FOCUS:
Médias
La journée mondiale de la Presse est célébrée
le 03 mai de chaque année. Au Burkina Faso, c'est le Centre National
de Presse Norbert Zongo qui a abrité les activités commémoratives
de la journée.
La tradition a été respectée encore cette année
au Centre National de Presse Norbert Zongo (CNPNZ). La journée
mondiale de la liberté de presse a été célébrée
en différé 48 heures après avec au menu trois activités.
Le lancement de la 4ème édition du Prix Norbert Zongo
pour le journalisme d'investigation, la publication des résultats
d'une enquête par sondage sur les médias dans les quatre
principales villes du Burkina et enfin un panel sur le thème
"médias, dialogue et compréhension mutuelle"
ont constitué les axes de la célébration de la
journée. Selon le président du CNP/NZ, Justin Coulibaly
et par ailleurs secrétaire général du Syndicat
National des Travailleurs de l'Information et de la Culture (SYNATIC),
" L'UNESCO en tant que seule organisation du système des
Nation Unies ayant pour mandat de défendre la liberté
d'expression et la liberté de la presse a placé la compréhension
et le dialogue par le biais des médias au centre de sa mission.".
En voici qui justifie le thème de la journée de la presse
cette année. Le dialogue par les médias est prescrit par
l'acte constitutif de l'UNESCO adopté en 1945 qui précise
que "l'organisation favorise la connaissance et la compréhension
mutuelle des nations en prêtant son concours aux organes d'information
de masse pour faciliter la libre circulation des idées par le
mot et par l'image".
Au Burkina Faso, c'est autour d'un panel animé
par la présidente du Conseil Supérieur de la Communication
(CSC), Béatrice Damiba et Dr. Sékou Tall avec la modération
de Justin Coulibaly. Selon la présidente du CSC, les entraves
au dialogue et à la compréhension ont pour nom : intolérance,
marginalisation. Mais au-delà, il y'a également les différences
culturelles et linguistiques, les différences de race, de religion,
de genre, d'âge, de murs, de classe sociale, de niveau d'instruction,
etc. qui constituent des obstacles au dialogue et à la compréhension,
a ajouté Béatrice Damiba. C'est face à tout cela
que la présidente du CSC a interpellé les médias
sur ce qui doit être leur rôle. Les médias, a-t-elle
dit, doivent créer le lien entre deux parties et jouer le rôle
d'un arbitre qui calme le jeu et atténue les différences.
Malheureusement, a déploré la présidente, les médias
mettent souvent l'accent plus sur ce qui divise que ce qui unit. Il
faut impérativement inverser la tendance en utilisant les médias
comme des armes de paix et non des armes de guerre, c'est le souhait
de Béatrice Damiba. Le public qui a assisté au panel a
exprimé des inquiétudes quant à la suppression
de certaines émissions radiophoniques par le CSC lui fut-ce pendant
la présidence de Luc Adolphe Tiao, prédécesseur
de Mme Damiba. Elle a elle-même regretté la faiblesse du
débat politique via les médias. A ce niveau les citoyens
partagent la responsabilité avec les journalistes et les responsables
des médias. Puisque l'enquête réalisée par
le centre de presse et dont la présentation a précédée
le panel a révélé que 30% des téléspectateurs
à la distraction contre 10% qui s'intéresse à la
politique. Même tendance avec la radio où 23% des sondées
s'intéressent à la distraction contre 11% pour les sujets
politiques. La presse écrite est le média où la
politique a plus de place que la distraction mais il reste que c'est
le média de plus faible audience. 39% des personnes sondées
lisent les journaux contres 87% qui regardent la télévision
et 90% qui écoutent la radio selon la même enquête.
L'enquête commanditée par le CNP/NZ a été
réalisée par une équipe de trois consultants comprenant
un juriste spécialiste du droit de l'information (Abdoul Karim
Sango), un journaliste (Newton Ahmed Barry) et un statisticien (Adama
Tiendrebéogo).
Le sondage a concerné un échantillon de
502 individus des quatre principales villes que sont Ouagadougou, Bobo-Dioulasso,
Koudougou et Ouahigouya.
L'autre axe qui a constituée la célébration de
la journée nationale de la presse a été le lancement
de la 4ème édition du Prix Norbert Zongo pour le journalisme
d'investiture. Le prix est ouvert aux journalistes de l'espace CEDEAO
plus la Mauritanie. Il récompense les meilleures uvres
d'investigation dans les trois catégories (radio, télé
et presse écrite). Pour la présente édition, le
dépôt des candidature est ouvert jusqu'au 30septembre 2009.
Le lauréat de chaque catégorie remportera un trophée,
un diplôme et la somme de un million de franc CFA. Le prix vise
ainsi à rendre hommage à Norbert Zongo, à encourager
le genre investigation et promouvoir l'excellence. La journée
mondiale de la liberté de la Presse a ainsi donc été
riche en événement au Burkina Faso. La carte de presse
longtemps réclamée par les hommes des médias a
connu son lancement au moment où nous célébrions
la journée de la presse. En effet c'est le 04 mai que le lancement
officiel de ce précieux sésame a eu lieu au CENASA en
présence du premier ministre Tertius Zongo, du ministre de la
communication Filipe Savadogo et de la présidente du CSC, Béatrice
Damiba. Déjà pour la symbolique, des doyens de la professionnel
ont eu l'honneur agrafé de leur carte de presse.
