| Province
du Séno Des " dealers "
mangent le mil de la population
 C'est
ce magasin qui a contenu les vivres qui ont été détournés
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L'année écoulée a été
défavorable sur le plan pluviométrique au Séno, qui n'a enregistré
que 300 mm d'eau. Pour parer aux difficultés inhérentes à
ce caprice de la nature, qui est d'ailleurs récurrent dans la province,
l'Etat a mis à sa disposition, des tonnes de vivres pour soulager les populations
qui, en plus de la sécheresse endémique, ont subi le ravage acridien.
Quel n'a été la surprise de ceux qui devraient en bénéficier,
de constater qu'une poignée d'individus dans l'administration et certains
élus de la commune détournent les vivres.
Par
Merneptah Nouffou Zougmoré | La commune
de Dori a bénéficié de 1 052 sacs à repartir dans
les huit secteurs. Un sac devrait coûté 2 750F. Les élus desdits
secteurs se sont occupés de la vente, sans au préalable s'entourer
de garanties de transparence et c'est ce qu'une grande majorité de la population
leur reproche. Selon ceux qui contestent leurs agissements, il n'y a pas eu d'informations
invitant les habitants des secteurs à passer aux endroits où était
procédée la vente du mil. L'opération vente s'est faite par
affinités. Certains élus communaux se sont permis d'aller stocker
les sacs de mil chez eux. C'est le cas de la dame Ouédraogo née
Diallo Anatou Yéro, conseillère du secteur 1. Le secteur a reçu
105 sacs et aurait fait une recette de 341 250 Fcfa après la vente. Ce
qui est loin d'être la vérité, selon certaines personnes.
Dans le but de toucher le plus grand nombre, a indiqué la conseillère
Ouédraogo, elle a utilisé les deux unités de mesure les plus
usitées dans la province pour la vente en détail qui sont la boîte
de 1(un) kilogramme de tomate et la boîte appelée boîte de
" garibou ", la grosse boîte. Elle affirme avoir vendu la boîte
de 1kg à 50F. Ceux à qui elle a vendu les céréales
contestent cette version. Au lieu de 50F, la conseillère aurait vendu la
boîte à 150F. Pourtant, 73 boîtes feraient un sac de 50 kg.
Prenant en compte la vente du détail, un sac de 50 kg vendu en détail
fait 10 950F. Elle aurait donc vendu beaucoup plus en détail que par sac.
On déduit donc que si elle avait vendu les 105 sacs en détail, elle
aurait fait une recette de 1 149 750F. Selon les femmes avec lesquelles elle a
vendu le mil, la différence entre les 341 250F reversés et ce qu'elle
a fait réellement comme recettes s'élève à 808 500F.
Elle n'est pas la seule dans cette embrouille financière réalisée
aux dépens de la population. Au secteur 4, le même problème
s'est posé. Un autre conseiller du nom de Mamadou Kouka aurait substitué
le critère politique à celui du social. Il aurait privilégié
les gens de son parti au détriment des autres. Les vivres étaient
servis d'abord aux militants du CDP (Congrès pour la Démocratie
et le Progrès). Pour ce qui concerne le choix des conseillers uniquement
pour la vente du mil, le maire Boubacar Hama Tiaho Dicko affirme que c'est le
conseil municipal qui en a décidé ainsi. Assertion que conteste
une source à la mairie. C'est ce qu'ils appellent le cabinet composé
du maire, du 1er adjoint et du 2éme adjoint qui ont décidé
de laisser piloter la vente par les conseillers. " Ce qui constitue le problème,
c'est le fait qu'on n' ait pas impliqué toutes les composantes de la
commune. On est unanime que tous, nous ne pouvions pas avoir le mil vu le nombre
de sacs attribués à la commune. Mais avant l'arrivage des sacs,
on avait entendu qu'ils allaient associer toutes les composantes, des jeunes,
des femmes et des vieux pour veiller à la répartition équitable.
Ils en ont par la suite fait leurs choux gras au grand dam de la population ",
s'indigne une femme du secteur 1. Le maire Dicko dit avoir prévenu les
conseillers sur d'éventuels dérapages et que chacun aura à
répondre de ses actes. Mais quelqu'un dit l'avoir alerté sans qu'il
n'ait daigné l'écouter. L'intéressé aurait vu deux
chargements de sacs rentrés dans la cour du 1er adjoint du maire Drissa
Lompo et qu'il l'aurait écoulé à un commerçant.
