|
Education
Grandes conférences du cinquantenaire
Sauver le patrimoine linguistique national

Par Germain B. Nama
La langue comme facteur de développement. C'est à
travers ce thème que le professeur Gérard Kiendrébéogo,
chercheur au CNRST, a fait le bilan de la colonisation au Burkina
Faso. L'événement s'est déroulé le
3 juin dernier à l'amphi 1000 de l'université de
Koudougou devant plus de 3000 personnes. Le Premier ministre Tertius
Zongo ainsi que de nombreuses personnalités provinciales
et régionales ont pris part à l'événement
qui consacrait le lancement des activités du cinquantenaire
de l'indépendance dans la région du Centre-Ouest.
La langue est l'élément moteur de la culture qui
est la caractéristique essentielle des communautés
humaines : " Enchaîne l'homme, dépouille-le
de ses biens et musèle-le: il reste libre. Retire à
l'homme son travail, son passeport, sa table à manger et
son lit: il reste riche. L'homme ne devient pauvre et ne perd
sa dignité que quand on lui vole la langue que ses ancêtres
lui ont léguée. Sans sa langue, l'homme est vraiment
perdu ". C'est par cette citation de Ignazio Buttitta que
le professeur Kiendrébéogo a résumé
l'importance de la langue pour l'espèce humaine. Malheureusement,
cette pièce essentielle de la culture humaine est à
la merci des contingences historiques: toute langue peut en effet
"s'épanouir et s'enrichir ou au contraire s'étioler,
tomber en désuétude et mourir. " C'est un destin
cruel pour cet instrument pourtant incontournable dans l'émergence
de la conscience nationale si nécessaire dans la mobilisation
des peuples pour le développement. L'importance de la langue
n'a pas échappé au colonisateur comme le montre
la lettre circulaire du gouverneur Chaudié du 22 juin 1897
" L'école est, en effet, le moyen d'action le plus
sûr qu'une nation civilisatrice ait d'acquérir à
ses idées les populations encore primitives et de les élever
graduellement jusqu'à elle. L'école est en un mot,
l'élément de progrès par excellence. C'est
aussi l'élément de propagande de la cause de la
langue française le plus certain dont le gouvernement puisse
disposer. Ce ne sont pas, en effet, les vieillards imbus de préjugés
anciens, ce ne sont pas même les hommes faits, pliés
déjà à d'autres coutumes, que nous pouvons
espérer convertir à nos principes de morale, à
nos règles de droit, à nos usages nationaux. Pour
accomplir avec succès cette uvre de transformation,
c'est aux jeunes qu'il nous faut s'adresser, c'est l'esprit de
la jeunesse qu'il faut pénétrer et c'est par l'école
que nous y arriverons. C'est vous dire, Monsieur l'Administrateur,
quelle importance j'attache au développement de l'instruction
publique, à la diffusion de la langue et des idées
françaises et au bon fonctionnement des écoles"
(Cité correspondance d'un gouverneur des colonies :Cité
Bokamba, 1984)
Malheureusement, ce qui est bon pour le colonisateur n'est pas
forcément bon pour le colonisé. Le bilan de la scolarisation
en langue française en 50 ans d'indépendance n'est
guère reluisant. Les statistiques les plus optimistes fixent
à 15%, le pourcentage de la population burkinabè
qui comprennent et parlent français. Et ce taux chute à
moins de 2% quand on considère le niveau réel de
compétence. Et le Pr. Kiendrébéogo de conclure
qu'il y a problème quand la langue des gouvernants diffère
de celle des gouvernés.
Que faire donc? La conviction du professeur est faite : sans indépendance
linguistique, pas de développement endogène et on
sait qu'il n'y a de développement humain qu'endogène.
C'est ce que traduisait magnifiquement le Pr. Ki-Zerbo dans sa
célèbre formule : On ne développe pas mais
on se développe. Dès 1969, les autorités
politiques nationales ont pris conscience du danger qu'il y avait
à laisser mourir nos langues nationales. D'où la
mise en place de la Commission nationale des langues, le développement
des campagnes d'alphabétisation, des écoles bilingues
mais aussi les opérations bantaré sous la révolution.
Malgré cet effort, constate le Pr. Kiendrébéogo,
nos langues continuent d'évoluer en marge de notre système
institutionnel qui fonctionne exclusivement sur la base du français
que près de 90% de Burkinabè ne parlent pas. Il
y a donc urgence à penser une politique linguistique avec
les langues nationales comme véhicule d'enseignement, d'information
et de culture et comme supports de développement. Il faut
pour ce faire commencer par balayer les préjugés
sur les langues nationales. On les dit incapables de véhiculer
la science et la technologie. On invoque aussi la multiplicité
des langues comme obstacles, autant de prétextes entretenus
par certaines élites plus soucieuses de conserver leurs
privilèges que d'éclairer la marche vers un développement
harmonieux. La décolonisation mentale reste encore à
faire et on n'y arrivera que par l'indépendance linguistique.
