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Le Droit

L'obligation d'exécution de la décision de justice



L'administration a l'obligation d'exécuter ou de prêter la main, c'est à dire aider à l'exécution de la décision de justice. Ainsi quand la décision porte sur un litige entre personnes privées, l'administration doit apporter son concours pour exécuter la décision de justice en cas de résistance du perdant. Lorsqu'elle-même est concernée, elle doit se soumettre à la décision de justice et l'exécuter. Ceci est un élément essentiel de l'Etat de droit. Soumission des administrés à la règle de droit mais également et surtout soumission de l'administration elle-même. Mais cela ne l'est pas toujours et les exemples ci-dessous le prouvent suffisamment. En général, quand il s'agit de décisions avec effets pécuniaires, l'administration traîne à payer. Il est même arrivé que l'administration invoque l'absence de prévisions budgétaires pour motif de non paiement. Cependant, les cas qui mettent en péril le fondement même de l'Etat de droit sont les cas où l'administration refuse formellement d'exécuter la décision de justice et quand elle prend des mesures tendant à contourner la décision rendue par le juge. Ces cas ne sont pas très nombreux, mais ils sont significatifs de la conception que l'Exécutif se fait du principe de la séparation des pouvoirs.
La première affaire se déroule dans les années 1974-1975. Des fonctionnaires admis au concours de l'ENA (Ecole nationale d'administration) avaient vu leur admission annulée au motif qu'ils étaient à leurs quatrième, cinquième ou sixième participation au concours alors qu'il existait un texte qui limitait à trois le nombre de fois où un candidat pouvait prendre part à un concours de l'ENA. Ils avaient à l'époque saisi la Cour suprême et celle-ci avait annulé la décision de l'administration qui les excluait de la liste des admis par un arrêt daté du 11 février 1975.
Ils saisirent alors le ministère en charge de la Fonction publique ; ministère de tutelle, pour demander leur réintégration conformément à la décision de justice. L'affaire fut portée en Conseil des ministres du 30 avril 1975. Le Conseil délibéra et décida de ne pas exécuter la décision rendue par la Cour suprême. Le ministre en informa les intéressés par lettre en date du 7 mai 1975.
Et les voilà de nouveau devant la Cour suprême. Appréciez, chers lecteurs, la leçon de droit que l'organe suprême de l'institution judiciaire va donner au Gouvernement :

