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FOCUS:

8è édition du Forum des peuples du Mali
La mondialisation néolibérale soumise à une critique acerbe


Aminata Barry, coordonatrice du Forum des peuples du Mali


Par Merneptah Noufou Zougmoré

Les altermondialistes de divers horizons se sont retrouvés à Bandiagara au Mali pour renouveler le serment de combattre le néolibéralisme. Ils ont en outre saisi cette occasion de rencontre pour échanger sur les différentes problématiques qui minent la marche de l'économie du monde. Des critiques ont été faites sur la manière de conduire les choses par les magnats économiques. Des propositions ont également été faites. Le mouvement social, toujours égal à lui-même, croit qu'un autre monde est possible.

Bandiagara, 8 juillet. Les altermondialistes venus de différents pays s'affairent au lycée de la ville, site d'hébergement pour toutes les délégations ayant effectué le déplacement. En face du stade où doit se tenir la cérémonie d'ouverture du forum, une galerie marchande y est installée. Une gamme variée des produits locaux est exposée à l'intention des forumistes. On y trouve également des ouvrages en rapport avec les thèmes abordés au cours des rendez-vous des altermondialistes. Dans la soirée, le modeste stade de Bandiagara accueille la cérémonie. Les banderoles qui pavoisent les alentours du stade sont indicatrices de la nature de la manifestation. La population et les convives répondent massivement à l'invitation du top départ du forum. Avant les discours, un groupe dénommé "Les sans voix", muni de pancartes et banderoles, assure l'animation. Ils conspuent la politique mise en place par Amadou Toumani Touré (ATT) et qui répond aux vœux des institutions financièes internationales garantes des intérêts capitalistes. Par extension, leurs slogans sont dirigés contre le Président Blaise Compaoré, considéré lui aussi comme un des alliés locaux de l'impérialisme français et ses bras économiques. Ils donnent plus de la voix quand ils s'aperçoivent de la présence du représentant du gouvernement à la cérémonie. "Les sans voix" est un regroupement des victimes des conséquences de la politique néolibérale dont le Mali est assujetti. Des différentes interventions au cours de la cérémonie, ce qui a retenu l'attention, c'est le discours du jeune Maire de Bandiagara, Oussen Saye. Il a dépeint en noir la situation de son ressort territorial après 50 ans d'érection en cercle. Une des cités touristiques du Mali, la commune reste confrontée à un problème d'approvisionnement en eau potable et à l'assainissement.


Comment parler de développement si sa ville fait toujours face à ces problèmes cruciaux, s'est-il interrogé. Le bourgmestre de la cité dogon, toujours dans son allocution, souligne que "tant il est vrai que le bonheur est celui qu'on veut se définir; renforçons la lutte des mouvements sociaux ; car nous n'aurons pas le loisir d'échapper au devoir de génération de construire pour s'épanouir au risque de demeurer dans la misère, suivre le reste du monde sans y être préparés". La coordinatrice de la 8è édition du Forum des peuples, Aminata Barry née Touré n'est pas allée du dos de la cuillère pour montrer son opposition quant à la donne actuelle édictée par les institutions financières et leurs relais locaux. Comme pour renouveler un serment, la coordinatrice, dans un ton ferme, a déclaré : "Aujourd'hui comme hier, fidèle à notre sens de l'histoire, nous nous retrouvons à Bandiagara pour dire non à la marchandisation du monde, à l'économie de casino et au diktat des marchés." Les peuples, ajoute-t-elle, dénoncent avec véhémence les Politiques d'ajustement structurels (PAS) masquées par ce qu'on appelle le Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté dicté par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Cette trouvaille à la suite des PAS, selon elle, reste le seul cadre de référence excluant toute possibilité de réflexion autonome qui puisse permettre de bâtir une alternative originale, fiable et répondant aux aspirations des masses. A Bandiagara, la crise financière, la débâcle boursière comparable à celle de 1929, l'effondrement du système bancaire, la dérégulation économique, la spéculation financière, la militarisation poussée de l'économie mondiale avec le renforcement des complexe militaro-industriel… ont été interprétés comme le début du déclin d'un système égoïste entretenu par une kyrielle d'institutions dont la mission est de maintenir la majorité en bas de l'échelle sociale. Comme il faut aussi compter avec la culture pour des changements positifs, le Mouvement social a gratifié aux invités du Forum des peuples une exhibition des cavaliers venus de Bankass, une ville voisine de Bandiagara et un sketch sur la vie chère, une des conséquences de la crise économique. Bandiagara est le pays dogon à tradition millénaire. Il a été fondé par le chasseur Nangabonou Tembely et a été rendu davantage célèbre par Amadou Hampaté Bâ à travers deux de ses ouvrages. Il s'agit de : Vie et Enseignement de Tierno Bokar et Tierno Bokar le sage de Bandiagra. C'est cette ville de la falaise qui a été choisie par le Forum des peuples du Mali pour abriter la rencontre des altermondialistes qui est à sa 8è édition cette année.



