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Conflit
agriculteurs-éleveurs à Manga Est
Un an après, on panse encore les plaies
Les éléveurs sont de retour dans leurs campements,
mais le vieux Diané reste sceptiquen quant à la
cohésion entre les deux communautés
Par Merneptah Noufou Zougmoré
Après les récentes tueries de Gaoua, nous sommes
retourné à Manga-Est où en août 2007
le conflit qui avait opposé agriculteurs et éleveurs
avait fait aussi de nombreuses victimes. Notre objectif était
de nous rendre compte où on en est avec les engagements
contractés à l'occasion de la cérémonie
de réconciliation. Pour l'heure quelques actes corroborent
le discours officiel, mais les extrémistes sont aux aguets
et n'attendent qu'une situation favorable pour rallumer la flamme
de la haine.
Jeudi 19 juin dans la matinée, après une pluie bienfaisante
de la veille ou de l'avant-veille une frange importante des habitants
de toute la zone de Manga Est se trouve dans les champs. L'ambiance
en apparence ne fait pas penser qu'il y a moins d'un an, précisément
au mois d'août de 2007, des affrontements sanglants avaient
eu lieu dans la zone. Comme signe du climat d'apaisement après
la furie meurtrière de l'année passée, agriculteurs
et éleveurs fréquentent les mêmes marchés.
Mais au niveau des deux communautés, les réticences
sont toujours présentes. Après un exil de près
de cinq mois hors de leurs campements, les éleveurs sont
aujourd'hui de retour. A Kams-baongo un des campements des éleveurs
objet de saccages, Hassane Diané se souvient des dégâts
que le conflit les a fait subir. Les huttes de l'époque
ont toutes été incendiées comme l'attestent
des traces indélébiles sur place. Comme pour expliquer
sa crainte pour l'avenir il déclare après un moment
de silence: "la bande de terrain situé non loin de
nos huttes, je l'ai toujours exploité comme un terrain
de culture et cela durant 5 ans. A notre retour de Gogo où
on s'était réfugié, un agriculteur est venu
me dire que désormais c'est son champ. Il m'a intimé
l'ordre de ne plus m'y aventurer. " La solution pour Diané
est que l'Etat leur trouve un espace spécifique pour l'élevage,
autrement les problèmes entre éleveurs et agriculteurs
vont toujours se poser. Son père Boukaré Diané,
sexagénaire souligne avoir passé 26 années
à Kams-Baongo. Mais pour lui le conflit de l'année
dernière constitue une première depuis qu'ils y
ont élu domicile. Il y voit un précédent
grave, et craint qu'on ait du mal à recoller les morceaux.
La preuve assure un autre éleveur, Saïdou Diallo :
"quand un petit incident survient, les agriculteurs nous
disent de nous rappeler ce qui s'est passé l'année
dernière."
Les femmes victimes
La rixe qui a opposé Issaka Congo à Bouréima
Diané et qui a entraîné la mort du premier
avait eu un effet amplificateur sur tout Manga Est. Dans ce climat
général de vengeance, pas grand monde n'avait été
épargné. En particulier du coté des éleveurs
où même les femmes et les enfants n'avaient pas été
épargnés. Salimata Diallo en a toujours gros sur
le cur. Dans leur campement rien n'avait été
épargné. Des ustensiles de cuisine, des habits,
des bijoux ont tous été dévorés par
le feu. "Des calebasses, j'en avais 10, deux marmites, 10
sacs de maïs, 5 pagnes et des bracelets en argent. On n'a
rien pu prendre. Notre souci était de pouvoir partir avec
nos enfants." Avoue- t-elle. Des moutons et chèvres
ont également disparus dans le feu mais aussi de la volaille,
des habits, des chaussures et deux récepteurs radio. Les
femmes des éleveurs ont les mêmes appréhensions
que leurs maris. Elles se sentent à l'étroit. A
la question de savoir si elles ont recommencé à
vivre en bonne intelligences avec les femmes des agriculteurs
? Salimata Diallo répond : "comme nous sommes des
êtres humains, quand on se rencontre au marché on
se salue, mais ça s'arrête là." Le retour
à la paix des curs n'est pas encore pour demain.
