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Pluies diluviennes
Des quartiers de Ouagadougou sous l'eau
Ouagadougou, dans la matinée
et la soirée du dimanche 10 juillet a été
arrosée par une abondante pluie. Selon la direction de
la météorologie, 75,7 mm d'eau a été
recueillie. Des quartiers comme Norghin, Nemnin, Kologh-Naaba
, Ouidi et Yongssin ont été assiégés
par l'eau du fait de leur proximité avec les trois barrages
qui desservent la capitale en eau potable.
Koussé Mamadou, ancien militaire à la retraite
réside à Yongssin au secteur 12 depuis 1962. Il
dit n'avoir vu une telle catastrophe qu'en 1977, lorsque les eaux
avaient emporté le véhicule de l'Intendant militaire
Mamadou Sanfo alors ministre des Finances. Il a été
sauvé par l'intervention d'un hélicoptère.
L'eau avait envahi le quartier et ceux dont les maisons étaient
écroulées se sont vus dans l'obligation de les quitter
pour demander de l'asile momentanément chez des voisins.
Solidarité africaine oblige. Il se souvient de la visite
de feu le Président Sangoulé Lamizana : " Au
lendemain de l'inondation, le Président Lamizana nous a
rendus visite. Il a même retroussé son pantalon pour
rentrer dans les eaux et aller constater de visu les dégâts
dans certaines cours. " M Koussé a déploré
le fait que cette fois-ci les autorités soient venues s'arrêter
de loin pour les regarder se démener avec leurs effets.
Il est venu trouver des gens dans le quartier, il y a en qui ont
fait plus de 50 ans, mais avant 77 de tels problèmes d'inondations
ne se posaient pas. Pourtant il pleuvait plus à l'époque.
Des propositions du Président Sankara
Il impute la responsabilité à l'ONEA (Office national
de l'eau et de l'assainissement) parce qu'elle refuse de curer
le barrage qui ploie sous le coup de l'ensablement. Les vannes
selon toujours lui ne s'ouvrent pas à temps pour permettre
à l'eau de continuer son chemin. Quand les pluies s'arrêtent
quelques jours, on traverse le barrage à pied sans problème,
cela montre jusqu'à quel point il est bouché. Il
y a eu des réunions dans le quartier pour chercher des
solutions à ces problèmes d'inondations avant la
survenue de cette pluie. Le maire, Marin Ilboudo de Baskuy les
a rassurés qu'une issue sera trouvée. On a procédé
a un levé topographique mais jusqu'à présent
ils attendent. La démarche de la mairie a indiqué
Siénou Idrissa un résident du quartier, c'est de
procéder à un recensement; ceux dont les cours ne
se trouvent pas sur des voies vont rester, ceux qui sont dans
les zones dangereuses, sur le lit du barrage seront déguerpis
et des terrains leurs seront trouvés dans d'autres quartiers.
Sana Daouda, un riverain ajoute que le maire aurait dit que c'est
les résidents premiers concernés qui vont souscrire
pour le lotissement. Et des numéros d'identification des
cours sont déjà inscrits sur des murs dans le quartier.
Ce que Siénou Aboubacar Sidiki propose c'est la régularisation
de la situation des habitants de Yongssin en leur attribuant des
parcelles en bonne et dûe forme et qu'on leur impose un
modèle de construction. Les résidents qui n'auront
pas les moyens de construire céderont les leurs et iront
trouver un refuge ailleurs. " Je suis salarié, je
peux prendre un prêt bancaire pour bien construire notre
cour, mais comme pour le moment nous n'avons pas de statut clair,
je préfère ne pas prendre ce risque. " clame-t-il.
Les autorités communales avancent les raisons de l'illégalité
des habitants de Yongssin car on les considèrent comme
des habitants d'un quartier précaire et les résidents
s'en défendent. Koussé Mamadou dit avoir mené
des démarches avec certains de ses voisins auprès
de la mairie pour régulariser la situation. En 1976 au
temps du maire Jean André Diallo sur la foi des pièces
justificatives, effectivement l'autorité municipale avait
été approchée mais les choses ont traîné
jusqu'à l'avènement du CMRPN (Comité militaire
pour le redressement national). Il a même un titre foncier,
sa cour est délimitée par des bornes. Ce n'est que
sous la Révolution encore que des propositions ont été
faites par feu le Président Thomas Sankara qui avait selon
ses dires, proposé à ce qu'on lotisse. Mais il les
avait prévenus des éventuels dangers qu'ils encourent
s'ils ne construisent pas avec du matériel solide. Depuis,
des régimes se sont succédés et ils attendent
toujours. On ne se rappelle d'eux que quand il y a inondation.
