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FOCUS:

Mgr Philippe Ouédraogo
Une option de distanciation vis-à-vis du politique



Par Aimé Franck Bazié

Depuis le 13 juin 2009, Mgr Philippe Ouédraogo, précédemment évêque de Ouahigouya, est le nouvel archevêque métropolitain de Ouagadougou. Il remplace à ce poste Mgr Jean-Marie Untaani Compaoré admis à la retraite. Le nouveau pasteur entend se départir de toute collusion avec le politique qui pourrait, in fine, galvauder sa mission.

L'intronisation de Mgr Philippe Ouédraogo était un moment de liesse et de ferveur religieuse comme l'archidiocèse de Ouagadougou n'en a jamais connues. La Cathédrale Notre Dame de l'Immaculée Conception de Ouagadougou à l'intérieur de la quelle l'intronisation a eu lieu n'a pu contenir les milliers de fidèles qui, pour rien au monde, ne voulaient rater cet évènement. Autant l'intérieur était plein à craquer, autant la cour de la Cathédrale était noire de monde. Pour avoir la place, certains, comme Jean Ouédraogo, bien que l'heure de début de la cérémonie d'intronisation était fixée à 7h30 mn, ont dû venir 1h30 avant. Pour Jean Ouédraogo, 26 ans et étudiant, le jeu en valait vraiment la chandelle. C'est la première fois de sa vie qu'une telle opportunité se présentait à lui. "Je tenais absolument à vivre de bout en bout cette prise de possession canonique du siège métropolitain de Ouagadougou non seulement en signe de communion avec le nouvel archevêque, mais aussi pour renforcer ma culture religieuse et partant ma foi. Ce que j'ai vécu ce matin ici m'édifie à plus d'un titre". L'émotion et la joie de Jean ne sont pas feintes. Il y avait vraiment de quoi car cette intronisation a obéit à un minutieux rituel. Dès 7h30, l'administrateur apostolique Mgr Jean-Marie Untaani Compaoré accueillera le nouvel archevêque au portail de la cour de la cathédrale. Une fois accueilli, Mgr Philippe Ouédraogo sera accompagné par des acclamations joyeuses jusqu'à la hauteur du buste de Mgr Joanny Thévenoud, l'un des premiers bâtisseurs de l'Eglise-Famille de Dieu au Burkina. Là, l'administrateur apostolique lui donnera du "Zoom-koom" (une boisson faite à base de pate de mil) puis un bélier et un coq blancs. C'est une façon pour l'archidiocèse de Ouagadougou de lui exprimer sa joie de le recevoir et son engagement à travailler avec lui en toute honnêteté. Mgr Philippe Ouédraogo entamera par la suite sa marche vers la cathédrale de Ouagadougou. Des acclamations, des danses, des coups de canon accompagnaient cette marche. Mgr Philippe ne pût s'empêcher d'aller au contact de la foule très enthousiaste. Il serrait les mains par ici, remerciait par là, bénissait plus loin, le tout avec un grand soin et une grande joie. Ceux qui avaient la chance de le voir ou de le toucher en étaient profondément heureux. On sentait une véritable communion entre le nouvel archevêque et les fidèles qui visiblement l'avaient déjà adopté comme Père. La marche de Mgr Philippe le conduira à l'entrée de la cathédrale. Là, le Nonce Apostolique le présentera à l'Archiprêtre qui lui, le présentera un Crucifix à baiser. C'est le signe de son amour et de son attachement au Christ et à son Eglise. Après le baiser au Crucifix, Mgr Philippe Ouédraogo se signera d'eau bénite et en aspergera l'Assemblée. Le nouvel Archevêque ira ensuite se recueillir un moment devant le Saint Sacrement, avant d'aller se préparer pour la messe.

"L'Eglise ne se confond pas à la communauté politique !"

