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FOCUS
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Mouloud à Ramatoulaye
La problématique de la guidance en question

Cette année, le thème de Mouloud à Ramatoulaye était en rapport avec le comportement des imams dans la oummah. Leur autonomie, leur exemplarité, en s'inspirant du prophète et la revivification des sanctuaires savants ont constitué la trame du discours du Cheikh Aboubacar Maïga II.


Par Merneptah Noufou Zougmoré


Comme à l'accoutumée, cette année encore, le Mouloud a drainé un grand monde à Ramatoulaye, localité située à 25 km de Ouahigouya. C'est dans cette agglomération que naquit Aboubacar Maïga I, le précurseur de la Tidjania au Burkina Faso. Le 26 février dernier, à l'occasion de la célébration de l'anniversaire de la naissance du prophète, pour la 88è fois dans cette localité, la mobilisation était au rendez-vous. Les fidèles des contrées environnantes et ceux venus des pays voisins sont venus fêter dans la ferveur religieuse l'anniversaire du "sceau" des prophètes avec le Cheikh Aboubacar Maïga II. Ils ont aussi saisi l'occasion pour renouveler leur attachement à la " tariqa " (voie) qui est le soufisme. Dès 14h, l'entrée de la cour du maître des lieux était prise d'assaut par une marée humaine et le souci de tous ces gens était de pouvoir s'incliner devant les tombes des deux précédents Cheikhs, notamment Sidi Mohamed Maïga I et Aboubacar Maïga I. Après l'accomplissement de ce rituel, c'est la cérémonie de salutations du " fadil "Aboubacar Maïga II. Pour des raisons de sécurité, les forces de l'ordre étaient obligées de tenir en respect tout ce grand monde. D'où des interventions musclées par moments. Dans la soirée, à l'issue de la dernière prière, la foule s'est réunie autour d'une grande estrade construite pour le besoin des Mouloud dans le but d'écouter les érudits. Tour à tour, chacun pendant une bonne dizaine de minutes venait rappeler les vertus du prophète, sa biographie et l'héritage qu'il a laissé à sa communauté. Entre deux prêches, il y avait un intermède pour les cantiques. Une chorale tenait les tidianites en haleine à travers des chants et poèmes d'hommage au "fils d'Abdoulaye et de Amina (les noms des parents du prophète)" Les plus connus des auteurs de ces poèmes hommage à Mohamed chantés par la chorale cette nuit étaient Kourtabi et Ahamad Fazazi.
La sortie du Cheikh a été l'un des moments solennels. Les ulémas et l'ensemble du public comme un seul homme répétaient le salut du prophète dans un bruit assourdissant et pendant plusieurs minutes. Quand le maître des céans s'est installé, la cérémonie s'est ouverte par la lecture du Coran. S'en suit une chaîne de discours où plusieurs orateurs sont passés magnifier l'islam et appeler à l'union de la oummah. Le Cheikh Aboubacar Maïga II a été le dernier à prendre la parole à l'aube, à l'approche de la première prière du jour. Son discours a relevé la quintessence de la thématique de la 88è édition du Mouloud à Ramatoulaye intitulée : "Le rôle de l'imam exemplaire dans l'éducation et le changement social à travers les enseignements du Saint prophète, paix et bénédiction sur lui." Sur ce sujet, il a exhorté les imams à avoir des comportements exemplaires vis-à-vis des musulmans qui les suivent en s'inspirant de l'attitude du prophète Mohamed qui est un modèle bien accompli. Il n'a pas manqué de leur dire de se départir de la paresse et de cesser d'être des charges pour les autres. L'imam exemplaire, pour Aboubacar Maïga II, doit avoir une activité qui lui procure de quoi subvenir à ses besoins. Il a étayé son propos par un hadith du prophète qui dit que : "Celui qui passe la journée en travaillant de ses propres mains, Allah lui pardonnera ses péchés durant cette journée". Poursuivant dans la même lancée, il a soutenu que tous les prophètes malgré la mission de prédications qui leur était assignée avait chacun un métier. Le prophète David fabriquait des boucliers et des épées, Idriss était un tailleur, Noé un menuisier. En plus de la recherche de l'autonomie financière des imams, dans son discours, il a fait mention du combat contre l'ignorance. Le Cheikh de Ramatoulaye appelle à la revivification des écoles scientifiques et coraniques et à l'incitation de la jeunesse à s'y intéresser. Ces sanctuaires de connaissances pour lui seront en mesure de s'opposer à la tentation matérialiste de la couche juvénile. C'est la seule garantie clame le Cheikh pour se prémunir du matérialisme sauvage que l'occident est entrain de véhiculer. Mouloud 2010 a plié sa natte par ce discours d'interpellation et les fidèles de la tidianiya se sont souhaités bonne fête dans la dévotion par des chants exaltant la grandeur et la générosité de Mohamed.

