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PORTRAIT
Docteur Christian Napon
Un Burkinabè qui honore l'Afrique



Par Sami Bruno Sanogo Gniminou

Des neurologues, ils sont moins d'une dizaine au Burkina. Le docteur Christian Napon en est un. Il a fait parler du Burkina et partant de l'Afrique, lors des13ième journées de neurologie de la langue française tenues, du 23 au 26 avril dernier. Portrait du lauréat 2008 du prix de neurologie de la francophonie.

"Le premier prix revient à Christian Napon de l'Hôpital Yalgado Ouédraogo de Ouagadougou au Burkina", annonce le Professeur Jean Philippe Neau, président des journées de neurologie de la langue française. C'était mercredi 23 avril dernier, au palais des congrès de Bordeaux. Ainsi le docteur Christian Napon est désigné lauréat du prix de la Société Française de Neurologie vasculaire, parmi 151 participants, venus de tous les pays membres de la Francophonie. Même s'il nuance : "C'est un travail d'équipe de trois personnes dont le Professeur Kaboré est le chef." Charlotte Rosso, de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris, a reçu le second prix.

Etudes d'une maladie rare

Du coup, c'est le Burkinabè qui donne à l'Afrique une place de choix pendant ces journées de Neurologie de la langue française.
C'est un travail sur "les Thromboses veineuses cérébrales en milieu hospitalier à Ouagadougou" qui a été présenté à Bordeaux. Une maladie due aux accidents vasculaires qui bouchent les vaisseaux sanguins au niveau du cerveau. C'est une maladie rare, d'une incidence de trois à quatre cas au million d'habitants. Difficile à diagnostiquer, puisque cette maladie présente des formes diversifiées. Si bien que les études la concernant sont très rares en Afrique. Seulement quelques unes au Sénégal. Alors, cela donne une spécificité au travail du Dr Napon. Une étude basée sur l'observation de 17 patients, dont quatre étaient atteints du VIH. Ce qui en établi un lien avec le VIH.

Neurologue après coup !

Du haut de son imposante stature de près de 1,86m, le docteur Christian Napon doit se baisser pour passer certaines portes du village. Il a 36 ans. Mais surtout il est l'archétype du "type sérieux". Docteur en neurologie, il se serait bien spécialisé en cardiologie ou en gastro-entérologie. La cardiologie, car cela allait d'un besoin personnel de santé : au collège, le jeune Christian a souffert de sérieux problèmes cardiaques. Au point de se donner pour défi d'en faire sa spécialité, après avoir fini sa généralisation en médecine. Pour se soigner et soigner les autres. C'était sans compter sur le temps et la passion. Avant même qu'il n'ait atteint la septième année, il se tourne vers la gastro-entérologie pour "facilité d'intériorisation" de la matière à la Faculté.
Respecté par ses collègues, qui le jugent unanimement sympathique et louent volontiers son professionnalisme, le docteur Napon a fait un parcours sans faute. Né à Dakar, le 09 juin 1972. Il commence son école à " Lady baden-poèle " à Ouagadougou. Il y fait deux ans, puis termine le cycle primaire à "l'Amitié", toujours dans la capitale burkinabè. Après son succès au Certificat d'Etudes Primaires, il entre au collège protestant pour deux ans, avant de partir pour Dakar. Parce que : "Mon papa y était affecté", justifie-t-il.

Made in Africa !

De retour à Ouagadougou, en 1989, Christian est inscrit en Terminale au lycée mixte de Gounghin. Une classe qu'il redoutait, à cause de la mutation, qui le laisse perplexe : "J'avais peur du changement de système, alors que je devais faire le Bac", avoue-t-il. C'est pour cela que son succès au baccalauréat, en juin 1990, a été marqué "d'une pierre blanche" et lui reste un temps fort de sa vie. Tout autant que le jour où il a soutenu sa thèse de Doctorat, en janvier 1999.
Ainsi, en octobre 1999, c'est le départ pour Abidjan pour la spécialisation en neurologie. Une matière aux spécialistes très rares en Afrique francophone. Et qui en compte moins d'une dizaine au Burkina. C'est après huit années d'études à la Faculté de médecine de l'Université de Ouagadougou. Il étudie dans la capitale ivoirienne jusqu'en 2002, avant de partir pour la France. A Paris et à Limoges, il effectue une formation spécialisée en santé publique et en neurologie, pendant deux ans. Il y prépare aussi le diplôme d'exploration neurophysiologique et le certificat de maîtrise en méthodologie de la recherche clinique.