Pour parer à toute éventualité les éleveurs
de Kams-Baongo ont construit un enclos autour de chaque campement.
Cela n'est pas sans conséquences s'empressent-t-ils d'affirmer.
On ne peut pas mettre un troupeau dans un enclos tout le temps
disent-ils. "Même sans les cultures dans les champs
on veut que nous attachions nos animaux." Soutiennent-t-ils.
En attendant, l'administration joue des pieds et des mains pour
que la paix s'installe définitivement à Manga Est.
L'enquête préliminaire diligentée par la gendarmerie
a déjà eu lieu et le procès verbal est entre
les mains du procureur à Manga. Pour ce faire, la gendarmerie
a auditionné les protagonistes et semble avoir dressé
un PV. Du coté des agriculteurs les avis sont partagés.
Les modérés souscrivent aux solutions contenues
dans les engagements pris le 31 août 2007 lors de la cérémonie
de réconciliation à l'école de Manga Est.
Les radicaux quant à eux réclament toujours le départ
de la communauté des éleveurs.
Les positions sont partagées
Les partisans du départ des peulhs estiment qu'il faut
leur trouver des espaces de pâturage appropriés pour
en finir définitivemant avec les conflits itératifs
entre les deux communautés. A V1, un village de Manga Est,
Oumar Ouédraogo, agriculteur est conseiller municipal.
Il estime pour sa part que la réconciliation est en marche
dans sa zone. Les agriculteurs et les éleveurs par le biais
des différentes rencontres organisées par l'administration
sont maintenant parvenus à des points de convergences.
Les esprits, affirme t-il sont entrain de s'apaiser. Il loue les
effort du maire de la commune rurale de Gogo qui chaque deux semaines
sillonne les villages pour rappeler aux uns et aux autres la conduite
à tenir. Issa Kabré du même village adhère
à l'idée de la sensibilisation continue pour que
les choses rentrent dans l'ordre. "Nous sommes dans la zone
il y a près de 30 ans. Une telle difficulté n'était
pas survenue si ce n'est celle de l'année dernière.
A quelque chose malheur est bon. Désormais chacun saura
raison garder." A-t-il indiqué. Il dit particulièrement
n'avoir pas de problème avec les éleveurs. "Vous
nous avez trouvé au marché assis avec un peulh,
c'est la preuve que ça va. Avant l'apaisement de la situation,
il ne pouvait pas s'asseoir avec nous." Kabré insiste
sur le respect des biens de l'autre. "Si les éleveurs
et les agriculteurs respectent chacun de son coté les biens
de l'autre le conflit de l'année dernière ne sera
qu'un vieux souvenir et il n y aura plus pareil événement."
Kamas Baongo n'a été qu'une victime collatérale
du conflit d'août 2007. Le meurtre de l'agriculteur Issaka
Congo s'est produit dans le village de Zembo.
L'administration joue
des pieds et des mains
C'est dans cette agglomération que des centaines de têtes
d'animaux ont été abattues. Deux éleveurs
y avaient perdu la vie. Quoi qu'on dise, en attendant l'installation
de la saison pluvieuse les uns et les autres restent inquiets.
C'est surtout pendant cette période que les problèmes
se posent avec les ravages que subissent les semis. Le Haut commissariat
de Zoundwéogo avec à sa tête sa première
responsable a initié une série de 10 tournées
en avril dernier dans les zones à risques pour exhorter
les deux communautés à la retenue. Selon le secrétaire
général du Haut- commissaire, Christophe Traoré,
lors des tournées ils ont exposé une pléthore
de problèmes généralement causes de malentendus
entre les deux communautés. La problématique de
la sécurisation foncière dont on attend le vote
de la loi au parlement a été décortiquée
par le directeur de l'agriculture qui faisait partie de l'équipe
de sensibilisation. La direction de l'environnement et du cadre
de vie a exposé les difficultés liées à
l'environnement. Les départements de Gogo, Bindé,
Gomboussougou , Béré, Nobéré, Guiba
ont reçu l'équipe de sensibilisation composée
de techniciens de différentes directions régionales.
