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ECONOMIE
La SONABHY fait-elle de l'apartheid
commercial ?
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Si la libéralisation du secteur des hydrocarbures
ne s'est pas encore traduite par la privatisation de la
SONABHY, elle a par contre permis l'entrée de huit
nouvelles sociétés dans le circuit de distribution
des produits pétroliers. Sont de celles-là,
Petrofa, Ecodis, Pluf, SKI, Sogel , Otam, Petro-Burkina
et Petro-service. Toutes ces sociétés sont
aujourd'hui en activité sauf une, Petro-Burkina qui
subit un apartheid dont les mobiles sont aussi ambigus que
controversés
Par Germain B. Nama
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Pour créer un réseau de distribution de produits
pétroliers, il faut disposer d'un certain nombre de stations
services ou à défaut, présenter les déclarations
des stations services qui désirent entrer dans le réseau
et obtenir du ministère des Mines, des Carrières
et de l'Energie une autorisation de se constituer. Ces conditions
sont remplies par la société Petro-Burkina. Sa reconnaissance
juridique a été consacrée par l'arrêté
n° 2044 du 26 juin 2002 du ministre de tutelle. Le 22 juillet
2002 le directeur général de l'Energie autorisait
la nouvelle société à mettre ses couleurs
sur ses stations disséminées à Ouagadougou,
Bobo-Dioulasso et Ouahigouya. Fort de ces autorisations, le directeur-gérant
de Petro-Burkina, Issouf Bélem engage les travaux de restauration
de ses stations et en informe le directeur général
du Bumigeb qui statutairement assure la supervision. Le 17 février
2004 une requête est déposée à la Sonabhy
par M. Bélem portant sur une demande d'autorisation de
ravitailler les stations service de son réseau. Le DG de
la Nationale des hydrocarbures lui oppose un refus, au motif que
c'est Emmanuel Ouédraogo qui serait le vrai patron de Petro-Burkina.
M. Belem croit dans un premier temps à une plaisanterie,
n'imaginant pas qu'on puisse lui refuser l'autorisation d'exercer
alors qu'il remplit toutes les conditions exigées. Mais
il dût déchanter devant l'absence de réaction
écrite de la SONABHY. Il fait alors intervenir des relations
auprès du DG, mais rien n'y fit, ce dernier demeure inflexible.
Pourtant, dans une interview accordée à notre confrère
Le Pays, en date du 15 avril 2003, il affirme: " Nous sommes
une société qui a la claire vision de ses missions
et de ses intérêts et qui la défend bien.
Lorsqu'une société légalement autorisée
s'adresse à nous, nous la servons, car notre rôle,
c'est de vendre et nous vendons à tout le monde tant qu'il
n'y a pas de problèmes entre nous et le client." Qu'est-ce
qui justifie alors l'ostracisme dont est l'objet Petro-Burkina?
Qui est Ouédraogo Emmanuel ?
Ancien directeur général de la société
Tagui après avoir longtemps présidé aux destinées
de Shell, M. Emmanuel a vu son réseau de stations service
lui échapper, officiellement pour cause d'endettement.
