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Le continent noir peut profiter des outils
interactifs du web deuxième génération
si et seulement si il s'adapte à ses réalités
sociales, culturelles et économiques
C'est
ce qui ressort de deux rencontres internationales sur les
TIC organisées par la FAO et l'Institut Panos. La
première a eu lieu du 24 au 27 septembre 2007 à
Rome en Italie. La seconde à Dakar au Sénégal
du 13 au 15 décembre 2007.
Les défis liés aux objectifs du partage de
connaissances varient et dépendent des zones géographiques
dont on est originaire et dans lesquelles on intervient.
Quatre panélistes, intervenant dans des zones rurales
en Afrique, partagent leurs expériences et actions
sur le terrain du développement, donnent leurs appréciations.
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Par Ramata Soré
"Là, d'où je viens, nous faisons face à
deux grands défis concernant l'accès aux technologies
de l'information et de la communication. L'infrastructure est
l'un des très grands défis. De nombreuses personnes
ignorent ce qu'est un courrier électronique.", souligne
Dorothy Mukhebi de la structure Asareca/Rain intervenant en Ouganda.
Puis de renchérir que "Cette situation concerne la
majorité des Africains". La seconde problématique
est liée aux compétences. Aussi Dorothy préconise
la modification du processus d'apprentissage en Afrique afin de
favoriser un accès aux technologies. "Je pense, par
exemple, qu'avec la téléphonie portable, beaucoup
de progrès ont été enregistrés dans
certaines communautés rurales africaines. C'est le cas
pour le transfert d'argent. Le contenu est donc très important.
Quel moyen pour quel contenu ? Ce questionnement permet de répondre
à la problématique de l'innovation car même
si les outils sont disponibles et si l'on n'a pas de contenu disponible
et adéquat, cela est inutile" ajoute Dorothy.
Pour Michael Powell, les défis du partage de connaissances
sont plus liés à un changement de stratégies
de partage de l'information. La méthodologie qu'il a adoptée
est plus basée sur les échanges plutôt que
la formation univoque et verticale. Il affirme que selon une évaluation
faite dans 6 pays africains, les personnes ne s'intéresseraient
pas aux mêmes choses selon leur genre et selon l'endroit,
dans une même zone géographique, où elles
résident.
L'un des défis majeurs est lié à la recherche
de la bonne information car la question de l'actualité
fait que l'on trouve difficilement des réponses fiables
à des questions précises. "Je pense que l'on
doit prendre des mesures simples par rapport à la qualité.
Il faut un contrôle de la qualité en dépit
de l'existence d'outils tels del.icio.us qui regroupent les données
selon des thématiques bien précises", propose
Michael.
Mike Pereira de Development gateway Foundation affirme que pour
son organisation, les systèmes d'alerte permettent d'informer
les membres des communautés dans lesquelles sa structure
uvre. Toutefois, peu de personnes visitent le site web à
la recherche de l'information. Néanmoins, l'interactivité
est à l'honneur car les communautés participent
à l'élaboration des contenus. Pour arriver à
cette participation, Mike Pereira reconnaît que "cela
nous a pris du temps de passer d'une organisation centralisée
à un système décentralisé".
Quant à Jennifer Heney de la Fao, elle confie qu'au niveau
des structures internationales oeuvrant dans le domaine du développement,
pour faire face au défi d'échange d'informations,
plusieurs discussions ont eu lieu car ces organisations internationales
souhaitaient collaborer plutôt que de se concurrencer. Elles
voulaient trouver une synergie pour collaborer. Ces initiatives
ont eu lieu bien avant le web.2 et la solution choisie était
qu'elles devaient utiliser les technologies de l'information et
de la communication. Pour les initiatives, le chef de file était
la FAO. C'est dans ce cadre que le Centre de partage de connaissances
dans le domaine des activités rurales a été
créé. Somme toute, pour Jennifer, dans la Communauté
du développement, les types d'activités ont pour
objectif de se mixer aux technologies déjà existantes
afin d'être utiles aux populations qui le désirent.
Ecueils et contraintes des TIC pour le monde rural
L'enthousiasme que dégage le Web.2 pour le développement
occulte certaines questions de fond que certains participants
n'ont pas manqué de soulever à la séance
plénière du mardi 25 septembre.
