contre les mutilations génitales. Par exemple, en 1985, le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) a demandé aux Etats occidentaux d'assimiler la mutilation à une forme de répression politique. Il a également demandé que soit accordé aux femmes mutilées, menacées ou susceptibles d'être mutilées, le statut de réfugiées. Aux Etats-Unis, le statut de réfugié peut être octroyé, depuis 1996, pour appartenance au groupe de femmes excisées ou risquant de l'être.
Somme toute, le Protocole de Maputo adopté par les chefs d'Etat africains place la femme et ses droits au coeur du devenir de l'Afrique. Le Protocole de Maputo est l'un des instruments valorisant les femmes d'Afrique et promouvant leurs droits

Ramata Soré






 



 



 








 


© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 juillet 2006