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Pour cette Saint-Sylvestre, les Ouagalais
sont sortis nombreux fêter. Certains se sont retrouvés
dans des soirées privées pour prendre leurs repas.
D'autres ont par contre pris le chemin des maquis ou ont préféré
rester en famille.
Cris stridents, coups de sifflets, accolades, embrassades
flots de vux aussi bien réalisables qu'utopiques.
Zéro heure, ce jeudi 1er janvier 2004, chacun formule des
souhaits pour la nouvelle année.
A la salle Dimakho de l'hôtel Indépendance de Ouagadougou,
une soirée privée regroupe près de deux-cent
convives. La moyenne d'âge tourne autour de 35 ans. Entre
plats européens au nom aussi troublant qu'évocateur
(poulet sauce diable) et bouteilles de champagne, de vin ; la
joie et la bonhomie se lisent sur les visages. Au dessus de leur
tête, pendent des guirlandes multicolores et des jeux de
lumière scintillante.
Le froufrou des vêtements et le toc-toc des chaussures neuves
sur le sol récuré sont noyés par la musique
des années 60. La gaieté de cette fin d'année
s'exprime sur la piste de danse. Ces jeunes d'un soir redoublent
de prouesses dans leurs mouvements. "Notre soirée
s'adresse à tout le monde, si pour 25 000 f cfa, nous pouvons
donner du sourire, c'est l'essentiel", déclare Nicole
Ouédraogo, maître de cérémonie de la
soirée et présidente du club Inner wheel zoodo de
Ouagadougou.
"Se permettre des brins de folies pendant les fêtes
de fin d'année défoulent. C'est pourquoi, je ne
lésine pas sur les moyens financiers pour me faire plaisir",
lance Ibrahima Ouédraogo, cadre dans une société
de la place. Il a déboursé 35 000 f cfa pour la
soirée du Réveillon au mess des officiers.
Le Réveillon 2004 se déroule aussi bien dans des
cadres feutrés que dans la rue. En cette nuit de l'harmattan,
l'avenue Kwamé N'Krumah, royaume des boîtes de nuit,
est en ébullition. Les couples s'embrassent, se caressent,
se frôlent
C'est le paradis des noceurs, le royaume
de la volupté. On y devine plus qu'on ne voit des couples
en étreinte. "C'est la fête et tout est permis"
lance ivre d'alcool et de joie un jeune homme.
A l'hôtel de ville de Ouagadougou, environ 500 Ouagalais
se sont donnés rendez-vous aux environs de minuit pour
admirer le feu d'artifice du Nouvel An. " Depuis 1999, C'est
une façon pour le maire d'accompagner sa population dans
la nouvelle année
", affirme Adama Zerbo, directeur
des relations internationales de la mairie de Ouagadougou.
Après le feu d'artifice, la brigade verte (les femmes chargées
du nettoyage de la ville de Ouagadougou) offre de la musique et
danse traditionnelle. La foule en liesse admire et bénit
Dieu d'avoir vu 2004. Parmi elle, un couple allemand venu pour
vivre autrement les fêtes de fin d'année au Burkina.
Dans les différentes artères du quartier Zogona
de Ouagadougou, à 2h du matin, il y a foules excitées
devant les maquis de plein air. Les sonorisations nasillardes
déversent leurs flots de décibels. Quelques fêtardes
en virtuose du mapouka se déhanchent sur des rythmes endiablés.
Les maquis, en cette nuit, ont atteint une affluence record. La
bière à "coulé". Yvonne Diallo,
gérante du maquis 20 mars au secteur 30 est toute joyeuse
: "la boisson fraîche étant finie, les clients
ont réclamé les boissons à température
ambiante. A un certain moment, on a eu une rupture. Plus notre
maquis a été transformé en dancing et jusqu'à
5 heures du matin, les clients venaient toujours".
Trois heures du matin, les klaxons intempestifs des motocyclistes
et d'automobilistes résonnent plus forts. Les conducteurs
respectent encore moins le code de la route. Les piétons
pressent le pas. Les chauffeurs déjà sans courtoisie
pour les passants et leurs congénères deviennent,
de véritables fauves. Il reste deux heures et ce sera fini
pour cette soirée. Certains, pour ne pas vivre cette tornade
d'ivresse, sont restés à domicile pour fêter.
