FOCUS
Transports
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Quand
les ports profitent de la crise ivoirienne
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A la faveur de la crise militaro-politique,
le port d'Abidjan, hier plaque incontournable pour les pays sahéliens
a vu son marché se rétrécir au profit des
ports d'Accra, Cotonou, Dakar, Lomé et Tèma.
Les soubresauts du landernau politique ivoirien ont permis le
développement des ports des pays avoisinants, ayant un
accès à la mer, au détriment du Port autonome
d'Abidjan, le plus grand de la région.
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La crise ivoirienne a provoqué la réorganisation
des flux régionaux de transport. Jusqu'en 2002, le Port autonome
d'Abidjan traitait l'essentiel du transit des pays de l'hinterland de
l'UEMOA (Mali, Burkina, Niger).
Ainsi, la crise, à partir de septembre 2002, a contraint les
importateurs sahéliens à opérer une modification
de leurs axes de transport au profit d'autres ports. A titre d'exemple,
l'évacuation du coton par le port d'Abidjan, constituait 90 %
des exportations du Burkina et 75 % de celles du Mali.
A l'évidence, avant 2002, la forte dépendance à
l'égard de l'axe ivoirien était incontestable.
Avec une infrastructure de 34 postes à quai et un trafic total
en 2001 de 15 millions de tonnes, le port d'Abidjan est le deuxième
port d'Afrique de l'Ouest, derrière Lagos (qui affichait en 2001,
près de 36 millions de tonnes, hors pétrole) et le premier
de l'UEMOA.
Le Burkina qui a la chance d'avoir une ouverture sur chacun des quatre
ports (Accra, Cotonou, Lomé et Abidjan) a pu diversifier ses
sources d'approvisionnement et d'exportation, sans trop de soucis par
rapport à ses autres voisins.
Les Maliens optent pour Dakar
En effet, depuis septembre 2002, le port d'Abidjan qui
accueillait près de 65% du fret du Mali a été supplanté
par les ports de Cotonou, de Lomé et de Tèma.
Bamako est à 2200 Km du port de Téma au Ghana, à
2100 Km du port de Cotonou au Bénin, et à 2175 Km du port
de Lomé, au Togo. Malgré le renchérissement des
coûts de transport liés à la distance, les chargeurs
maliens ont détourné leurs cargaisons sur le port de Dakar,
dopés en cela par le renouveau de l'axe ferroviaire Dakar-Bamako.
Avant 2002, le port de Dakar accueillait près de 80% du trafic
conteneurisé des marchandises à destination du Mali, malgré
la vétusté du chemin de fer et les des longs délais
d'acheminement des marchandises.
Le Niger a commencé à utiliser les ports ghanéens
en 1999. En 2004, près de 8 000 tonnes de marchandises du Niger
ont transité par ces ports. La courbe a été ascendante
en 2000 avec 100 000 tonnes, 150 000 tonnes en 2001, 170 000 tonnes
en 2002.
Depuis 2003, en plus de Tema, le port de Takoradi est utilisé
par le Niger, en raison de l'engorgement du premier consécutif
à la crise ivoirienne.
Long de 1415 kms, le corridor Ghana-Niger (Abidjan-Niamey fait 1700
km) est exploité par des camions ghanéens qui transportent
plus de 95% des marchandises destinées au Niger.
Les différent sports ne ménagent aucun effort pour séduire
et attirer les pays du Sahel qui empruntaient l'axe abidjanais.
Depuis 2001, les autorités du port de Lomé viennent à
la rencontre des hommes d'affaires burkinabé, chaque année.
Celles d'Abidjan, de Cotonou et des ports ghanéens ont arpenté
la grisaille ouagalaise à plusieurs reprises aussi ces trois
dernières années.
