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Crise
à l'association le Paysannat
Les deux premiers responsables irréconciliables
 
Le président Samassékou Ousmane et le secrétaire
exécutif Lacina Ramdé.
Par Boukari Ouoba
Depuis juin 2009, l'Association Le Paysannat (Asso. Pa) est
divisée en deux tendances. Entre le Secrétaire Exécutif
(SE) et le Président du Conseil d'Administration (PCA),
rien ne va plus. Aucune médiation n'a encore réussi
à réconcilier les deux anciens camarades qui ont
dirigé collégialement l'Association six ans durant
soit depuis sa création en 2003. De plaintes en poursuites
judiciaires, l'Association est aujourd'hui entrée en léthargie.
En attendant le verdict, le énième du Tribunal de
Grande Instance de Yako, ville siège de l'Association,
chaque partie tire la couverture à soi dans une atmosphère
de suspicion réciproque et de règlement de compte.
Dans L'Evénement N°192 du 25 juillet, nous nous interrogions
sur la détention de Lacina Ramdé, secrétaire
exécutif de l'association Le paysannat. L'intéressé
est libre depuis le lundi 26 juillet après dix sept jours
de détention à la prison civile de Ouahigouya. On
est pourtant loin de la fin du feuilleton qui mine l'association.
C'est bien Ramdé qui avait été le premier
à déposer une plainte contre Samassékou pour
détournement de fonds de l'association. Cette plainte déposée
au Parquet de Yako le 15 juin 2009 avait conduit les autorités
judiciaires de la ville à procéder à la saisie
des biens de l'association et à l'interdiction de toute
activité de celle-ci, en attendant une décision
finale de justice. Selon le PCA de l'association, Ramdé
a été arrêté pour avoir transgressé
cette décision de justice qui suspendait les activités
de L'Asso Pa. En effet, pendant la période du 20 juillet
2009 au 23 mars 2010 où l'Association était interdite
de toute activité, Ramdé et ses camarades ont travaillé
"légalement" sur la base de leur récépissé
N°2009-425/MATD/SG/DGLPAP/DOASOC du 17 juillet 2009. Ils auraient
retiré de l'argent dans le compte d'épargne de l'association
dans une banque à Ouahigouya et mené plusieurs activités.
C'est à la reprise des activités, après la
levée de la suspension, que la partie de Samassékou
constate que " le compte de l'Association avait été
vidé " par le Secrétaire exécutif, Lacina
Ramdé.
Deux récépissés et la scission
La division a commencé sans doute avec l'assemblée
générale extraordinaire du 13 juin 2009. Selon le
procès verbal dressé à l'occasion, "
cette Assemblée générale extraordinaire a
été convoquée par les soins du secrétaire
exécutif [ndlr : Lacina Ramdé] sur demande de plus
de 2/3 des membres, suite aux malversations commises et la prise
en otage de l'association par le président du conseil d'administration
[ndlr : Ousmane Samassékou] en complicité avec quelques
individus. ". Deux points essentiels étaient inscrits
à l'ordre du jour : examen de la situation des fonds détournés
sur le compte de l'Asso. Pa et les fonds non justifiés
par le PCA ; renouvellement du Conseil d'Administration.
En l'absence du PCA, l'AG extraordinaire dresse un réquisitoire
assorti de poursuites judiciaires contre le PCA fraîchement
déchu. Le procès verbal contient onze résolutions
qui vont de l'exclusion de Samassékou avec poursuites judiciaires,
au changement des signataires sur les comptes de l'Association,
et au mandat donné à Me Jean Bado, avocat à
la cour " pour récupérer dès le lundi
15 juin 2009, tout document, chéquier, matériel,
équipement, véhicule, moto, appartement, appartenant
à l'Association et encore aux mains de Samassékou
Ousmane afin de les restituer à l'Asso. Pa. ". Aussitôt
dès le 17 juillet, l'Asso. Pa dispose d'un nouveau récépissé
de reconnaissance. Le récépissé N° 2004-112/
MATD/SG/DGLPAP/DOASOC du 24 février 2004 portant déclaration
d'existence de l'Asso. Pa est frappé de nullité
au profit du récépissé N°2009-425/MATD/
SG/DGLPAP/DOASOC du 17 juillet 2009 portant déclaration
de changement dans la composition de l'organe dirigeant de l'Asso.