"Les périodes de fête sont généralement
des moments où il y a pas mal d'accidents. Aussi, je préfère
éviter les déplacements et fêter à
domicile avec toute ma famille." confie Isidore Traoré,
homme d'affaires et habitant à la Zone du bois.
D'autres Ouagalais ont dû organiser leur Réveillon
à leur lieu de travail. C'est le cas de Marthe et de petit
ami, infirmier à Yalgado. " Mon copain est de garde
depuis 17 h ce 31 décembre, je suis venue de Banfora pour
le soutenir et lui prouver que je l'aime. Même si nous ne
sommes pas sortis ce soir, je ne regrette nullement cette expérience
". A ses propos, un grand sourire fend le visage de l'infirmier
de garde.
Ramata Soré
Soirées
privées
baromètre de l'aisance sociale
Plus le temps passe, plus les habitudes et les modes de divertissement
changent aussi. Les soirées privées, en ces
fêtes de fin d'année, sont légion. Riches
ou pauvres, chacun organise à sa façon sa Saint
sylvestre.
De la sobriété des soirées dominicales,
les Burkinabè organisent de plus en plus des soirées
privées dans des cadres réservées comme
les hôtels ou les restaurants de renom, lieux confortables
et conviviaux pour se divertir et savourer la nouvelle année
entre intimes.
Ces types de soirées ont timidement commencé
au début des années 90 pour se généraliser.
L'engouement pour ces soirées résulte à
la fois d'un changement de mode de vie et d'une certaine évolution
du pouvoir d'achat. " Le niveau de vie des Burkinabè
augmente. Et chacun par rapport à ses revenus aspire
au plaisir en cherchant des services de qualité qui
répondent à ses attentes ", c'est ce que
constate Nicolas Tigasse, gérant de boîte de
nuit.
Ainsi, " les Ouagalais-bourgeois " se réunissent
dans des clubs ou cercles privés pour se souhaiter
la bonne année et la prospérité. Leur
richesse transparaît dans leur habillement et la consommation
de nourriture ou de boissons de renom : champagne et vin dont
la bouteille avoisine les 25 000 f cfa.
L'organisation de ces soirées privées est le
reflet de l'évolution sociale des certains et de l'installation
de la société de consommation.
R. S. |
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La Saint-Sylvestre à
l'Hôpital Yalgado
" Avec zéro décès au 31 décembre,
c'est un miracle. Le 24 décembre, à 16 heures,
il y avait cinq décès." Il est 4 heures
45 minutes lorsque Inoussa Zabsonré, Interne au service
de triage de l'Hôpital Yalgado donne ces chiffres.
Dans ce service, l'on accueille les accidentés de
la circulation. Sur les visages des accompagnants des victimes
se lit une tristesse doublée d'inquiétude.
Chacun s'inquiète du sort de son malade.
"Sur 5 cas d'accidents, 3 sont dus à l'effet
de l'alcool. Cette année, on a reçu moins
de malades. Il est à présent 2 heures du matin
et depuis 17 heures, on est à 15 blessés.
", déclare l'interne. Marc, 23 ans, saigne abondamment
du nez et de l'arcade sourcilière. " C'est sûr
qu'il a bu de l'alcool. Après la radiographie, les
médecins ont décelé une fracture crânienne."
confie l'accompagnant de Marc. Les accidentés aux
blessures légères sont libérés
après avoir bénéficié de soins.
Un infirmier, plaisante avec les malades. C'est sa façon
à lui de les aider à oublier le fait qu'ils
réveillonnent à l'hôpital. " Avec
ce que j'ai vu aujourd'hui, la meilleure façon de
célébrer le 31 décembre, c'est de rester
chez soi. ", confie l'accompagnant de Marc.
A Yalgado, il y avait aussi de la joie, ce 31décembre.
A la maternité, 16 bébés sont nés
(10 garçonnets et 6 fillettes). Le premier bébé
de l'année 2004, un garçonnet, a vu le jour
à 00 heure 58 minutes.
Souleymane Zaré
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