Ceux qui l'influencent

Fils aîné d'une famille de six enfants, Christian a entre autres modèles son propre père. "Je trouve que c'est quelqu'un, qui s'est donné au travail et qui cherche tous les jours à faire un peu plus. Avec toujours des projets en tête. Il est un exemple que j'essaie de suivre, bien que ce ne soit pas évident", reconnaît-il, avec un sourire.
Aussi sur le plan de la formation purement médicale, le jeune étudiant a été marqué par les Professeurs Wiminga et Sanou. Pour lui, ils incarnaient des acharnés du travail. Wiminga était le genre de professeur qu'on venait trouver, très tôt le matin, à la Faculté. Car il y passait assez souvent la nuit à préparer les choses pour le laboratoire. "Quand le Professeur Wiminga vous trouvait sous les arbres en train de bavarder, il vous lançait : vous vous ennuyez là, travaillez jusqu'à ce que mort s'en suive !", se rappelle le Dr Napon. Quant au Professeur Sanou, il donnait l'impression d'avoir tous ses cours en tête. Il suffisait de lui dire, où vous aviez arrêté le cours précédent et quel chapitre vous souhaitiez voir, il reprenait le fil de ses idées. Et quand vous le relisiez, c'était tellement cohérent que vous finissiez par vous laisser séduire par cet homme.

Médecin-musicien !

Le désir de devenir médecin est venu à l'adolescence de Christian, de son plaisir de "soigner les hommes" et de son sens d'observation : "Pour moi, un médecin, c'est quelqu'un de très cultivé et d'honorable .C'est quelqu'un qui a beaucoup étudié et qui en a plein la tête ", argumente-t-il. De cette volonté d'être médecin à la neurologie, tout tourne autour du Professeur Kaboré, qui l'a bien intégré dans son service à l'Hôpital Yalgado, alors que Christian était en septième année et préparait sa thèse. "Il nous faisait confiance, au point où il nous laissait, assez souvent, ses malades pour consultation", atteste Christian. C'est ainsi qu'ils ont pu établir, tous les deux, une facilité à communiquer. Et partant une inspiration de sujet pour une thèse. "Je trouve que la neurologie est une discipline très logique. Vu la corrélation entre ce que le malade présente et la lésion supposée. Pour quelqu'un ayant une paralysie du bras, nous situons facilement la légion au niveau du cerveau", avance le Dr Napon.
Pour sa détente, il joue au piano. Cela lui permet de se remettre d'une semaine intense passée à l'Hôpital. Parce que, dès la classe de CM1, il avait un petit clavier à la maison et un maître de musique: " Mes parents ayant découvert tôt mon penchant pour la musique m'y ont orienté. Benjamin Yanogo, l'organiste de l'église centrale des Assemblées de Dieu, venait assez régulièrement entraîner ma petite sœur et moi. C'est donc M. Yanogo qui a guidé mes premiers pas dans le solfège", nous confie-t-il. Quand ses parents ont été affectés à Dakar, Christian y a fréquenté le conservatoire et fait la connaissance du maître Doucouré, le régisseur. Excellent pianiste, maître Doucouré transmet pendant deux ans un peu de son savoir-faire au jeune garçon. Par la suite, il a dû beaucoup travailler pour devenir aujourd'hui, lui aussi, un maître pianiste. Il a déjà formé plusieurs personnes en la matière.
Par ailleurs, comme tous les garçons à son âge, Christian a joué au football. Quelque peu au Basket, et a fait du vélo, participant même à des compétitions. Marié à une doctoresse, le couple docteur s'est réjoui d'accueillir un fils, le 20 octobre 2007. Double félicitation "papa docteur" !





 




© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 juin 2008