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SOCIETE

 

Atteintes aux droits des handicapés
Du théâtre pour dénoncer et sensibiliser




"Ce n'est pas le handicap qui compte, mais ce que nous faisons de notre handicap", dit-on. Cette sagesse, l'Association pour le développement des handicapés visuels du Kadiogo/ Allah Dari (ADHAV) l'a bien épousée. Depuis sa reconnaissance officielle en 1995 (voir encadré), elle fait de la promotion des droits des personnes handicapées son cheval de bataille. Sensibiliser par les vertus du jeu les populations et surtout les personnes en situation de handicap sur le fait que ce mal n'est pas une fatalité, mais un évènement de la vie dont toute l'importance réside dans la façon de le porter. De janvier à décembre 2011, l'association sillonne les localités des régions du Centre et des Hauts-Bassins pour faire du théâtre. L'initiative a reçu le soutien financier de l'Union Européenne et de l'Alliance Biblique du Burkina Faso. La pièce est la matérialisation concrète de l'objectif de l'ADHAV, notamment la promotion des droits des handicapés. Une petite mise en scène a permis de découvrir un tant soit peu l'univers de ces personnes. Du droit des personnes handicapées à l'éducation, au droit à l'emploi en passant par les conditions difficiles d'accès aux infrastructures. Et voici : des parents qui opposent leur véto à la relation de leur fille handicapée d'un pied avec un jeune étudiant en année de licence et handicapé visuel. "Tu as cherché, fouillé, tu n'as rien trouvé si ce n'est pas un aveugle ? ", s'indignent des parents. Un autre père porte atteinte sans le savoir au droit à l'éducation de son enfant. "Tu ne vois pas et tu veux aller à l'école lire avec quoi ? ", a-t-il réagi quand son enfant handicapé visuel lui a exprimé le besoin d'aller à l'école. " Je préfère boire du dolo que d'inscrire un aveugle à l'école ", martèle le père. Malgré tout, l'enfant se retrouve à l'école. Comme piqué par une crise démentielle, le père le retire par force de l'école en dépit des conseils de l'enseignant qui lui explique le droit de l'enfant à l'éducation. Conséquence de cet entêtement du père, l'enfant se retrouve dans la rue avec pour profession la mendicité. Heureusement qu'il y a des gens qui comprennent. C'est le cas d'une dolotière qui a fait de l'éducation de sa fille sa raison d'exister. Du reste, elle s'est érigée en conseillère expliquant en quoi le handicap ne peut constituer un obstacle à l'éducation d'un enfant. Quant au jeune étudiant aveugle, pour la Nième fois, il s'est rendu au lieu de dépôt des dossiers pour les concours de la Fonction publique sans conviction. Avec toutes les peines qu'il a endurées pour monter les escaliers, ses dossiers n'ont pas été réceptionnés sous le prétexte qu'il présente un handicap. " Quel monde d'injustice ", a lancé sa petite amie aussi victime de cette discrimination. La pièce prend ainsi fin sur cette note de tristesse.


Au Burkina Faso, en la matière, la loi portant protection et promotion des droits des personnes handicapées (Loi 12) stipule que " le handicap ne saurait constituer un motif de discrimination ou de rejet de candidature " En effet, cette loi reconnait à toute personne handicapée le droit à un emploi (dans les secteurs public et privé) si cette personne recèle des compétences nécessaires pour le pratiquer. Mais dans la réalité, les personnes en situation de handicap semblent ne pas avoir de droits encore moins de devoirs (contribuer au développement de leur pays) parce que jugés " incapables ". Cet état de fait est à imputer à la société qui regarde ces personnes avec dédain d'où le fait que certains parents éprouvent des complexes en raison du handicap de leurs enfants. Conséquence, ils cachent souvent ces enfants des lieux publics tels que l'école. Conséquence,, la plupart des personnes handicapées sont analphabètes. Le dernier recensement de la population burkinabè en 2006 affichait un taux de plus de 90% de handicapés analphabètes. Certains pensent également que cet état de fait est la conséquence de la difficile insertion des handicapés diplômés dans les différents emplois. Dans la mesure où ceux ou celles qui ont pu bénéficier du droit à l'éducation sont tenaillés par des questions du genre : est-ce qu'à la fin de mes études je vais pouvoir intégrer une fonction ? L'anecdote suivante est à cet égard assez éloquente : " un diplômé niveau maitrise a déposé son dossier dans un service privé. Au regard de son curriculum vitae (CV) consistant, il a été appelé le plutôt possible. Mais lorsque la responsable de l'entreprise l'a vu, elle lui a jeté son dossier en face avant d'ajouter : ici ce n'est pas une poubelle où on reçoit du n'importe quoi ". Faut-il comprendre par cette situation qu'il faut former des gens pour qu'ils deviennent des sans emplois ? En tous cas, pas pour devenir des mendiants professionnels. Le constat montre que la majorité des mendiants présente un handicap.