Il ne s'agit pas, dit le Pr. Kiendrébéogo, d'évacuer
le français mais de réaménager sa fonction
et son statut. Sa stratégie : commencer par la base pour
remonter vers le sommet en distinguant différents niveaux
: local, régional, national, interafricain, international
: " si mon business se limite à ma région où
les cauris servent de monnaie, je n'ai pas besoin de dollar ou
de l'euro pour vendre ou pour acheter ". Il ne sert à
rien d'imposer une langue à un niveau où il existe
déjà une autre qui remplit toutes les fonctions
! Est-on seulement prêt à faire le saut ? Rien n'est
moins sûr. Il n'y a pourtant pas d'autre alternative.
Ce jeudi 3 juin à l'amphi 1000 de l'Université de
Koudougou, il y avait comme un air de révolution. Après
les communications sur les résistances des peuples du Centre-Ouest
à la colonisation, la communication du professeur Kiendrébéogo
s'est inscrite dans la même ligne de combat pour la réappropriation
de l'identité africaine et pour un véritable développement
des peuples africains. Comme l'a dit encore le Pr. Ki-Zerbo, laisser
mourir nos langues nationales, c'est commettre un suicide culturel
alors que le développement se construit sur la culture.
A bon entendeur !
|
Economie au Faso
Croissance stable, pauvreté grandissante
Selon le Fonds monétaire internationale (FMI), le
Burkina Faso connaît une croissance économique
stable. La crise économique a affecté l'économie
du Burkina Faso que de façon limitée. Et même
si le prix du coton a subi une baisse, le PIB n'a été
que légèrement touché. De ce fait,
le FMI estime que le PIB est passé de 5,2 % en 2008
à 3,2% en 2009 et que la croissance économique
l'an dernier était légèrement plus
élevée que celle prévue. Malgré
cette situation, l'analyste du FMI, Murilo Portugal, estime
qu'à moyen terme, il y a lieu d'être positif
car la croissance économique au Faso devrait progressivement
se redresser.
Toutefois, la croissance PIB qui selon le FMI a été
inférieure à la croissance de la population
revêt un aspect négatif. Avec un taux de croissance
annuel de 3,4%, le FMI estime que la croissance de la population
au Burkina Faso est parmi les plus élevées
dans le monde. De ce fait, la théorie malthusienne
du FMI affirme que cela rend donc difficile la lutte contre
la pauvreté d'autant qu'il ya plus de bouches à
nourrir qu'il n'y a de ressources disponibles.
Les femmes et les hommes d'une nation étant ses forces
vives, il va s'en dire que la richesse d'un pays, générée
grâce à la pression créatrice, est déterminée
par sa population et non l'inverse.
Maintenant, le tout est de motiver cette création
or, c'est ce qui manque au Faso. Outre cela, la richesse
d'une nation dépend également du nombre de
personnes actives et de leur répartition dans les
différents secteurs économiques. C'est de
la qualité de cette main d'uvre que dépend
la productivité du travail et donc la production
globale.
En 2002, une étude menée par la Banque mondiale
(Growth Is Good for the Poor by David Dollar and Aart Kraay)
a conclu que les revenus des populations pauvres augmentaient
proportionnellement avec le revenu moyen. Cette augmentation
était presque systématique quelles que soient
les périodes et les pays concernés. Avec cette
étude, l'on constate que les populations d'un pays
bénéficient relativement des retombées
de la croissance.
Toutefois, le problème au Faso est que depuis le
début des années 1990, c'est-à-dire
l'avènement du "progrès continu pour
une société d'espérance", la redistribution
des ressources au Faso demeure très inégalitaire
tout en bénéficiant qu'à une fraction
minoritaire de la population, les Burkinabè sont
de plus en plus pauvres, manquent de plus en plus du minimum
permettant leur épanouissement (éducation,
santé, etc.). Pour preuve, les émeutes de
la faim en 2008 et le refus d'une grande frange de la population
de payer la Taxe de développement communale à
cause des faibles revenus, etc.
Pour cette année 2010, le FMI prévoit un PIB
de 4,4% et pour l'an prochain une croissance de 4,7%. Mieux
encore, sur la base de politiques économiques et
de plans de développements nationaux, le FMI est
encore plus optimiste en ce qui concerne le développement
à long terme du Faso. En effet, l'institution prévoit
des taux de croissance du PIB pour les années que
sont 2012, 2013 et 2014 à respectivement 5,5, 6,2
et 6,5%. Selon le FMI, la modernisation du domaine agricole,
son expansion et la production d'or, et l'impact des investissements
publics seront à l'origine de cette croissance. Il
faut dire que la vente en mars 2009 de 26 % du capital de
l'ONATEL (20 % par offre publique de vente et 6 % aux employés
de l'ONATEL) a constitué selon le FMI une étape
importante dans la modernisation de l'économie burkinabè.
Pour concrétiser ces estimations de croissance, cette
année, le FMI a octroyé un crédit d'un
montant total de 67,7 millions de dollars au Faso.
La véritable richesse d'une nation demeurant sa population,
la croissance économique doit accroître leurs
capacités à mener une vie pleine et créative.
Et ce processus doit se faire au bénéfice
de tous, de façon équitable quelque soit le
nombre de la population. La croissance démographique
est un facteur permissif de la croissance économique.
"La surpopulation relative n'a pas la moindre relation
avec les moyens de subsistance mais avec la manière
de les produire", a dit Karl Marx et c'est ce qu'il
faut au Burkina.
R.S
|
|