Le commerce s'invite au Mouloud

Mouloud est une occasion rêvée à Ramatoulaye de chercher de l'argent. Les commerçants, les acheteurs et les mendiants cohabitent dans une ambiance joviale. Mais le danger qui guette ce marché, c'est l'exiguïté. En plus de cet aspect, il y a le manque du minimum dans le transport de certains fidèles au lieu de la fête.

L'anniversaire du prophète Mohamed est un rite à accomplir pour une frange des musulmans au Burkina. Il est également une occasion rêvée pour certains commerçants de fructifier leurs affaires. Ramatoulaye, un lieu de convergence pour cette fête, accueille des centaines voire des milliers de marchands. Ils viennent une semaine avant et repartent une semaine après. Le 26 février, clou des festivités, le marché du Mouloud grouille de monde. L'ambiance est bon enfant et il faut élever de la voix pour se faire entendre. Comme articles, il y a une pléthore des livres les plus usités de l'islam, des accessoires comme des chapelets, des bouilloires et des tapis. Parmi des produits qui n'ont aucun rapport ni avec le Mouloud, ni avec la religion musulmane, on peut trouver les posters géants des stars du football africain tels que Eto'fils, Didier Drogba et de bien d'autres étoiles. Des bijoux de femmes, des bracelets, des vernis et les différentes parures sont au rendez-vous. Des pagnes wax dernier cri, des pagnes de la campagne du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) des années 90 et des pagnes de l'ancien président ghanéen Jerry John Rawlings et du président Thomas Sankara sont également dans le lot. A la question de savoir d'où viennent ces pagnes, le marchand débite des propos inaudibles. Sa préoccupation semble être essentiellement le marché et non la provenance de ses articles. Les fidèles au rendez-vous commercial annuel du Mouloud occupent leurs places. Parmi eux figure Sidi Yaya Ouédraogo de Bobo-Dioulasso. Il vend des livres coraniques et dit avoir totalisé 10 participations au Mouloud à Ramatoulaye. Il vient chaque année écouler ses marchandises et bon an mal an repart satisfait de son déplacement. Il en est de même de Mohamed Nacanabo qui, lui, est à sa 4è participation. Marchand de chaussures. Il n'arrête pas d'interpeller les passants qui s'approchent de son étal. Ceux qui s'arrêtent prennent une bonne dose de publicité. Il vente la qualité de sa marchandise. Pour tous ces commerçants, la difficulté durant leur séjour, c'est l'eau. Ils ont du mal à étancher leur soif et restent des jours sans se débarbouiller. Plus loin dans la cour du lycée Franco-Arabe de la localité, d'autres produits y sont exposés. Des tradi-thérapeutes proposent des tisanes, des poudres et talismans au public. On en trouve une gamme variée dont certaines prétendent soigner plusieurs maux. Un des prétendus guérisseurs, habillé en tenue traditionnelle teintée avec des allures de Dozo tente de persuader les gens d'acheter des bagues de protection. Une foule compacte l'entoure, il est en pleine démonstration, certains finissent par se convaincre de la véracité de ses propos. Passer la phase de la persuasion, l'assistance présente débourse chacun 500Fcfa pour se procurer la " bague protectrice ". Les mendiants sont aussi de la fête. Ils récitent une litanie de bénédictions pour les généreux qui leur offrent quelques pièces. Un groupe de 6 mendiants forment un orchestre. Leurs instruments de musique sont leurs sébiles et les quelques jetons qui s'y trouvent. Dans un mouvement d'ensemble, ils implorent le public à travers des chants de donner au nom de Dieu. Toute cette ambiance a lieu dans un climat d'insécurité criante. L'affluence est grande, les abris dressés contre le soleil sont des abris de fortune alors qu'aux mêmes endroits, se préparent le riz et bien d'autres mets. La place destinée aux marchands est exiguë. La maîtrise d'un éventuel incendie est difficile au regard de l'affluence. Malgré la présence de la Brigade nationale des sapeurs pompiers, d'aucuns croient qu'il faut délocaliser la place du marché qui a du mal à contenir le monde. Toutes les montures sont bonnes, l'essentiel est d'arriver à Ramatoulaye. Les gens sont perchés derrière certains des camions et ne se soucient de rien si ce n'est d'arriver à destination. On ne s'entoure pas d'un minimum de précaution pour la sécurité routière. Le Cheikh doit se faire entendre parce qu'en cas de survenue d'une catastrophe, c'est une partie de sa communauté qui en pâtira. Il sera lui-même moralement atteint. Le cas de Tombouctou où il y a eu plus de 20 morts cette année interpelle.