Attendu que, de droit établi :
- la sécurité des relations juridiques exige que les décisions de toute juridiction, administrative comme judiciaire, ne puissent être remises en question et que le plaideur triomphant soit libre d'exercer les entières prérogatives qui lui furent reconnues,
- jugements et arrêts s'imposent tant à leurs auteurs qu'à l'administration, que l'on ne saurait admettre à revenir devant le même juge pour obtenir de lui une sentence différente ni, a fortiori, à contraindre l'adversaire, par inaction voulue, arguties dilatoires ou refus direct d'exécution, à rouvrir le litige,
Attendu que la méconnaissance de ces principes fondamentaux de la procédure constitue une atteinte flagrante à l'indépendance d'une juridiction souveraine et un empiètement d'une gravité telle que l'acte l'exprimant doit être déclaré inexistant,
Attendu que la lettre du 7 mai 1975 est nulle et de nul effet, que rien ne s'oppose à l'exécution de la décision du 11 février 1975.
A la suite de cette deuxième décision, les intéressés furent réintégrés à l'ENA et certains d'entre eux devinrent de grands commis de l'Etat.
Le refus direct a l'avantage d'exprimer nettement la position de l'administration et de permettre au justiciable de repartir devant le juge pour faire constater le refus d'exécuter et obtenir une " décision confirmative ". Mais quand l'administration use d'inaction et/ ou d'arguties dilatoires, l'affaire peut traîner des années et des années.
Jugez-en plutôt. Licenciés en Conseil des ministres en juillet 1995, deux agents de l'Etat avaient saisi la Cour suprême. Par arrêt en date de juin 1999, la Chambre administrative annulait leur licenciement. Cela signifiait pour eux la possibilité et le droit de reprendre service et de voir reconstituer leurs carrières par le constat des avancements qu'ils avaient manqués tout le temps qu'a duré le licenciement. Pendant qu'ils étaient dans l'attente d'une décision de réintégration, l'administration prenait, en février 2000, un arrêté de suspension avec effet rétroactif pour compter du 2 août 1995. Or les actes administratifs sont régis par la règle de la non-retroactivité. Et c'est l'un des principes de base du droit administratif.
Première observation, on constate qu'entre la date de l'arrêt (juin 1999) et la date de l'arrêt de suspension (février 2000), il s'est écoulé huit mois, illustration de ce que le juge suprême a qualifié ci-dessus d'inaction voulue. Ainsi alors que les intéressés étaient dans l'attente d'un arrêté de reconstitution de carrière et de remise en activité, l'administration cherchait une parade pour contourner la décision de justice, pour éviter de l'exécuter.
Deuxième observation, sous un motif de droit, l'administration prend une mesure dilatoire juste pour nuire puisqu'elle sait que le moyen n'est pas recevable. Ils saisissaient une deuxième fois le juge administratif. En mai 2002, l'arrêté de suspension est annulé pour violation du principe de non rétroactivité. L'administration pourrait s'en tenir là et se conformer à la décision de justice. Non, elle va se livrer à ce que les juristes qualifient d'abus de droit. Puisque les voies de recours existent, elle va y recourir. Tout en sachant donc que son appel n'a aucune chance d'aboutir, l'administration fait appel courant juillet 2002 au motif que la décision de justice viole la loi. Arguties dilatoires. Le 30 janvier 2004, le Conseil d'Etat confirmait le jugement de mai 2002.
Malgré toutes ces décisions rendues en leur faveur, les intéressés n'ont pas encore pu reprendre service. L'administration a systématiquement pris une mesure ou une autre qui lui a permis de différer l'exécution des décisions de justice. D'ailleurs pour l'un d'entre eux, ce ne sera plus possible puisqu'il est décédé avant l'aboutissement des multiples procédures .L'autre a introduit une requête, la dernière peut-être, par laquelle il a demandé que le juge se prononce expressément sur la réintégration et la reconstitution de carrière. Une décision de justice est tombée le 28 septembre 2006. Il faut espérer que celle-là sera la bonne. Mais le constat est là, déplorable pour l'image de l'administration burkinabè. Treize ans que dure une sanction irrégulière par inaction et par dilatoire, le " justiciable triomphant " pour reprendre le mot du juge, n'arrive pas à obtenir l'exécution diligente des droits que le juge lui a reconnus.
Pour clore, c'est qu'il faut espérer que dans notre administration, des considérations étrangères pour ne pas dire personnelles interfèrent de moins en moins dans la gestion des choses et des gens.

Ksé

Humeur
Présidentielle américaine
Jeunesse africaine en quête d'un nouveau bourreau !

 

Il n'est pas surprenant de voir dans ces derniers temps de jeunes africains soutenir par delà la distance et les réalités politiques la candidature très médiatisée de Barack Obama aux Etats-Unis. Partout, même dans notre célèbre Burkina, des voix se sont faites entendre sur cette question. On se rend bien compte que l'avalanche de soutiens à Obama ne repose que sur la couleur, sa filiation au Kenya, que sur un programme de gouvernement. Toute chose qui n'est que la conséquence logique d'un traumatisme freudien. C'est là la pire forme de la négritude prônée par un certain Senghor dont l'appel négritudien avait fini de créer des négroïdes, c'est-à-dire leur redonner la couleur et la culture noire tout en leur arrachant les richesses matérielles, économiques, intellectuelles au profit de notre idéologisant Occident.
Un soutien à Obama de la part de la jeunesse africaine porte à croire que l'Afrique est totalement émoussée du point de vue des perspectives de développement, de réappropriation de notre économie et de nos valeurs morales. Tout porte à penser que la jeunesse africaine se trouve " à la croisée des chemins " et a finalement emprunté le chemin des chemins politiques qui ne mène nulle part.