Campagnes de publicité tous azimuts (dans la presse des pays
convoités), lobbying, facilitations administratives, réductions
de frais, nouvel équipement, l'offensive commerciale pour attirer
les opérateurs économiques sahéliens, n'est jamais
passée inaperçue. Tous ces ports disposent de bureaux
ou de représentations dans les pays voisins.
Avec un flux à l'importation qui s'élève à
548 000 tonnes de tonnes en 2003, contre 306 000 en 2002, un flux à
l'exportation qui est de 154 655 tonnes en 2003, contre 48 628 tonnes
en 2002, le port autonome de Lomé (PAL) est devenu le premier
port pour les Burkinabé.
Le fret total en fin 2004 est estimé à 752 655 tonnes.
Selon les responsables du PAL, le Burkina Faso représente 57%
du volume des importations (contre 18% pour le Niger, 13% pour le Mali)
et 62% au niveau des exportations, en 2003.
Pour rendre le PAL plus compétitif, ses responsables ont annoncé
un certain nombre d'innovations avant la fin de l'année.
Entre autres, la possibilité d'extension du délai de franchise
pour les containers des pays du Sahel, l'installation au port d'une
station-service carburant avec des tarifs réduits à 50%,
la construction d'une aire de stationnement pour les camions en vue
de faciliter les rotations, l'instauration d'un guichet unique pour
toutes les opérations portuaires d'import-export, un système
d'assistance aux camionneurs et de dépannage.
Créé en décembre 1964, le port de Cotonou qui est
le premier port de véhicules d'occasion (30 hectares pour la
réception des véhicules en transit vers les pays limitrophes,
ce qui fait plus de 200 000 véhicules par an, soit un chiffre
d'affaires de 300 milliards de F cfa.), offre d'énormes possibilités
portuaires : magasins-cales, entrepôts de transit, terre-plein
bitumé parcs à conteneurs aménagés, zone
franche mise à la disposition du Burkina, du Niger et du Mali.
Le port de Cotonou (dont les infrastructures ont été réhabilitées
dernièrement pour 7 milliards de F cfa) dispose également
d'installations spécialisées, d'un centre de stockage
d'hydrocarbures d'une capacité de 55 000 m2, de stockage et de
mise en bouteille de gaz butane d'une capacité de 3 200 m2. Dispositif
ultra moderne de stockage mis en service en 1999, cette infrastructure
assure le transit des produits pétroliers vers les pays de la
sous-région. Ce port, en terme de trafic, c'est 3 300 000 tonnes
en 2001 dont 2 700 000 tonnes à l'export. C'est également
30% de trafic en transit pour les pays de la sous-région comme
le Burkina, le Mali et le Niger
Le port d'Abidjan plie mais ne rompt pas. Malgré la crise et
le désenchantement de ses partenaires d'hier (les transporteurs
se plaignaient trop également du racket et de la xénophobie
sur les axes ivoiriens), le port d'Abidjan ne s'avoue pas vaincu et
tente par tous les moyens de reconquérir son marché.
Le port (poumon de l'économie avec 90% du volume des échanges
extérieurs du pays) a réalisé 36,4 milliards Fcfa
de chiffre d'affaires au 31 décembre 2004, contre 33,5 milliards
Fcfa pour l'exercice 2003; soit une hausse de 8%.
En 2004, le trafic marchandises s'est retrouvé à 17,78
millions de tonnes pour une recette de 17,8 milliards FCFA, contre un
trafic de 15, 52 millions de tonnes en 2003 et une recette de 17.09
milliards l'année dernière. Soit une hausse de 13,3 %
pour le trafic et de 4% pour les recettes.
Mais le trafic avec les pays de l'hinterland s'est effondré de
près de 11%, passant ainsi de 1.059.628 à 944.971 tonnes,
en l'espace de deux ans.
Les ports ghanéens
La crise en Côte d'ivoire a, en effet, vu le fret
en transit à l'import, destiné au Mali, au Niger et au
Burkina, augmenter de 140 % en 2002, avec un volume passé de
261 251 tonnes en 2001 à 627 773 tonnes en 2002.
