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FOCUS
Par Arsène Flavien Bationo L'éducation culturelle dont il a été question au cours de la 14è édition de la Semaine Nationale de la Culture (SNC) ne doit pas être un slogan de plus. Le choc des civilisations met les pays pauvres en demeure d'avoir une vision holistique (centrée sur l'homme) du développement. D'où tout le sens des valeurs culturelles, fondement de toute société qui aspire à la prospérité. Du 22 au 29 mars 2008, les jeunes ont été l'attraction de la 14è SNC. En témoigne le thème : "Une éducation culturelle pour une jeunesse citoyenne ". Le parrain Mgr Anselme Titianma Sanon estime qu'ils sont les premières victimes du choc traditions ancestrales/ globalisation. Face à cette situation, le prélat pense que les jeunes doivent s'approprier les valeurs culturelles. A ses yeux, "la culture apprend et s'apprend". Puis d'ajouter : "s'identifier soi même comme personne individuelle, morale ou sociale à partir de son passé culturel, son patrimoine, son héritage et ses traditions coutumières donne un esprit de citoyen et un cur humaniste ". Du haut de ses 70 ans révolus, le parrain affirme que cette jeunesse est porteuse d'espoir et d'avenir. Par conséquent, il invite toute la société à uvrer dans le sens d'une transmission des valeurs aux jeunes. "La culture est mère de l'éducation et la fille éducation doit valoriser la culture" martèle-t-il. Conformément au thème de la Semaine, les jeunes ont également eu une communication sur le panafricanisme animée par Lazare Ki-Zerbo et Jacques Prosper Bazié. En décidant d'investir dans la jeunesse, la SNC veut l'amener à aimer sa culture et ainsi à la préserver face à un environnement fortement concurrentiel et menaçant. Seulement, il y a eu de belles envolées lyriques sur la nécessité de l'éducation culturelle sans qu'on n'en perçoive clairement les contours et le contenu. Comment faire donc en sorte que cette vision se libère de la logique discursive pour s'imprimer durablement dans les mentalités ? Là-dessus, il y a eu des idées éparses mais pas d'orientation spécifique. Pourtant, la SNC a vocation à ne pas être (simplement) une manifestation folklorique. La marche actuelle du monde caractérisée par les regroupements géostratégiques et géopolitiques impose d'inscrire la culture parmi les priorités en matière de développement. Une nécessité d'autant plus forte que la mondialisation conduit au nivellement, à l'uniformisation donc à l'appauvrissement de la culture africaine. Enjeux de l'éducation culturelle L'éducation dès lors apparaît comme un exercice permanent pour tous et partout, qui consisterait à réapprendre sans cesse, à être et à exister. Dans le cas du Burkina Faso, il faut aller au-delà de la simple évocation des " attitudes et comportements " pour questionner l'éducation civique, familiale, morale. Dans son essence même, le développement est inscrit au coeur de la culture. L'honnête homme de l'antiquité gréco-romaine n'était rien d'autre qu'un être fait d'équilibre, connaissant les lois de la cité et les préceptes des dieux, les respectant et assurant ainsi dans la cité l'harmonie qui la rendait agréable à vivre. Il était bon, donc beau. De cette beauté que le philosophe Platon voit inscrite dans la splendeur du vrai. La connaissance des préceptes et des règles de la tradition transmise lors de l'initiation mais aussi tout au long de sa formation façonnait le jeune africain pour en faire un citoyen respectueux des règles, connaissant les métiers. Un travailleur utile à la société, préoccupé de fonder un foyer et d'assurer la continuation de la lignée du clan, sous l'oeil favorable des ancêtres et du Dieu puissant. Cette harmonie entre les vivants et les morts, l'univers, l'environnement et les habitants de la terre rythmait les saisons et assurait le bonheur, la paix et l'entente entre tous. Ce développement-là était assuré par cette culture réconciliée avec elle-même. Mais est-elle à magnifier et à réinstaurer pour autant? L'effort à faire aujourd'hui c'est moins de recoudre les pièces d'une dynamique du passé que d'interroger le présent et de repérer les lignes forces des aspirations, du bonheur et par ricochet du type d'homme idéal à reformuler. Cette vision appelle la redéfinition d'un cadre adapté pour une réalité, la réalité d'une culture existante, spécifique dans sa nature, dynamique dans son action, rayonnante dans sa manifestation. Décomplexée. Et c'est un combat permanent. Car c'est cette culture qui définit le cadre d'évolution et d'éducation du citoyen burkinabè d'aujourd'hui, au travers des différentes étapes de formation, de sa jeune enfance à sa maturité. La SNC face à son devenir A Bobo 2006 déjà, certains chercheurs dont
le Pr. Albert Ouédraogo estimaient qu'on ne devrait pas parler
de Semaine Nationale de la Culture mais plutôt de Semaine Nationale
des Cultures. Raison ? La culture burkinabè serait en émergence.
Elle ne serait pas encore. Ils avaient donc préconisé
que la SNC soit un espace d'exposition au lieu d'une arène de
laquelle sortiraient des cultures victorieuses. Des questions se posent
toujours après Bobo 2008.Peut-on et doit-on mettre en compétition
des choses différentes ? En évaluant ou en hiérarchisant
les traditions, la SNC ne risque-t-elle pas de favoriser l'effritement
de pans entiers de la culture nationale ? C'est connu, la frustration
des " perdants " peut les amener à se retirer progressivement
de la manifestation. Tout comme en 2006, il y a eu plusieurs communications.
Mais celles-ci se sont déroulées sans lien évident
les unes avec les autres. On aurait pu cependant imaginer un colloque
en marge des manifestations festives au cours duquel des scientifiques
et des hommes de culture viendraient livrer leurs réflexions
sur toutes les implications du thème. Au terme des échanges,
le ministère de la Culture, du Tourisme et de la Communication
publierait les différentes contributions sous forme d'actes du
colloque. Le document ainsi produit serait diffusé à grande
échelle et permettrait un suivi plus rigoureux des engagements
pris. Il est également important de revoir le cadre devrant abriter
ces activités. A la SNC 2008, la salle du CCF Henri Matisse était
si exigue qu'elle a causé bien des désagréments
à des festivaliers. Quand on a un ou des thèmes d'une
extrême importance, il faut réfléchir au local qui
va avec pour toucher le maximum de personnes. Dans sa conception, la
SNC devrait permettre de promouvoir la culture burkinabè sous
tous ses aspects (gastronomie, musique, art vestimentaire
) Mais
un grand travail de sensibilisation reste encore à faire pour
que cette mission soit effective. Côté musique par exemple,
en dehors des animations Off, les artistes burkinabè n'ont pas
été suffisamment joués. Il suffisait juste de faire
un tour au siège de la SNC pour se rendre compte que la musique
du terroir était reléguée aux calendres grecques
au profit d'autres sonorités jugées plus "branchées".
La SNC aurait également pu servir de tremplin pour la promotion
du Faso Danfani, le tissu traditionnel. Mais les habitudes ont la peau
dure et le costume-cravate dicte toujours sa loi. L'éducation
culturelle dont il est question, ne peut pas se faire en l'espace d'une
SNC. C'est une uvre de longue haleine. Il faut impérativement
la réussir. C'est ainsi que le Burkina saura éviter d'être
une "épave flottant à la surface du système
international" n
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L'Evénement - Déc. 2001 | ||||||||||