C'est au cours de la célébration eucharistique que Mgr Vito Rallo, Nonce Apostolique (le représentant du Pape au Burkina) installera le nouvel archevêque sur son trône. Par ce geste, Mgr Philippe Ouédraogo devenait le 4è archevêque de Ouagadougou après Mgr Emile Soquet, le Cardinal Paul Zoungrana et Mgr Jean-Marie Compaoré. Son nouvel archidiocèse compte 115 prêtres, plus de 450 religieuses, près de 200 religieux, 590 000 baptisés, 50 000 catéchumènes, 22 paroisses, 900 Communautés chrétiennes de base, près de 35 000 baptêmes chaque année, 3 000 mariages par an, 4 190 catéchistes titulaires, plus de 3 500 papas et mamans catéchistes volontaires, 370 séminaristes. Outre les différents évêques de la Conférence Episcopale Burkina-Niger, les prêtres, religieux et religieuses, l'intronisation s'est faite devant un parterre d'autorités dont le Premier ministre Tertuis Zongo, le Président de l'Assemblée nationale, Roch Marc Christian Kaboré, le roi de Ouahigouya (Naaba Kiiba), Gérard Kango Ouédraogo, le duc du Yatenga, les représentants de la communauté musulmane, protestante et ceux de la religion traditionnelle.
La première homélie du nouvel archevêque était très attendue. Celui-ci a d'abord remercié le Pape Benoît XVI pour le choix porté sur sa personne avant de rendre un grand hommage à son prédécesseur pour le travail accompli. Aux autorités politiques, il a déclaré : "Nous le savons tous, l'Eglise ne se confond pas avec la communauté politique et n'est liée à aucun système politique (Cf. Gaudium et Spes, n° 76) ; mais l'autonomie réciproque n'exclut pas la collaboration au service de l'humanité. Nous sommes unis par la cause commune qu'est l'homme, sa dignité et ses droits inaliénables. Puissions-nous œuvrer ensemble pour le bien matériel et spirituel de tout homme !". L'exhortation latine "Duc in altum" qui signifie avance en eau profonde au large est constamment revenue dans son homélie. A travers elle, il invite tous les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté à vivre dans l'unité, dans la mission évangélisatrice et dans la sainteté, mais aussi à demeurer unis dans l'amour. Du reste, sa devise épiscopale est "Unis dans l'amour, annonçons Jésus Christ". Mgr Philippe Ouédraogo qui est natif de Kaya a 64 ans. Il est titulaire d'un Doctorat en Droit Canonique décroché en 1983. Il est conscient de l'immensité de la tâche qui l'attend. Aussi se recommande-t-il aux prières de tous : "Priez pour moi afin que je ne me dérobe jamais, par peur ou par négligence, devant les loups qui agressent le troupeau, et cela jusqu'au prix de ma vie".

 

 

Agriculture
Les pauvres ont droit au respect

Il y a environ un mois, j'ai été contacté par un responsable de la FAO, en poste à Ouagadougou. Il a la responsabilité d'un projet d'urgence en faveur des agriculteurs les plus démunis. Le projet couvre plusieurs provinces qui ont été déclarées prioritaires. Parmi celles-ci, se trouve la province du Sanguié, proche de Koudougou. Le coordonnateur de ce projet m'avait contacté pour me présenter le projet et me demander si je pouvais l'aider à rejoindre les 600 paysans les plus pauvres du Sanguié.
Le projet, pour l'essentiel, consiste à distribuer des semences améliorées de sorgho (gros mil). J'ai fais remarquer qu'autour de Koudougou, les sols étaient souvent épuisés. Et que les paysans les plus pauvres, les plus démunis faisaient certainement partie de ceux dont les champs étaient les plus fatigués. Offrir des semences améliorées à des agriculteurs non préparés ne servirait à rien. J'ai proposé de se tourner vers les paysans pauvres qui avaient commencé à faire le zaï. Peut-être ne connaissez-vous pas plus le zaï que mon interlocuteur. En voici donc une brève présentation.