Merneptah Noufou Zougmoré

La tidjania des 11 et 12 grains
Le Cheikh Hamallâh ben Mohammed ben sidna Oumar pour les tidjanites onze grains est le "Qutb zaman", le maître du temps (le pôle du temps). Qu'est-ce que les onze grains ? Dans la confrérie de la tidjania, il existe un ensemble d'oraisons appelé "wazifa" qui se termine par une récitation appelée : "la perle de la perfection". Cette récitation est faite 11 fois par les adhérents de la voie. D'aucuns disent que la pratique de 11 grains relève de l'orthodoxie de la confrérie puisque les pratiquants se sont scindés en 2 à un certain moment de la marche de la "tariqa" (la voie). Il y en a qui pratiquent la perle de la perfection 12 fois comme d'autres en pratique 11 fois. Amadou Hampâté Bâ, tidjanite de naissance et ayant reçu l'enseignement d'un des grands maîtres de la tidjania malienne, Tierno Bokar Salif de Bandiagara, donne une explication sur la différence du chiffre 11 et 12 dans la récitation. Cheikh Ahmed Tidjani est le fondateur de la confrérie qui porte son nom la tidjania. Selon Hampaté Bâ, la perle de la perfection avait été reçue en songe par ce dernier, qui l'a reçu du prophète Mohamed avec injection de la réciter 11 fois. Entre temps, Tidjani eut des démêlés avec les autorités de son pays, l'Algérie, et s'est exilé au Maroc. Un jour, le Cheikh fut en retard et ses élèves entamèrent sans lui la "wazifa". Ils finirent la perle de la perfection quand enfin il put les rejoindre. Pour avoir la bénédiction du Cheikh, ils reprirent le texte une 12è fois. Cette formule n'ayant reçu pas sa désapprobation, les élèves du Fèz, localité où il s'était établi au Maroc, la conservait. Du point de vue ésotérique, soutient l'auteur de Vie et enseignements de Tierno Bokar, le nombre 11 est égale au nombre 12. 12 étant le nombre de sacrifice, voire de la guerre, il convenait à l'état d'exil où se trouvait le Cheikh Ahmed Tidjani au Maroc. Quant au nombre 11, il est le nombre de la pure spiritualité, le nombre d'ésotérisme et de la communion mystique avec Dieu. Il symbolise également l'unité de la créature rejoignant l'Unité du créateur. L'ignorance de cette perception de la pratique entre 11 grains et 12 grains qui n'est pas antinomique a poussé certains, a indiqué Hampâté Bâ, à opposer l'administration coloniale à Cheikh Hamallâh qui, plusieurs années après Ahmed Tidjani, devait tenir les rênes de la confrérie et ramener la pratique du 11 grains que les élèves de Témacin en Algérie avait continué à pratiquer. Calomnié de vouloir organiser une guerre sainte contre le colon, il fut déporté à Adzopé en Côte d'Ivoire, puis à Gorée au Sénégal, à Casseigne en Algérie, à Vals de Bains en Ardèche (France), avant d'être transféré à Evaux toujours en France. Il tomba malade, souffrant du mal de poitrine, il fut transporté à l'hôpital de Montluçon où il s'expira en janvier 1943. Au Burkina, ceux qui étaient de la même ligne que le Cheikh de Nioro ont subi le courroux du colonisateur. Il s'agit du Cheikh Aboubacar Maïga I, de Aboubacar Ouédraogo de Taslim et de Abdoulaye Doucouré et plusieurs de leurs disciples. Ils ont eux aussi été déportés vers le Soudan français, l'actuel Mali.

Merneptah Noufou Zougmoré

 

 

 

 



 



 

 


 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 15 mars 2010