La SONABHY, son principal créancier a fait saisir dix stations
service du réseau qu'elle a vendues de gré à
gré à SKI pour la somme de 550 millions de FCFA
en vue de rembourser les quelque 800 millions que lui devait la
société Tagui. Les conditions de cette vente suscitent
toujours des interrogations quand on sait que dans la même
période, le syndic avait procédé à
une vente aux enchères de deux stations du même réseau
à 350 millions de FCFA. Comparaison n'est pas raison, mais
les dix stations auraient pu rapporter au moins un milliard de
nos francs. En outre, la Cour d'appel de Bobo-Dioulasso saisie
par la partie débitrice avait prononcé l'annulation
de la vente pour vice de procédure. Alors y a-t-il eu un
deal dans cette affaire au bénéfice de SKI d'autant
que le marché regorgeait d'acquéreurs potentiels
et que contrairement aux usages, la vente a été
effectuée par le créancier lui-même? Certains
le croient. Emmanuel Ouédraogo a donc pu être la
victime d'intérêts aussi voraces que puissants qui
n'avaient pas forcément l'intention de lui laisser la moindre
chance. De l'avis de ceux qui connaissent le milieu pétrolier,
800 millions, ce n'est pas de la mer à boire. Avec un peu
de compréhension de la part du fournisseur mais aussi de
la bonne volonté du côté du client, cette
dette aurait pu être rapidement apure. Mais tout ça
n'explique pas le refus de ravitailler Petro-Burkina d'autant
que les stations de son réseau n'ont pas été
saisies. Même si M. Emmanuel était derrière
cette société, dans la mesure où elle est
en règle et que les stations services en question le sont
tout autant, pourquoi refuser de la ravitailler ? Alors de deux
choses l'une : ou quelqu'un se sert de la SONABHY pour son compte
personnel, ou ses responsables s'égarent dans des considérations
subjectives. L'affaire parait tellement curieuse que nous avons
essayé de mieux comprendre en interpellant le DG de la
SONABHY
La version de la SONABHY
"Je n'ai rien contre Petro-Burkina et SONABHY ne m'appartient
pas " déclare Hubert Yaméogo, DG de la SONABHY.
Le refus de servir Petro-Burkina se fonde sur les propres aveux
du directeur-gérant de ladite société qui
aurait reconnu travailler pour le compte d'Emmanuel Ouédraogo
affirme t-il. Or, ce dernier reste toujours devoir à la
SONABHY. Et comme chat échaudé craint l'eau froide,
le DG aurait dans ces conditions proposé que la nouvelle
société règle le reliquat de l'ardoise avant
tout. Comme preuve de sa bonne foi, il explique avoir à
son arrivée à la tête de la SONABHY rétablit
l'approvisionnement du jus à Tagui qui était alors
suspendue pour défaut de paiement. L'arrangement proposé
à Emmanuel Ouédraogo était qu'il paie un
cash mensuel de 70 millions de francs. Le procédé
aurait permis d'apurer rapidement le passif de Tagui qui a de
ce fait recouvré les mêmes avantages que les autres
sociétés, en matière de crédit. Mais
cela n'a duré qu'un temps, les mauvaises habitudes ayant
vite repris le dessus. A ce niveau du raisonnement, on comprend
fort bien le souci de protéger les intérêts
de la SONABHY, mais ces arguments ne sont opposables qu'à
Taguy et à son ancien DG. En effet, si les faits reprochés
à M. Ouédraogo ne semblent pas être contestés,
on comprend mal en revanche que des responsables de société
viennent librement se dénoncer comme des prête-noms,
sachant bien les conséquences auxquelles ils s'exposent.
Évidemment, pour les dirigeants de Petro-Burkina, il faut
bien donner un semblant de rationalité à ce refus
absurde, dès lors que le contentieux devient public. Qu'à
cela ne tienne ! A supposer que le DG de l'ex-Tagui ait utilisé
le subterfuge du prête-nom pour se replacer dans le circuit,
il eût été plus judicieux de lui opposer une
stratégie positive, en vendant par exemple cash.
Un refus absurde
Puisque le crédit est affaire de confiance, on ne peut
au moins refuser de vendre à celui qui peut payer cash
! Surtout que la formule a même porté ses fruits
avec Emmanuel lui-même. En persistant à ne pas servir,
dans des conditions où la société requérante
remplit toutes les conditions légales pour être servie,
les dirigeants de la SONABHY se placent objectivement sur un terrain
difficile. La stratégie actuelle a quelque chose de "
génocidaire ", dans la mesure où aucun membre
de la famille de M. Ouédraogo ne peut espérer une
carrière dans le pétrole sans souffrir de cet amalgame.
C'est en tout cas la logique de ce positionnement qui prend une
dimension franchement aberrante dans un contexte de chômage
massif. Au lendemain du sommet de Ouagadougou sur l'emploi et
la lutte contre la pauvreté, cette affaire sonne comme
une fausse note au regard des engagements pris par les chefs d'Etat
de placer désormais la question de l'emploi au cur
des politiques nationales.
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