Chose curieuse, les résidents du quartier Yongssin sont
dans une Zone à habitation spontanée mais certains
payent la taxe de résidence. Siénou Sidiki s'acquitte
de ces frais depuis 1998. Sans savoir sur quelle base on l'enregistre,
il est sur la parcelle 01, lot 96, section CH au secteur 12. Un
habitant d'une Zone non lotie qui se retrouve dans un environnement
légal. Allez-y comprendre ! Konaté Mariam et Konaté
Alimata, deux vieilles femmes disent être dans le quartier
il y a environ 45 ans. Quand elles s'installaient avec leurs maris,
pendant la saison hivernale le mari cultivait du riz dans les
environs du barrage et en saison sèche il faisait du maraîchage
. Selon toujours leurs propos, en ce temps, il n'y avait pas de
problème d'inondation. Quant à l'éventualité
d'un déguerpissement, elles craignent les conséquences
immédiates. Leurs petites filles et fils sont nombreux
et grâce à l'apport en terme d'activité commerciale
des femmes de leurs fils parviennent à s'en sortir avec
la nombreuse progéniture. Si un déguerpissement
survient, pourront-elles mener cette activité génératrice
de revenu pour pouvoir subvenir aux besoins des nombreux enfants
? C'est la question qui les hante. Une femme propose qu'en cas
de l'irréversibilité d'un déguerpissement,
qu'on vienne en aide aux personnes qui vont partir ailleurs pour
qu'elles puissent s'offrir des nouveaux logis. Les femmes soulignent
n'avoir pas fait la cuisine pendant trois jours. Les natifs du
quartier Yongssin ont refusé pour la plupart de rejoindre
l'école. Ceux dont les baraques sont tombées ont
déménagé chez leurs voisins. Le domicile
du vieux Koussé Mamadou est submergé d'effets que
des voisins sont venus confier. En bon Africain il dit ne pas
pouvoir rester indifférent quand ses voisins vivent des
telles épreuves.
La promiscuité à l'école Nemnin
Depuis le 10 juillet, la cour de l'école du quartier est
prise d'assaut par les résidents qui ont vu leur maisons
s'effondrer comme des châteaux de cartes. Ils sont pour
la majeure partie des locataires . Des travailleurs saisonniers
qui viennent pendant la saison sèche chercher de quoi à
subvenir à leurs besoins. La saison de pluie installée
ils retournent d'où ils sont venus. L'année dernière,
comme la saison a été particulièrement mauvaise,
ils ont attendu jusqu'à ce dimanche laborieux de juillet,
où une pluie diluvienne s'est abattue sur la capitale.
Ceux qui ont élu domicile à l'école Nemnin
dorment dans les classes. Les femmes et les hommes occupent les
même places. C'est des gîtes mixtes. Les services
de l'Action sociale, selon ce qu'ils ont rapporté leur
offrent du riz, des nattes, des savons et des habits. Ces secours
apportés aux sinistrés sont diversement appréciés.
Ils se plaignent de la modicité de l'aide, deux tasses
de riz pour 6 personnes, ça ne vaut rien indique Dicko
Amadou. Le même Dicko dit avoir perdu 70000 f cfa dans l'eau.
Le gîte dans lequel il habitait est tombé et a englouti
son argent. Il en est de même pour Tall Souleymane. Dans
la précipitation pour que la maison ne s'écroule
pas sur lui, il dit avoir perdu deux postes de 6 et 8 piles, des
habits, son lit et ses rideaux. Parmi les nouveaux locataires
de l'école Yongssin, il y a une femme du nom de Minata
Sana dont le mari est décédé en Côte
d'Ivoire. Avec une nombreuse progéniture elle a regagné
le bercail et logeait chez ses parents, la maison dans laquelle
elle habitait s'est effondrée. Elle s'est retrouvée
à l'école avec ses enfants, elle ne se sent pas.
Sa situation semble plus préoccupante que les autres. On
aurait voulu avoir aussi la version de la mairie de Baskuy sur
la précarité de ces quartiers, qui sont pourtant
des vieilles agglomérations de la ville de Ouagadougou.
L'administration étant une continuité, elle aurait
pu expliquer l'objet de la lenteur à trouver une solution
à ce problème. Mais M. Marin serait en déplacement
Merneptah Nouffou Zougmoré
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