Dans l'ensemble estime le secrétaire général
de la province, le ton est à l'apaisement. Une autre tournée
s'est déroulée en mai dans le même cadre.
Les difficultés sont toujours perceptibles, mais les sensibilisateurs
disent être sur le qui vive pour parer à toute éventualité
fâcheuse. Quant au cadre de concertation qui avait été
préconisé à la cérémonie de
réconciliation le 31 août, les conseils villageois
de développement (CVD) vont jouer ce rôle, de peur
qu'il n y ait un empiètement de responsabilités.
Ces conseils comprennent des représentants de chaque communauté.
Les patrouilles de la compagnie républicaine de la sécurité
(CRS) qui avaient cours ont cessé. Les CRS ont assuré
les patrouilles de septembre 2007 au 22 février 2008 soit
près de 6 mois. C'est la police de Manga qui en a charge
la surveillance de la zone de Manga Est tandis que celle de Bindé
supervise la zone de Kaïbo. Après le retour des éleveurs
il subsistait toujours des craintes mais grâce à
la présence des éléments de sécurité,
ils n'ont pas tardé à commencer à fréquenter
les marchés. La commune rurale de Gogo, commune dans laquelle
se situe le bloc de Manga Est le conseil municipal avec à
sa tête le maire Bernard Talato Bouda dit faire des efforts
pour empêcher un nouveau cycle de violences. Mais il reconnaît
qu'il y a des difficultés, parce que certaines habitudes
ont du mal à disparaître. Après le conflit,
des éleveurs auraient continué à se balader
avec des machettes dans les marchés, cela avait pourtant
été interdit. De l'autre côté, les
éleveurs aussi accusent les agriculteurs de fermer des
pistes de passage de leurs animaux. "C'est à cause
de toutes ces difficultés qu'à chaque session du
conseil municipal la récurrente question agriculteurs et
éleveurs revient." Le maire de la commune, M. Bouda
qui suit l'équipe du Haut commissaire dans ses tournées,
ne manque pas d'initier ses propres tournées pour la sensibilisation
dans sa zone. Pour ce qui est du dossier du conflit, il est pendant
devant la justice. Le procureur Amadé Badini qui dit avoir
reçu le procès verbal d'enquête de la gendarmerie
rassure que "le dossier suit son cours".
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Les engagements pris
par les deux communautés
L'engagement des éleveurs
Contribution à la lutte contre la divagation des
animaux
Interdiction du port de la machette par les jeunes
Interdiction de conduite de bétail par les jeunes
de moins de 15 ans
Recours aux dialogues et aux voies officielles en cas de
dégâts commis dans un champ par les animaux
des éleveurs
Lutte contre la consommation de la drogue et de toute sorte
de stupéfiant.
L'engagement des agriculteurs
Acceptation du tracé des pistes de transhumance
dans la zone pastorale
Arrêt de l'abattage systématique du bétail
en cas de dégâts constaté dans le champ
Création d'un comité paritaire en vue du renforcement
de la cohabitation pacifique
Lutte contre la consommation de la drogue et de tous les
stupéfiants
Comme mesures d'accompagnement à la mise en uvre
de ces différents engagements, la mission gouvernementale
prévoit entre autres, la création d'une commission
chargée de la réinstallation des déplacés
dont la date n'est pas encore déterminée,
le désarmement des "groupes d'auto défenses",
des sanctions contre les personnes reconnues coupables de
vandalisme et de meurtre, et la mise en place d'équipes
des patrouilles policière sur toute la zone aménagée.
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