Une bonne façon de cultiver : le zaï

Au Burkina, surtout dans le nord du pays, les paysans cultivent, de plus en plus, selon la méthode du zaï; Cette méthode vient du Yatenga. Elle donne de bons résultats même quand la pluie est en retard, et même quand la pluie manque. Quand la pluie est bonne, les récoltes sont très bonnes. Cette méthode est très bonne pour les semences améliorées qui ont besoin d'une bonne nourriture.

Avant la pluie

Les cultivateurs creusent des petits trous dans leurs champs. Ils placent ces trous comme pour semer, en lignes et avec les bonnes distances entre eux (bons écartements). Ils font ces trous plus grands que pour semer, ils les font grands comme une calebasse pour boire. Ils remplissent ces trous avec du fumier bien décomposé ou du compost qu'ils apportent et ils ferment ces trous avec la terre tirée du trou. Ils sèment tout de suite si la pluie peut venir vite ou bien ils sèment après la première bonne pluie.

Pourquoi cette façon de faire est bonne là où il ne pleut pas beaucoup ?

Les trous boivent l'eau des premières pluies; elle ne coule pas et mouille bien la terre. Le compost ou le fumier décomposé retiennent bien l'eau : elle s'évapore moins vite et ça sèche moins vite que la terre, et les cultures ne souffrent pas trop si la pluie manque plusieurs jours. Le compost ou le fumier sont une bonne nourriture pour les cultures : les jeunes pieds de mil, de sorgho ou de maïs poussent vite. Dans la partie nord du Burkina, et même au centre, l'eau manquent souvent. Aussi, de plus en plus, les cultivateurs font de cette façon qui s'appelle zaï au Yatenga, son pays d'origine.

Fais de même, tu ne seras pas déçu

Mon interlocuteur m'a répondu qu'il s'occupait d'un programme d'aide d'urgence, et pas de développement. Qu'il n'était pas possible de se tourner seulement vers ceux qui pratiquent le zaï. J'ai répondu : " C'est bien dommage. L'urgence, pour les paysans du Sanguié n'est pas d'utiliser des semences améliorées, mais bien d'apprendre à nourrir la terre. Avec la pression démographique, la jachère a été supprimée. Elle n'a pas été remplacée. Les semences ordinaires n'arrivent plus à produire leurs fruits. Vos semences améliorées ne trouveront pas la nourriture nécessaire pour développer leurs qualités. Au contraire, elles sont plus exigeantes, et donc plus fragiles" Il m'a été répondu : "De toutes façons une semence améliorée, c'est mieux qu'une semence ordinaire !".
"Hélas non; pas dans n'importe quelle condition". Et en disant cela, je pensais aussi, aux "super vaches laitières-des Girando du Brésil-dont on avait fait "cadeau" aux éleveurs de Fada Ngourma et qui sont mortes en moins de deux mois. J'ai poursuivi qu'en réservant les semences améliorées aux agriculteurs qui pratiquent le zaï, vous auriez eu la possibilité de faire avancer rapidement ce type de culture dans cette région, et aussi l'intérêt pour les semences améliorées. Les paysans qui auraient vu les bons résultats du zaï avec des semences améliorées se seraient intéressés à ces deux techniques, et cela aurait permis de faire reculer la pauvreté.

Il m'a été répondu que ce n'était pas possible.

Nous nous sommes séparés là dessus. A peine monté dans ma voiture, j'ai pensé que je n'avais pas été assez loin dans mes réflexions. En effet, un tel programme risque bien de détourner pour de nombreuses années les paysans du Sanguié des semences améliorées. La récolte des paysans qui auront eu le "privilège" d'être sélectionnés pour profiter de cette aide d'urgence et donc de recevoir des semences améliorées, ont toutes les chances de faire une récolte encore moins bonne que les autres années. Ils n'auront aucune envie, à l'avenir, de dépenser de l'argent pour de telles semences. Les pauvres ont droit à plus de respect.


Maurice Oudet
Président du SEDELAN

 





 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 juin 2009