"Tout ce qui n'est pas interdit
par la loi est toléré "

Sur la question de l'emploi des personnes en situation de handicap, et ce, au regard de la triste fin de la pièce caricaturant leur accès à la Fonction publique, nous avons tenu à rencontrer le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Sécurité sociale, Apollinaire Soungalo Ouattara. Pour lui, d'un point de vue général, tout est relatif à " la vision malmenée de la Fonction publique ". Chacun voit en elle le principal employeur, la finalité du travail. Chaque année, la Fonction publique recrute entre 8000 et 10000 candidats selon les besoins. Ce qui représente un fort taux par rapport à des pays comme le Ghana, a-t-il justifié. Il suppose que le jour où ce nombre sera dépassé, c'est le ''chaos''. Par ailleurs, le ministre Ouattara présume que si des gens (en particulier ceux en situation de handicap) en quête d'emploi dans les administrations publiques sont souvent frustrés, cela est en partie lié au fait que " tout le monde croit que la Fonction publique n'est pas le champ de quelqu'un ", à la limite un patrimoine qui n'appartient à personne. Ce qui pourrait se justifier par le manque de sérieux, et par extension, le non respect des règles et lois établies. Pour sa part, " tout ce qui n'est pas interdit par la loi est toléré ". De ce fait, il estime qu'il n'est pas question qu'une personne soit discriminée, handicapée fut-elle, en voulant intégrer la Fonction publique ou tout autre service de l'Etat. Pourvu que la personne réponde aux conditions requises. C'est dans cette vision des choses, explique-t-il, que son ministère se bat pour améliorer les conditions de déroulements des concours : la mise à la disposition des personnes handicapées de braille et des salles de compositions adaptées à leur situation. Comme preuve de son dévouement, le cas d'un malvoyant du nom de Yaméogo Koudbi Guy, matricule 11378F, par ailleurs président de l'Association burkinabè pour la promotion des aveugles et mal-voyants (ABPAM). Le ministre dit avoir accompagné le dossier de ce professeur devenu malvoyant au cours de sa carrière et l'a mis dans les conditions nécessaires pendant les épreuves pratiques de l'examen professionnel pour le reclassement en A1 des professeurs certifiés des lycées et collèges, option Education Physique et Sportive de la session de 2011. L'intéressé en question a été reçu avec une note de 14 sur 20. La loi (voir plus haut) favorisant l'emploi des personnes en situation de handicap " prévoit également un quota d'emplois dans la fonction publique et dans les structures de l'Etat pour ces personnes selon leur qualification, en conformité aux textes régissant les différents emplois ". Sans préciser la date de la mise en œuvre effective de ce quota, le Ministre de la Fonction publique a fait savoir qu'il ne sera pas appliqué de manière mécanique mais par secteur et selon les besoins exprimés. Par ailleurs, il dit être disponible pour connaître tout cas de discrimination concernant des personnes en situation de handicap. Cependant, il interpelle les différentes associations défendant la cause des handicapés à travailler de manière à véhiculer et notamment à travers les pièces théâtrales ou d'autres canaux, une image plus positive de ces personnes. Dans la mesure où cela va contribuer à mettre en relief leurs qualités que bien souvent les gens ignorent.