Obama est un Américain

Il n'est pas superflu de dire que Obama est un Américain. Depuis Mitterrand, on a compris que les chefs d'Etat en réalité ne font la politique que dans l'intérêt des grands groupes financiers et religieux. Ce sont ces groupes, sous forme d'ombres, qui font la pression et mènent les grandes décisions politiques et économiques. Dans ce sens, Obama ne saurait se soustraire d'une telle logique au risque de finir comme Kennedy. Cela implique de fait qu'il travaillera à maintenir les intérêts de la grande Amérique au mépris du droit, de la vie humaine, des cultures. Il travaillera et de façon planifiée comme un esclave quand il veut plaire à son maître, à détruire et saboter toutes les structures déjà fragiles dans les économies périphériques. N'oublions pas que l'Amérique veut être éternelle. Et cette éternité se conjugue sous des vocables meurtriers tels que : Irak, Afghanistan, Guantanamo, Palestine et bientôt… C'est une logique bien connue de l'hyper-puissance qui a besoin pour maintenir cet état de fait d'imposer ses inclinations en idéologisant l'économie, la politique, la morale, la culture, l'alimentation.
La couleur, surtout noire, n'est plus une valeur de civilisation. "Je suis fière d'être Noir" s'apparente aujourd'hui à une idiotie sans comparaison. Il n'y a qu'à regarder dans nos comportements, nos plats et notre politique pour s'en convaincre. Tout aujourd'hui repose sur des intérêts bien ficelés, hiérarchisés et solidement protégés par des institutions comme le FMI, la Banque Mondiale, l'OMC, et la grande et très médiatisée ONU qui se veut l'Organe suprême, l'œil de Caen des intérêts des plus riches.
Dans un tel univers plus que chaotique où circulent hors taxe hors douane l'impunité, le désordre organisé, l'anéantissement à grande échelle, présentant la vie des riches comme la seule valable et l'Américain comme un Homo Deus (égal de Dieu), on se plairait à rire de la naïveté agressive de ces jeunes Africains.
Pour se convaincre de cette naïveté, il n'y a qu'à parcourir le programme du dieu noir préparé psychologiquement dans la tête des Américains à travers la célèbre série 24h Chrono qui voudrait présenter de façon insidieuse le Noir également comme un être ayant des aptitudes à diriger au même titre que le Blanc. C'est ce qu'on pourrait appeler "négrologie". Obama est un faire-valoir et il le sait. Voilà pourquoi il ne s'hasarde pas sur le terrain périlleux du lobby juif. Il faut au nom de l'intérêt laisser les Israéliens finir le travail, c'est-à-dire diminuer et neutraliser ces infestants palestiniens.
Pour l'Afrique, que propose-t-il sinon que continuer à piller de façon déguisée les richesses africaines. Il n'y a pas lieu de se leurrer sur les capacités de Obama à sauver l'Afrique. C'est un rêve de bambins et une attitude de clochard. "Un bourgeois, disait Norbert Zongo, n'a pas d'amis en dehors de la bourgeoisie". Le slogan de Bill Clinton, pendant sa tournée en Afrique, "Trade, not aid" est révélateur. Pis encore, Sarkozy nous donne un bel exemple de real politik.

Ce que doit comprendre
la jeunesse africaine

Une jeunesse qui vit au rabais son engagement à l'édification d'une société juste est égarée. Une jeunesse qui décide de vivre la politique de son existence par procuration est une jeunesse qui ouvre la porte à un assistanat malheureux et dépersonnalisant. Au regard de tous ces soutiens à Obama, à l'évidence suicidaire, il y a lieu pour elle de repenser et de repanser sa place dans l'action politique au plan communautaire et mondiale. C'est une exigence. Comme le dit Le Professeur Joseph Ki-Zerbo "on ne développe pas, on se développe". Nul donc ne viendra développer cette Afrique pour nous. Elle sera la conséquence de notre haute vision de notre place dans ce monde de géants carnassiers de multinationales. Car la plus grande dépossession qu'une jeunesse puisse vivre, c'est de ne pas pouvoir discuter et s'approprier les questions qui mettent en scène son existence, sa vie.
Tous les plans superposés dans les couloirs des présidences pour les Africains ne sont en réalité que des plans suicidaires contribuant à accentuer de façon drastique l'inégalité entre Sud et Nord et reconnaître de façon définitive que les Noirs en tant que relégués aux égouts de l'Histoire doivent aller chercher asile, aide et conseils auprès des "élus de Dieu" basés à l'Elysée et à la Maison Blanche.
La jeunesse africaine a tout à gagner en devenant maître du jeu au lieu d'être des pions de damier manipulable à loisir.

NDO Oli Jean-Pierre
Enseignant à Bogandé



© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 15 Septembre 2008