Le Forum social du Burkina à Bandiagara

Une vingtaine de membres du Forum social du Burkina ont pris part au Forum des peuples de Bandiagara. Un film sur le Forum social tenu à Ouahigouya en 2008 a été projeté à l'intention des forumistes de Bandiagara. Certains dans la délégation burkinabè ont animé des panels. Dans les ateliers, la participation de la délégation aux débats était effective. Le Burkina se fixe pour objectif de tenir son Forum en 2010 à Bobo-Dioulasso. Selon les informations, les choses sont entrain de se préciser et le comité d'organisation semble prendre sa tâche à bras le corps.

Merneptah Noufou Zougmoré

 

L'agriculture, un thème majeur au Forum de Bandiagara


Père Maurice Oudet ( au centre) a animé l'atelier sur l'Agriculture


L'agriculture a été une thématique majeure abordée au Forum des peuples tenu à Bandiagara. Les acteurs se sont prononcés sur les difficultés mais n'ont cessé d'explorer des pistes qui puissent permettre de sortir de l'ornière. Les débats nourris ont démontré jusqu'à quel point les acteurs de ce secteur prennent leurs problèmes au sérieux.

L'agriculture a constitué la trame des débats au Forum des peuples de Bandiagara. Une question essentielle pour les pays africains dont l'essentiel des économies dépend de ce secteur. Dans un atelier animé par le père Maurice Oudet le 9 juillet, il a été question de l'agriculture dans l'espace de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Les participants ont examiné les textes qui régulent la commercialisation des produits agricoles et la concurrence dont la communauté fait face. Il est ressorti dans son intervention que dans l'espace CEDEAO les paysans sont suffisamment organisés. Il en veut pour preuve des organisations comme le ROPPA. Mais beaucoup de facteurs freinent l'élan de ces braves travailleurs de la terre. Comme illustration, la filière riz rencontre beaucoup de problèmes. Avec une bonne politique, il pense que le Burkina n'aura plus besoin d'importer cette denrée de première nécessité. Certains spécialistes ont même avancé le chiffre de 40 milliards pour booster la filière et permettre au pays de se passer des riz avariés en provenance des pays asiatiques. Une autre entrave soulignée par Maurice Oudet, c'est le tarif extérieur commun (TEC). Le taux de la bande tarifaire en est une illustration. Les médicaments 0,6%, le lait 5%, le riz 10%... Ce qui permet aux produits provenant de l'extérieur d'avoir une place de choix par rapport aux produits locaux. Pour le Père Oudet, le discours politique sur l'agriculture est teinté de démagogie. Pendant que les paysans ont du mal à s'en sortir, les hommes politiques s'attribuent les bonnes terres et parlent d'agrobusiness. Au Burkina particulièrement, les personnalités comme le Premier ministre Tertius Zongo, le Président du Faso et son petit frère se sont octroyés des centaines d'hectares au détriment des acteurs de l'agriculture. A Bandiagara, il a aussi été question de l'agriculture bio et la culture des organismes génétiquement modifiés (OGM).Le mouvement biologique malien (MOBIOM) qui regroupe une soixantaine de coopératives disséminées partout au Mali est venu partager son expérience. Dans ces groupements d'agriculteurs, on y cultive du coton, des arachides, du sésame. On entretient également des vergers de mangues. Les intrants utilisés pour la production sont biologiques. Il n'y a aucune substance chimique. Mais les paysans sont confrontés à l'éternel problème d'écoulement. Pour ce qui concerne les mangues, les régions productrices ont des difficultés de commercialisation. Il y a des périodes où elles pourrissent pendant que dans d'autres régions du Mali, on n'en trouve pas. Cela est lié au mauvais état des routes. Concernant les organismes génétiquement modifiés, Ousmane Tiendrébeogo membre du Forum social du Burkina et responsable du Syndicat national des travailleurs de l'agropastoral (SYNTP) a expliqué qu'avec l'introduction du coton transgénique, les cotonculteurs sont obligés de débourser 27 000fcfa pour se procurer des semences par hectare. Pour le syndicaliste paysan, les conséquences seront énormes, mais cela n'est que le début du commencement. Il avoue être déçu parce qu'il a appris que les organisations paysannes maliennes avaient contraint le gouvernement à ne pas signer avec Monsanto pour l'introduction de ces semences problématiques, mais aux dernières nouvelles, le Mali aussi semble rejoindre son voisin burkinabè. Pour Ousmane Tiendrébeogo, l'avènement du coton Bt aura des conséquences énormes pour la production. Le paysan dans cette situation va s'enfoncer dans une situation de dépendance. Plusieurs autres ateliers ont diagnostiqué la situation actuelle de l'agriculture. Des questionnements pertinents sur des enjeux liés à l'occupation de l'espace et qui entraînent les conflits entre agriculteurs éleveurs, le problème de l'eau en campagne. Tels ont été des thématiques qui ont suscité des débats nourris pendant les 3 jours du Forum à Bandiagara.

Merneptah Noufou Zougmoré

 

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 31 juillet 2009