Basidou KINDA (stagiaire)


L'Association pour le développement des handicapés visuels du Kadiogo/Allah Dari (ADHAV) a son siège situé à Gounghin au secteur 8, non loin de l'échangeur de l'ouest. Elle a vu le jour en 1993 et a été reconnue officiellement en 1995. L'ADHAV compte aujourd'hui 43 membres dont 15 femmes tous ayant été formés au centre Nom-Taaba. Selon son président, Oumar Lougué, ils payent le local à 45 000FCFA le mois sans compter les frais d'électricité et d'eau. Cela, grâce aux fruits de leurs activités et notamment le théâtre. Par moment, ils bénéficient d'un soutien du Ministère de l'Action sociale et de la Solidarité nationale. Comme activités secondaires, les membres fabriquent des filets de sport, des lits picots, de la craie etc.... En ce qui concerne la fabrication de la craie, ils ont suivi une formation à l'Institut national des aveugles du Mali en 2006.
BK



Un centre de métiers pour les sourds et malentendants
L'Association Nationale des personnes Déficientes Auditives du Burkina (ANDAB) a désormais un siège. L'ouverture du siège -doublé d'un centre de formation au métier- a eu lieu le 16 décembre 2011 au quartier Dapoya à Ouagadougou. C'était au cours d'une cérémonie à laquelle ont pris part plusieurs membres de l'Association venus de plusieurs provinces du pays ainsi que des partenaires financiers. La cérémonie a été placée sous la coupe de la Fédération Burkinabè des Associations pour la promotion des personnes Handicapées (FEBAH), représentée par sa présidente d'honneur, Mme Rosalie Bassolet et par la présidente du Conseil d'administration, Mme Evelyne Winkoun. Selon cette dernière, "les personnes déficiente auditives ont beaucoup souffert du manque d'un siège et d'un centre de formation professionnel " si bien qu' " elles ont toujours envié les autres catégories de handicap qui ont tous un siège où les membres exercent des activités génératrices de revenus". Depuis le 16 décembre donc, ce manque n'est plus qu'un mauvais souvenir. Le siège qui comprend plusieurs bureaux abritera dans ses bureaux ou dans la cour, des ateliers de métiers tels que la fabrication de grillage, de savon, la couture, et d'autres formations de qualification. La présidente du Conseil d'administration a mis l'acquisition du siège au compte des efforts de la FEBAH et particulièrement de Mme Rosalie Bassolet à laquelle elle a succédé depuis le 13 novembre 2011. Ce 16 décembre était une journée de grande joie pour toutes les personnes sourdes et malentendantes mais certaines d'entre elles avaient plus de motifs pour célébrer cette date. En effet, Mégamonde Burkina, partenaire de la FEBAH, a fait un don de tricycles motorisés à 10 personnes handicapées. Les heureux bénéficiaires ont reçu sur place des bons pour plus tard entrer en possession de leurs engins. Quant au président de l'Association Nationale des personnes Déficientes Auditives du Burkina (ANDAB), il a reçu un tricycle motorisé sur place qui lui a été offert par Rosalie Bassolet. Airtel Burkina, un autre partenaire de la FEBAH, n'était pas moins généreux. Les personnes handicapées, notamment sourdes et malentendantes ont de quoi s'occuper utilement en vendant les produits de Airtel. Les personnes handicapées bénéficieront à cet effet de commissions exceptionnelles sur la vente des cartes de recharge Airtel. Après le forum international sur le handicap que la FEBAH a organisé à Tenkodogo courant novembre, la Fédération a saisi encore cette cérémonie pour faire un plaidoyer à l'intention des autorités. La principale doléance de ce jour a été la traduction du journal et des grands événements télévisés dans le langage des signes au profit des personnes sourdes et malentendantes. La FEBAH a lancé un appel au Ministère de l'Action Sociale et celui de la communication et souhaite voir cette requête aboutir en 2012 n

Boukari Ouoba

 


© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 18 janvier 2012