Pa. Le nouveau PCA est Christophe Konkobo et Lacina Ramdé
le secrétaire exécutif. Les deux sont les seuls
à avoir appartenu à l'ancien conseil d'administration
(CA) qui comprenait cinq membres. Le nouveau CA en compte douze.
La contestation de l'AG extraordinaire et du récépissé
qui en a résulté ne s'est pas faite attendre. Le
21 juillet 2009, l'ancien PCA et son camp déposent une
plainte contre Ramdé et les siens au Parquet de Yako et
demande l'annulation du nouveau récépissé
et la dissolution du nouveau bureau.
Six heures pour tenir
une assemblée générale
Pour la partie de Samassékou, l'AG extraordinaire du 13
juin est une Assemblée putschiste. Elle est intervenue
alors que le CA préparait la tenue de l'AG ordinaire. C'est
d'ailleurs les préparatifs de cette assemblée ordinaire
qui ont révélé les malversations dont le
SE accuse le PCA. C'est pendant la rédaction des rapports
d'activités et financier que le SE a demandé au
PCA de lui fournir des pièces comptables concernant la
période de 2007 à 2009. Selon le Secrétaire
exécutif, le PCA aurait répondu ne pas détenir
de pièces comptables et l'aurait invité plutôt
à constater les acquisitions et les réalisations
faites au nom de l'Association. C'est le début de la crise
ouverte. Après des jours de discussions, le SE aurait accepté,
selon le PCA, un listing des dépenses effectuées.
Une liste de matériels et de réalisations fut donc
envoyée au SE à Ouagadougou où il travaille.
Sur la feuille de rame sont mentionnés : acquisition de
terrain 1998m? à 1 887 000 FCFA, construction du siège
: 4 015 300 FCFA, achat d'une moto YAMAHA homme à 800 000
FCFA, achat d'une voiture Mercedes 190D à 2 200 000 FCFA,
équipement d'une savonnerie à 450 000 FCFA, équipement
pour hébergement à 600 000 FCFA, personnel 110 000
FCFA, location de bureau 70 000 FCFA, carburant, téléphone
eau, entretien et fournitures diverses à 170 000 FCFA.
Ce sont là la liste des dépenses transmises au secrétaire
exécutif. Ce dernier qui aurait dans un premier temps accepté
le principe des dépenses listées sur une feuille
blanche s'est renié à l'arrivée, exigeant
des pièces comptables en bonne et due forme. Le PCA affirme
lui avoir promis qu'il réunirait les pièces justificatives
avant l'Assemblée générale ordinaire, mais
le SE n'aurait plus voulu obtempérer. Selon le PCA, le
secrétaire exécutif a boycotté la dernière
rencontre préparatoire tenue le 20 juin, rencontre au cours
de laquelle il avait promis de lui remettre les pièces
justificatives des dépenses. Alors c'est en rang dispersé
que les deux leaders, chacun à la tête d'une troupe,
arrivent à l'AG du 26 juin. L'AG du 26 juin s'ouvre à
9H avec à l'ordre du jour, proposé par le camp Ramdé
: la présentation et l'adoption des rapports d'activités
et financiers 2007-2009, la relecture des statuts et règlements
intérieurs, le renouvellement du Conseil d' Administration.
Les 18 associations membres de l'Asso. Pa sont toutes présentes.
Sur les 18, elles avaient été 12 à prendre
part à l'AG extraordinaire du 13 juin qui a déposé
le PCA Samassékou. Aucun point de l'ordre du jour de l'AG
ordinaire ne sera traité. Pendant six heures d'horloge
(de 9H à 15H) et sous surveillance policière (la
police a été sollicitée par Samassékou),
les discussions porteront sur les amendements de l'ordre du jour.
Le PCA exclut tout renversement de l'ancien conseil d'administration
et propose seulement le remplacement d'un membre, notamment Téné
Kientega, absente depuis plusieurs mois. Selon lui, le mandat
du CA finissait en 2010, il est donc hors de question de le démettre
avant terme. Pour le secrétaire exécutif, le PCA
devrait rendre le tablier et entériner le nouveau conseil
d'administration présidé par Christophe Konkobo.