La tendance s'est poursuivie en 2003, avec 385 129 t entre janvier et
juin, un total passé 724 347 tonnes entre janvier et octobre.
A l'export, le trafic en transit est lui aussi en hausse.
Le groupe français SDV signale 40 000 tonnes de coton exportées
par ses soins en 2003 par Tema. La Sofitex a ainsi exporté entre
janvier et décembre 2003 quelque 167 000 tonnes de coton, dont
31 000 via Tema, 12 500 via Cotonou et 123 000 par Lomé. L'essentiel
du trafic en transit est destiné au Mali (49 %), le reste se
répartissant entre le Burkina Faso (37%) et le Niger (12 %).
Situé plus à l'ouest sur la côte, à quelque
200 km de la frontière ivoirienne, le port deTakoradi est censé
offrir une alternative au plus grand port du pays, Tema, construit en
1952 et situé à 29 km à l'est de la capitale, Accra
et dont l'engorgement est devenu permanent.
Pour apporter son soutien au développement des axes ghanéens
qui débouchent sur les corridors des pays voisins, le Fonds africain
de développement (FAD) a octroyé au Ghana, en novembre
2003, un prêt de 92,35 millions de dollars , et un don de 5 millions
de dollars, pour financer le Programme Routier 1 (PR-1) qui est une
partie du Programme d'actions communautaires des infrastructures et
transport routiers (PACITR). Le PR-1 concerne le corridor Bamako-Ouagadougou-Accra-Tema
et relie les ports du Ghana, au Burkina Faso ,au Mali et au Niger.
Avec un trafic annuel croissant de l'ordre de 7% depuis 1995, le Port
de Dakar a traité à l'embarquement près de 2 622
000 tonnes en 2002.
L'extension et la modernisation du Port de Dakar, qui fait partie des
grands projets du Président Abdoulaye Wade va permettre ''de
hisser les infrastructures d'accueil, les coûts et les qualités
des services du Port de Dakar au niveau des standards internationaux''.
L'ambition des autorités sénégalaise est de faire
de Dakar un port principal pour la fonction Éclatement - Transbordement
sur la Côte Ouest. La mise en concession du chemin de fer Dakar-Bamako
(désormais géré par Transrail SA) a contribué
à développer l'axe ferroviaire et en même temps
donné un atout supplémentaire au Mali pour l'utilisation
du port de Dakar (qui a une façade maritime de près de
700 km).
Obtenir 30 milliards Cfa
Pour beaucoup d'observateurs, la création de Transrail
va doper l'axe Dakar-Bamako. En l'espace de quelques mois, le trafic
est passé de 8.000 à 20.000 tonnes/mois, pour s'établir
à 50 000 tonnes/mois. L'objectif, selon le Premier Ministre malien,
Issoufi Maïga est d'atteindre 100 000 tonnes/ Mois en 2005.
La construction prochaine de la route Kayes -Kidra -frontière
du Sénégal( en attendant le goudron de Bamako jusqu'à
Dakar)doit beaucoup améliorer les conditions du trafic vers le
Sénégal et faire de son port, le premier port du Mali.
C'est d'ailleurs pour se donner toutes les chances de se hisser au plus
haut niveau, que le port de Dakar a émis cette année,
un emprunt obligataire sur le marché financier.
Ce prêt garanti par un consortium de banques dont la Banque ouest-africaine
de développement (Boad), la Banque régionale d'investissement
de la Cedeao (Bric), le Fonds régional de développement
de la Cedeao (Frdc), le Fonds de garantie et de coopération économique
(Fagace), le Fonds de solidarité africain (Fsa) et la compagnie
bancaire de l'Afrique occidentale (Cbao), servira à la réalisation
de l'extension du terminal à conteneurs et la plate-forme logistique
de distribution n
Tiégo Tiemtoré