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Nazinga: Des décibels pas très écologiques...

Notre "meilleur ministre de la Culture du monde " est tellement le meilleur qu'on lui a refourgué le Tourisme ; des fois qu'il y deviendrait aussi le meilleur… Il y a du boulot : sorti des narcissiques séances de blabla convenu, et passablement mensonger, qu'on nous assène en nous prenant pour des gogos, il faut se rendre à l'évidence : il n'y a pas grand monde pour rendre grâce aux beautés somme toute quelconques du Burkina*, au regard de ce qu'offre le reste du continent (du Maroc à l'Afrique du Sud en passant par l'Egypte, le Sénégal ou le Kenya, parmi tant d'autres). …

Par Fretback

Le pays ne va pas s'enrichir de sa cinquantaine de mille visiteurs annuels. Des désargentés de type beatniks et autres nigauds du djembé, en safari post-exotique pseudo-altruiste, sexuel ou herbeux ; et des marauds très intéressés, aux petites affaires ou aux conclaves d'ennui inutiles, mais rétribués. A la vérité, on le sait si bien qu'on revendique ici comme spécificité exceptionnelle son "authenticité", concept fourre-tout qui ne veut absolument rien dire. Et dans le domaine du Tourisme, de l'"authenticité", le touriste en a pour son argent, systématiquement, à son corps défendant.

Prenez le cas du ranch de Nazinga, fleuron s'il en était d'un Burkina qui ne sait même pas qu'il a le troupeau le plus important d'éléphants en Afrique de l'Ouest (plus de 3800 têtes, en expansion par on ne sait quel miracle). Les résidents étrangers le savent mieux que les Burkinabè qui, évidemment, ne connaissent pas grand-chose de leur pays, à part le village, et souvent se contrefichent de ce qui pourrait les intéresser, et qui intéresse le Blanc ; c'est leur droit, mais il ne faut pas s'étonner qu'imperméable à ces "histoires de Blancs", le tourisme reste au Faso un embryon de slogan. A Nazinga donc, pour la Noël, des salariés d'ONG et d'institutions internationales, et même un ambassadeur en goguette, croient choisir le repos et le silence, et l'intimité familiale au milieu des pachydermes qui déambulent jusque dans le campement hôtelier, plutôt que le tapage pétaradant et le brouhaha musical d'une capitale surexcitée à pareille époque. Ils payent pour cela, relativement cher, pour leur plaisir hédoniste, et pour que vivent longtemps encore ces lambeaux de brousse originelle (94 000 hectares sauvés ici par d'autres Blancs, Canadiens, puis Américain et Belges, et en bordure sud-ouest, 32 700 hectares sur la Sissili, là par l'incomparable Norbert Zongo), où travaillent aussi des Burkinabè qui, sans le tourisme à Nazinga, auraient rejoint la Cour des miracles de Ouagadougou. Pechère ! Ces Blancs-là, parmi lesquels des Noirs, se fourvoient complètement : quinze jours après l'ouverture annuelle, et après six mois de saison creuse, donc logiquement de travaux, l'hôtellerie de Nazinga excelle dans l'amateurisme et le ravaudage, au milieu des gravats, des sacs de ciment et des pointes à même le sol ; des paillotes inhospitalières au décor insipide (les tringles des rideaux mauves sont des tuyaux d'électricité rouges cloués dans le mur !), des sanitaires déglinguées, des douches sans eau, des draps déchirés dont on pourra bientôt faire des lanières pour les danseurs de warba, et une couverture de type militaire qui a dû faire plusieurs aller-retour du Libéria. Un couple franco-gabonais a même passé ses deux nuits, pour la bagatelle de vingt-cinq mille francs, sous un luminaire qu'il était impossible d'éteindre ! Sous d'autres cieux, on appelle ça une arnaque ; au Faso désintégré, ceci n'est que broutilles, tout juste risibles. Le soir, encagés dans un restaurant tristounet sans fumet, face à un plan d'eau où doivent s'ébrouer quelques élephants et crocodiles, vous ne pouvez rien voir, cette année la nuit est sans lune : il y avait bien d'ingénieux projecteurs installés par d'autres Blancs dans les arbres morts du marigot ; mais les fils sont gâtés…
Les fils ne sont pas gâtés pour tout le monde. A l'autre bout du camp, il y a un show "authentique" au "foyer" : un ghetto-blaster à tue-tête sous l'auvent d'un hangar de paille, deux à trois gamines hystériques que "zyeutent" trois pauvres bougres du cru, emmitouflés et recroquevillés, en embuscade autour d'une tablette branlante et ses indispensables bières nationales ; le réveillon jusqu'à 2 heures et l'arrêt du groupe électrogène, et rebelote la nuit de Noël ! Les écolo-touristes ont payé des chambres indignes à 12 500 francs la nuitée* pour ne pas pouvoir y dormir, bercés de ndombolo et autres douceurs congolo-congolaises. Et on leur demande en plus d'être à l'heure, à 6h30 du matin, pour la ballade en brousse du lendemain ! Las, à la deuxième nuit, il a fallu le ramdam et une volée de bois vert de deux nassara peu diplomates pour que les fillettes se volatilisent instantanément, et que cessent illico les sautes de volume de la petite sauterie. Immanquablement, pas l'once d'une autorité dans les parages, les grands "responsables" sont à la fête, eux-aussi, à Ouaga ; les petits, à Pô ou Léo. Il reste les sans-grades et autres autochtones. Qui se relâchent. Et quand les chats ne sont pas là, les souris dansent…
Souhaitons seulement que les éléphants restent en vie pour que survive Nazinga ; sans eux, il est probable que le sort du parc national voisin de Po, dit Kaboré Tambi (cf. L'Evénement n° 21 du 25 février 2003, pages 12 et 14) qu'ils avaient fuis au cours des années 80* et dès lors abandonné aux feux, aux braconniers et à de ronflantes associations impotentes, serait à terme celui du ranch de Nazinga. A suivre.

* Toujours aucun site classé par l'UNESCO au Patrimoine de l'Humanité ; trois sites répertoriés à la Convention Ramsar des zones humides d'importance ( Parc national transfrontalier du W ; Mare d'Oursi ; Mare aux hippopotames, par ailleurs Réserve de Biosphère-UNESCO depuis 1977)
* Certains clients ont payé ce qu'on appelle bizarrement des " appartements " (à 10 000 francs la nuitée ) au tarif des paillotes/bungalows (à 12 500 francs la nuitée )
· Parc vers lequel les pachydermes, par petits groupes, commencent à revenir depuis la fin des années 90.

 


 


© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 10 Janvier 2004