Le Dr Hansjorg Neun, Directeur du Centre technique de coopération
agricole et rurale (CTA) s'inquiète du sort des populations
défavorisées et analphabètes face à
l'appropriation des outils du Web2. Pour lui, il existe un hiatus
concernant le fait que des gens croient que l'Internet de deuxième
génération constitue un raccourci précieux
pour faciliter l'accès à l'information du monde
rural. Lorsqu'on prend les applications Web2 - blogs, wiki, tags
- l'interactivité qui les fonde laisse penser qu'elles
constituent une passerelle évidente et importante pour
l'accès à l'information du monde rural. "Quels
usages voulons-nous que les gens fassent du web2 lorsqu'ils ont
des problèmes de connectivité et d'accès
aux infrastructures de base?", s'interroge Anriette Esterhuysen,
directrice de l'Association for progressive communications (APC),
structure intervenant dans les pays en développement.
Selon elle, la réduction de la fracture numérique
entre le Nord et le Sud constitue une condition à la réussite
d'un développement par l'Internet participatif. Aussi,
Anriette Esterhuysen propose-t-elle une nouvelle approche dans
le renforcement des capacités des acteurs des pays du Sud.
"Il faut apprendre aux gens à utiliser les outils
seulement lorsqu'ils ont un accès, autrement c'est une
nouvelle forme d'exclusion qu'on encourage et cela viendra également
creuser des inégalités entre les nantis et les pauvres",
prévient-elle tout en plaidant pour un accès universel
à l'internet pour faciliter une participation plus démocratique
aux prises de décision.
La culture de l'oralité qui caractérise les pays
du Sud et la diversité linguistique exigent également
une certaine convergence entre les applications du Web.2 et les
outils de télécommunications plus accessibles au
plus grand nombre ainsi que l'adoption du plurilinguisme dans
le partage et la diffusion de l'information.
Au Pérou, il a été possible de mettre en
place, grâce au téléphone portable, un réseau
d'échanges qui relie plusieurs centres d'information aux
petits agriculteurs d'une localité afin de leur donner
des connaissances en matière d'irrigation dans une région
victime du réchauffement de la planète. L'usage
des Sms pour partager des informations sur le marché agricole
en Afrique de l'Ouest est également développé
par le Mistowa, à travers le réseau en ligne tradenet,
www.wa-agritrade.net.
Le SMS, un outil
de transaction
Le tradenet.biz est une adaptation parfaite des TIC aux besoins
du monde agricole. Selon Mark Davies, qui fait la promotion de
cet outil dans 13 pays de l'Afrique de l'Ouest, ce service constitue
une réponse au besoin d'informations des commerçants
sur les prix des produits agricoles.
Il s'agit d'un système de gestion d'information à
partir d'une plate-forme électronique qui permet aux abonnés
d'avoir connaissance des prix des produits agricoles, de proposer
ou d'obtenir une offre d'achat ou de vente à travers un
téléchargement de messages par SMS. "Dans ces
pays, l'accès aux prix des produits agricoles est très
complexe et frustrant. Nous avons donc essayé de réfléchir
à un modèle d'outil qui permette aux commerçants
de pouvoir rentabiliser leurs activités grâce à
l'information glanée sur les marchés", explique-t-il.
Le système enregistre déjà quelques succès
dans certains pays comme le Nigeria, le Ghana et la Côte
d'Ivoire. En trois ans, tradenet.biz a mis en réseau plus
de 5 000 commerçants de produits agricoles. 60 250 informations
ont été diffusées à travers le réseau.
"43 millions de dollars ont été gagnés
grâce à l'utilisation de ces outils", précise
Marck Davies qui reconnaît cependant la nécessité
d'améliorer ce système d'information. Cette amélioration
concerne notamment la fluidité dans le prélèvement
et le traitement des prix sur les marchés, le renforcement
du processus participatif et la mise en confiance des communautés
qui hésitent encore à adhérer au réseau.
" Je pense que le Sms peut devenir un outil de transaction
intéressant et efficace en Afrique. Nous sommes à
l'étape de balbutiement et il nous faut encore un peu de
temps pour mesurer l'impact réel de cet outil sur les bénéficiaires
", estime Mark Davies.
Autant d'exemples pour montrer que le processus participatif que
facilite le Web 2 ne serait efficace pour le monde rural que lorsqu'il
emprunte des outils qui se basent sur l'oralité et la complémentarité
entre Internet et les moyens de communication populaire. Il s'agit
donc pour les développeurs d'applications d'envisager des
technologies plus adaptées au contexte socio-économique
des pays en développement. Sinon, l'excitation positive
que procurent les outils de Web.2 ne serait que pur fantasme pour
les vrais acteurs du développement à la base n
Ramata.sore@gmail.com
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