Les
principes généraux du droit
Le lecteur régulier de cette rubrique aura relevé
à travers ses lectures l'emploi répété
d'expressions comme "principe général du
droit, principe général, principe que le juge
administratif évoque souvent pour étayer sa décision
".
L'objectif de cette rubrique étant de vulgariser le droit
administratif, nous nous proposons dans les articles à
venir de prendre un principe général de droit,
d'en faire l'historique et d'en rechercher les applications
dans la jurisprudence burkinabè.
Pour l'heure, nous allons présenter ce que sont les principes
généraux du droit. On a coutume de dire que le
droit administratif est un droit fondamentalement jurisprudentiel,
c'est-à-dire un droit qui s'est construit surtout à
partir des décisions de justice.
Il semble que l'expression " principes généraux
du droit " est apparue pour la première fois dans
un arrêt rendu du 8 février 1873. Formellement,
c'est dans des décisions rendues en 1945 que le Conseil
d'Etat affirmait l'existence "de principes généraux
du droit applicables même en l'absence de texte ".
Pour expliquer la force, l'autorité de ces principes
généraux du droit, un président du Conseil
d'Etat les présentait comme " des règles
de droit non écrites, ayant une valeur législative,
et qui, par la suite, s'impose au pouvoir réglementaire
et à l'autorité administrative, tant qu'elles
ne sont pas contredites par une loi
. "
Létourneur, célèbre commissaire du gouvernement,
déclarait "qu'à côté des lois
écrites existent de grands principes dont la reconnaissance
comme règles de droit est indispensable pour compléter
le cadre juridique dans lequel doit évoluer la nation
".
Une fois affirmé que les principes généraux
du droit ne sont pas des règles écrites, la tentation
est grande d'assimiler les principes généraux
du droit à une sorte de droit coutumier. Or, il y a une
différence fondamentale entre la coutume et les principes
généraux du droit.
En effet, si la coutume naît de l'usage répété
dans la durée, il suffit d'un jugement rendu par la plus
haute juridiction pour faire jurisprudence et créer éventuellement
un principe général du droit.
Les principes généraux du droit, création
du juge administratif, sont élaborés pour des
motifs d'équité en vue d'assurer la protection
des droits et libertés des citoyens.
On peut néanmoins se poser la question de savoir d'où
vient que le juge à qui il n'est pas reconnu un pouvoir
normatif, c'est-à-dire le pouvoir d'éditer des
règles à l'instar du législateur ou du
détenteur du pouvoir réglementaire, énonce
donc des principes généraux du droit qui ont valeur
normative et qui s'impose ?
La doctrine soutient que le juge ne crée pas, "
n'invente pas " les principes généraux, mais
qu'il les recueille. Il s'agirait d'une méthode d'interprétation
par laquelle le juge présume que la volonté du
législateur est de respecter les droits et libertés.
Il s'ensuit que les principes généraux du droit
ne sont pas une création ex nihilo. Ils sont en accord
avec la culture juridique, le contexte social et ils satisfont
à l'impératif catégorique suivant lequel
le juge ne peut refuser de juger "sous prétexte
du silence, de l'obscurité ou de l'insuffisance de la
loi."
On peut tenter un parallèle en disant que les principes
généraux du droit sont au droit administratif
ce que les théorèmes sont aux mathématiques.
Quant à la question de savoir pourquoi les principes
généraux du droit s'imposent au pouvoir règlementaire
et à l'autorité administrative, il faut, au-delà
de certaines positions administratives, y voir une simple question
de bon sens.
En effet, il suffit de constater que le juge est soumis à
la loi dont il ne peut apprécier la constitutionalité.
Ainsi, le requerrant qui attaque la loi devant le juge administratif
verra sa requête rejetée car le juge administratif
n'est pas compétent pour apprécier, se prononcer
sur la validité, la légalité ou la conformité
d'une loi avec la constitution.
Par contre, le juge administratif a le pouvoir d'invalider,
d'annuler, de censurer tout acte pris dans l'exercice du pouvoir
règlementaire ou encore par l'autorité administrative.
C'est donc que le juge administratif est au-dessus de la loi
et du décret. Et puisque le rang de l'auteur détermine
la valeur de la norme qu'il édicte, les principes généraux
du droit sont à situer à un niveau intermédiaire
entre la loi et le décret.
Dans une forme plus recherchée, on dira que les principes
généraux du droit ont un rang intra législatif
- inférieur à la loi- et supra décretal
- supérieur au décret.
Par commodité, on pourra dire que les principes généraux
du droit ont une " valeur législative ", sans
qu'il ne s'agisse véritablement d'un abus de langage
; mais il ne faut pas non plus le prendre au pied de la lettre
et soutenir que les principes généraux du droit
ont la même valeur que la loi.
Depuis l'arrêt fondateur du droit administratif, notamment
leur énonciation formelle en 1945, la liste des principes
généraux du droit ne fait que s'enrichir.
Dans les articles à venir, nous nous efforcerons de les
faire mieux connaître sans pour autant prétendre
à l'exhaustivité
Ksé
Humeur
Nous sommes inquièts !
|
Des numéros de L'Evénement, celui qui nous a
le plus effrayé et à la limite traumatisé,
c'est bien le numéro 127 du 10 novembre 2007. Nous avons
lu votre article intitulé " Pourquoi le procès
contre Sidwaya ? "
Par rigueur intellectuelle, il nous a paru diligent et impérieux
de réagir à travers un morceau choisi par nous.