Les villages ne sont pas épargnés Dans le département
de Dori, des problèmes plus graves se sont posés. Hamidou Amadou
du village de Ouro Bambaggabè, localité située à l'Est
de Dori, affirme que son village a reçu 16 sacs. Le délégué
du village en a pris 2 et les 14 sacs ont été vendus à ses
amis. Le même délégué, de connivence avec Souleymane
Barry, agent à la préfecture, aurait sorti 30 sacs du magasin qu'il
a vendus à 6 000F le sac. Trois délégués se plaignent
de la manière d'agir de Souleymane Barry. Ce sont les délégués
de Dancheide, de Hodgo Sambo et de Lerbou. Le même Souleymane Barry aurait
exigé que ceux dont les cartes de famille n'ont pas de timbres payent 500F
avant d'avoir le sac de mil. Ses acolytes se chargeraient de ces opérations
dans les villages. Ceux dont les cartes de famille n'ont pas de timbres apposés
se voient refoulés dans l'opération de vente. Propos que réfute
Barry : " Il y a des cartes de famille qui avaient été établies
sans timbres et dans le souci de les harmoniser avec celles que nous établissons
actuellement. On a décidé que ceux dont les cartes n'avaient pas
de timbres se conforment aux normes, mais nous ne prenons que 200f au lieu de
500F comme ils le disent ", se défend Barry Souleymane. A la question
de savoir pourquoi de nouvelles cartes ne sont pas exigées en remplacement
des anciennes, il a trouvé que c'était une solution géniale,
curieuse réaction qui ne rassure pas sur l'innocence de cet agent de la
préfecture. Les villageois se sont plaints du comportement discourtois
que Barry a eu à leur endroit. Selon eux, ils les a tancés, d'un
air dédaigneux, ils mettaient les gens sous le soleil pendant la vente
du mil au magasin. Autres griefs à l'encontre de Barry, c'est qu'on aurait
surpris des charretiers entrain de décharger le mil destiné à
la population chez lui et que ce " deal " aurait été fait
avec la complicité d'un agent de l'Action sociale du nom Hassane Kindo
qui faisait office de magasinier lors de l'opération à prix social
dans les magasins de la SONAGESS (Société nationale de gestion des
stock de sécurité alimentaire). On s'est approché de cette
société pour avoir des renseignements sur le fait qu'une personne
externe n'ayant pas une formation de magasinier pouvait s'occuper de cette tâche
mais, la réponse était toute simple : le responsable, selon ses
collègues, était en déplacement. Le mutisme de
l'agent social Quant à Hassane Kinda, il s'est refusé
à toute question arguant le respect de la hiérarchie. On s'est alors
présenté chez son directeur, son responsable de tutelle à
l'Action sociale qui a assuré ne pas pouvoir l'autoriser à nous
donner des renseignements sur le déroulement de l'opération. Le
directeur de l'Action sociale affirme qu'il faut l'avis du haut commissaire, président
du COPROSUR ( Comité provincial de secours d'urgence et de la réhabilitation).
Le patron de la province étant en déplacement, Kindo s'est déclaré
incapable de répondre à nos questions. Selon le directeur régional
de l'Agriculture du Sahel, Karima Dera, l'opération d'aide d'urgence comporte
plusieurs phases. La première a eu lieu en novembre 2004. Les céréales
ont été distribuées gratuitement et la région en avait
reçu 500 tonnes. Le 2ème volet, c'est la vente à prix social,
sa région a été bénéficiaire de 6 500 tonnes.
Sa structure est à la base de la détermination des quantités,
mais pour l'exécution du travail sur le terrain, c'est l'administration
qui en a la charge. La province aurait reçu 365,5 tonnes. Une liste fictive
de 80 fonctionnaires auraient été dressée pour masquer la
magouille opérée dans le cadre de la vente du mil. Mais de l'avis
de gens qu'on a rencontrés, cette opération ne devrait pas concerner
les salariés de la province qui ne sont pas considérés à
leur avis, comme des sinistrés. Cette aide est destinée aux indigents
qui n'ont de salut que dans l'élevage, l'agriculture et les petits métiers.
Les trois noms qui reviennent dans l'affaire scabreuse de l'opération de
vente à prix social des vivres sont ceux du 1er adjoint au maire, Drissa
Lompo, l'agent de la préfecture de Dori, Souleymane Barry et Hassane Kindo
de l'Action sociale. Selon nos sources, ce trio y est pour beaucoup dans le détournement
du sorgho blanc destiné à la population de la province de Séno.
Une enquête sera-t-elle ouverte pour déterminer les responsabilités
dans ce nouveau " watergrain " burkinabè
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