L'Unesco célèbre
la liberté de la presse à Doha
C'est au Qatar que l'Unesco a choisi de célébrer en partenariat
avec le Centre de Doha pour la liberté de la presse, la 19ème
journée de la liberté de la presse. Péninsule de
11 400 km2 située au cur du Golfe persique, entre l'Iran
et l'Arabie saoudite d'une part, le Proche- Orient et les Indes d'autre
part, le Qatar est une puissance économique montante. C'est la
troisième plus grande réserve de gaz au monde après
la Russie et l'Iran (environ 15% des réserves mondiales), Le
gisement le plus important dépasse 900 milliards de mètres
cubes, de quoi tenir pendant plus de 100 ans. Le pays dispose également
d'un potentiel pétrolier important, 840 000 barils/jour et 15
milliards de barils de réserve. Il compte 1 400 000 habitants
dont 1 000 000 sont d'origine étrangère. Le Qatar est
dirigé par un Emir qui assume les fonctions de chef de l'État.
Il gère le pays en s'appuyant sur la famille Al-Thani. Au point
de vue politique, le Qatar a commencé à évoluer
d'une société traditionnelle à un État moderne,
sans partis politiques. Néanmoins ce pays se veut la vitrine
de la liberté d'expression du Moyen-Orient. Al Jésira,
la célèbre chaine de télévision du monde
arabe est en effet connue pour ses positions critiques envers les régimes
conservateurs arabes, mais les observateurs notent que la chaine fait
l'impasse sur la vie pciceolitique au Qatar même. N'empêche
que le pays aspire à assumer un leadership dans le monde arabe
en matière de promotion des droits humains et de la liberté
d'expression. Le Centre de Doha pour la liberté d'expression
créé en 2008 et coorganisatrice de la journée,
se veut l'instrument de ce challenge. Le rituel a été
une fois de plus respecté : tenue de panels sur divers thèmes
tournant autour des médias comme plateforme d'un dialogue interculturel
fécond catalyseur de la compréhension mutuelle entre les
communautés et les peuples, commémoration officielle de
la journée internationale, attribution du prix Unesco de la liberté
d'expression. On a une fois de plus adopté une déclaration
dite déclaration de Doha. Celle-ci, rappelant les différentes
Déclarations de l'Unesco (Déclaration du millénaire
et Déclaration sur la diversité culturelle) qui considère
" que la tolérance est l'une des valeurs essentielles en
matière de relations internationales au 21ème siècle
et que celle-ci doit inclure la promotion active d'une culture de la
paix et du dialogue entre les civilisations, où les êtres
humains se respectent dans toute leur diversité confessionnelle,
culturelle et linguistique, souligne que l'indépendance et le
pluralisme des médias sont essentiels pour en assurer la transparence,
la responsabilité et la participation en tant qu'éléments
fondamentaux d'une bonne gouvernance et d'un développement fondé
sur les droits de l'homme " Quant aux libertés d'opinion
et d'expression, elles sont considérées comme les piliers
fondamentaux des sociétés libres et démocratiques
et qu'elles favorisent une meilleure compréhension et le dialogue
entre les cultures. La déclaration exhorte les médias
et les professionnels des médias à s'engager pour améliorer
la qualification professionnelle des journalistes et à respecter
les normes éthiques et professionnelles les plus élevées
dans l'exercice de leur fonction. Les Etats sont invités à
créer les conditions qui permettent aux journalistes et aux professionnels
des médias à travailler librement et en toute sécurité,
sans faire l'objet d'intimidation. La déclaration de Doha devra
servir de référence à l'Unesco dans le cadre de
ses activités relatives à la liberté d'expression.
L'autre clou de la journée a été l'attribution
à titre posthume du prix Unesco de la liberté de la presse
au journaliste sri-lankais Lasantha Wickrematunge assassiné le
8 janvier 2009. . Directeur fondateur du journal Sunday Leader, il s'en
servait comme tribune pour dénoncer la guerre entre l'armée
sri-lankaise et les rebelles tamouls. Son journal a été
victime d'un incendie criminel. Pressentant son assassinat, il avait
pris le soin d'écrire un éditorial que son journal devait
publier après sa mort. Celle-ci étant intervenu le 8 janvier
dernier, son écrit fut publié le 11 janvier, trois jours
après. On y retiendra cette phrase forte : " Il y a quelque
chose qui est au dessus de la bonne situation, du renom, du gain et
de la sécurité. C'est la voix de la conscience.
Le prix qui récompense son activité journalistique au
service de la paix, d'une valeur de 25 000 dollars US, a été
remis à sa nièce à Doha par le directeur général
de l'Unesco au cours de la journée commémorative, en présence
de son altesse Sheika Mozah bin Nasser Al Missned, épouse de
l'Emir. Enfin, un événement dans l'événement,
c'est l'exposition de caricatures de presse organisée par de
grandes signatures en cette matière telles Plantu de France,
Avi Katz d'Israël, Damien Glez du Burkina, Dilem d'Algérie,
Danziger (USA), Chapatte de Belgique etc
Une véritable
prouesse dans cette zone très sensible où les caricatures
danoises avaient causé d'importants remous sociaux.
Germain B. Nama