Nous vous citons : " Devant une situation de cette nature
qui met sérieusement en doute ma probité et mon
honneur, que me reste-t-il à faire ? Me taire et laisser
prospérer le doute, en espérant que d'ici là,
personne ne s'en souviendra plus ? Ou demander par les voies
légales à Sidwaya d'aller jusqu'au bout de leur
insinuation et de permettre aux Burkinabè de connaître
le fin mot de l'histoire ?... C'est pourquoi ce procès
est pour moi de la plus grande importance. Si d'aventure, il
devrait y avoir, même un début de preuve que je
suis allé au Bénin commettre ce dont m'accuse
Sidwaya ; je deviens ipso facto indigne à faire ce boulot
et je tirerai sans la moindre hésitation les conséquences
qui en découlent. "
Sans verser dans l'exégèse, nous vous rappelons,
si vous n'avez pas perçu cette dimension, que vous écrivez
là quelque chose de dangereux qui pourrait nous laisser
croire et penser que vous êtes au journalisme en comptant
seulement sur des circonstances absolument favorables et non
dérangeantes. Non !
Ce métier noble que vous exercez, et vous savez mieux
que nous, porte en lui-même ses dangers et perversions.
Il nécessite et doit mobiliser une volonté et
un moral de fer à l'image de Norbert Zongo. Sachez Newton,
que vous n'avez pas de probité et d'honneur pour vous,
mais pour les autres et par les autres parce que vous êtes
le produit d'une société déchirée
et vous devez par devoir intellectuel en être l'écho
sonore.
Votre silence coupable face aux évènements de
votre temps apparaîtra comme une mutilation de vous-même
et du combat que vous avez mené jusqu'ici. Que faites-
vous de ces terribles et obsédantes paroles prononcées
par Norbert Zongo. : "Le pire n'est pas la méchanceté
des gens mauvais mais le silence des gens bien." Pensez-y,
car votre morale appartient désormais à ceux que
vous défendez inlassablement et à qui vous donnez
une consistance morale, citoyenne, politique et idéologique.
Savez-vous que vous êtes l'un des derniers remparts, le
dernier verrou contre l' injustice ? Si un simple jeu journalistique
doit vous faire avancer ces propos, il y a de quoi, pour nous,
d'être inquièts et de nous préparer au pire.
Quand vous affirmez : "je tirerai sans la moindre hésitation
les conséquences qui en découlent", nous
estimons qu'en toute logique, vous êtes comme ce général
parce que le camp ennemi a capturé sa femme, il abandonne
le combat. Certainement qu'il n'a pas perçu toute la
mesure de sa mission.
Cher Newton, sachez que désormais, vous ne vous appartenez
plus, vous n'appartenez plus à votre seule famille, vous
appartenez aux fils de la terre, vous appartenez définitivement
au forçat, à tous ceux qui mangent en pensant,
à tous ceux qui détiennent par devers eux les
clefs de l'enfer terrestre, vous appartenez au magma social
et vous y êtes intériorisé.
Alors de votre abnégation et de votre courage dépend
la justice sociale dans un pays dont la misère a contribué
à aiguiser votre sens de combat. Si un jour, il vous
vient à l'idée d'abandonner ce combat quelles
que soient les raisons, vous aurez inconsciemment ou consciemment
contribué à égarer définitivement
ceux qui vous regardent et croient encore en la justice.
La liberté pour vous n'est pas un fardeau, mais un suicide
parce qu'elle doit être dorénavant votre raison
d'être et la raison de votre être. Au cas où
vous abandonnerez ce combat, vous aurez contre vous ceux qui
vous salissent déjà et ceux, après abandon
du noble combat, qui vous insulteront et vous rejetteront comme
un malpropre, un inconséquent. Nous savons quel choix
audacieux vous ferez, mais surtout faites en sorte que ceux
que vous avez embarqués avec vous ne se retrouvent sans
pilote, sans guide , sans phare dans cette obscurité
ténébreuse.
En toute logique, pour confirmer les propos de Ernst Bloch :
" tout homme qui se sacrifie pour un autre, qui donne sa
vie pour une cause qui le dépasse et qui vise à
la libération de tous les hommes produit une 'théorie'
", celle que de par vos propos vous refusez d'assumer.
Ecoutez ces belles paroles de Pablo Neruda: " tu es la
patrie, les plaines et le peuple, le sable, la glaise, l'école,
la maison, la résurrection.
Le poing, l'offensive, l'ordre, la manifestation, l'attaque,
le blé, la lutte, la grandeur, la résistance.
".
Vous êtes devenu par votre journal tout et pour l'histoire
récente et à venir et de façon globale
et totale. Comme le disent les Anglais: " there is no way
back ".
A partir du moment où vous avez choisi de claquer la
porte à la très controversée "chaîne
du plaisir partagé " ; vous saviez ce qui vous attendait.
De par vos analyses pertinentes, vous avez suscité l'espoir,
celui qui en dépit des démocratures et donc des
manoeuvres dilatoires des dirigeants obnubilés et obsédés
par le pouvoir, permet de penser qu'une autre Afrique est possible.
La liberté d'expression est et demeure le dernier rempart
contre la paupérisation, la clochardisation, l'abêtissement,
l'animalisation et l'infantilisation des peuples bernés
à des drames dont ils sont les seuls perdants. Et pour
cela, votre choix, disons votre obligation de choix, vous a
conduit à ne plus vous appartenir. Et vous le sentez
certainement, cette douleur de ne plus vous appartenir, ce fardeau
lourd que vous avez porté comme tous les visionnaires
pour qui, un peu de pain, de paille, d'eau suffisent pour que
la pensée soit à la hauteur de l'humanisation
de l'humanité. Soyez-en conscient !
N'Do Oli Jean-Pierre
Boro Karim
Sawadogo Bassirou
Enseignants à Bogandé