Ce dernier (Konkobo), selon Samassékou, n'est même
pas membre de l'Asso. Pa puisqu'il a rendu sa démission
avec quatre autres membres depuis le 4 novembre 2007 bien avant
la crise ouverte. Dans leur lettre de démission, on lit,
" notre démission se fonde sur les actes posés
par les premiers responsables de l'Asso. Pa notamment le président
et le secrétaire exécutif ". Au cours des discussions
à l'AG, le PCA aurait reconnu sa gestion moins respectueuse
des règles de comptabilité. Nos confrère
Sidwaya et Le Pays qui ont assisté à l'AG sur invitation
du PCA rapportent : " le président confirme le manque
de pièces à conviction en matière de gestion
financière mais précise que lesdits fonds ont servi
à des réalisations que tous les membres peuvent
constater [Le Pays N°4399 du 02 juillet 2009] ". Le président
non plus n'apprécie pas le management de son secrétaire
exécutif. Il lui reproche de vouloir faire de l'association
une propriété personnelle. Ramdé, selon le
PCA, recrute seul des animateurs, négocie les contrats
avec qui il veut et prend des décisions sans jamais consulter
le président, " il voulait nous gérer comme
ses employés ", dit-il. C'est pour remédier
à cela que Samassékou a proposé à
l'AG la relecture de certains point des statuts afin, dit-il,
d'alléger les prérogatives du SE qui se serait attribué
trop de responsabilités dans l'association vue que c'est
lui-même qui a élaboré les textes. In fine,
l'AG ordinaire du 26 juin a cristallisé davantage la crise.
Les deux parties se sont quittées s'en remettant à
la justice.
Pour nombre d'observateurs, " les deux responsables se règlent
les comptes après avoir mangé ensemble ". L'Asso.
Pa est un consortium de 18 associations dont l'Association Kissida
pour le Développement Rural du Passoré (l'AKDRP)
d'où sont issus les deux antagonistes. Au début
de l'association, il régnait une complicité insondable
entre les deux responsables. Ils se seraient "arrangés"
mutuellement au sein de l'association au détriment de la
base jusqu'à ce que la mésentente s'installe. A
l'image de Hamado Sanfo et de Mahamoudou Kindo, respectivement
lieutenant de Ramdé et de Samassékou, tous les membres
de l'Asso. Pa sont alignés sur les deux leaders. Depuis
que la crise a éclaté, l'association vivote. Plus
de financement, plus d'activités. Les bailleurs et les
projets partenaires se tiennent en retrait, le temps d'y voir
clair.
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L'affaire judiciaire
Plusieurs plaintes ont été déposées
devant le Parquet et le Tribunal de Yako. Certaines d'entre
elles ont été jugées et d'autres toujours
en instance. La première plainte, celle de Ramdé
contre le PCA pour détournement de 12 millions (le
montant détourné a été réévalué
à 24 524 771 FCFA à la date du 24 août
2009) n'a pas encore connu de jugement. La gendarmerie de
Yako a bouclé son enquête et a transmis son
rapport au parquet, mais les parties attendent toujours
de comparaître devant le juge. Le recours en annulation
formulé par Samassékou a connu son verdict.
Le juge a annulé le 17 novembre 2009 l'AG extraordinaire
du 13 juin et dissout le nouveau conseil d'administration.
En conséquence, le ministère de l'Administration
territoriale a annulé le 20 mai dernier le nouveau
récépissé au profit de l'ancien. Mais
cela n'empêche pas la partie déboutée
de continuer à revendiquer la paternité légitime
de l'association et à mener des activités.
L'ancien CA s'étant reconstitué autour de
son président Samassékou, il a prononcé
la suspension de Lacina Ramdé et de Christophe Konkobo.
Ousmane Samassékou affirme travailler actuellement
avec huit associations sur les dix huit qui forment le consortium
Asso. Pa. Selon lui, la porte est ouverte à toutes
les autres sauf celle qui préfèrerait la rébellion.
Les dix autres associations se sont constituées autour
du secrétaire exécutif. La bagarre se mène
à deux niveaux. Il faut gagner devant le juge pour
s'assurer la légalité et rassembler le maximum
de membres pour gagner en légitimité.
BO
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