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FOCUS

SNC 2008
Une " éducation culturelle " à conceptualiser


Voici ce à quoi devrait ressembler le palais de la culture en 2010

Par Arsène Flavien Bationo

L'éducation culturelle dont il a été question au cours de la 14è édition de la Semaine Nationale de la Culture (SNC) ne doit pas être un slogan de plus. Le choc des civilisations met les pays pauvres en demeure d'avoir une vision holistique (centrée sur l'homme) du développement. D'où tout le sens des valeurs culturelles, fondement de toute société qui aspire à la prospérité.

Du 22 au 29 mars 2008, les jeunes ont été l'attraction de la 14è SNC. En témoigne le thème : "Une éducation culturelle pour une jeunesse citoyenne ". Le parrain Mgr Anselme Titianma Sanon estime qu'ils sont les premières victimes du choc traditions ancestrales/ globalisation. Face à cette situation, le prélat pense que les jeunes doivent s'approprier les valeurs culturelles. A ses yeux, "la culture apprend et s'apprend". Puis d'ajouter : "s'identifier soi même comme personne individuelle, morale ou sociale à partir de son passé culturel, son patrimoine, son héritage et ses traditions coutumières donne un esprit de citoyen et un cœur humaniste ". Du haut de ses 70 ans révolus, le parrain affirme que cette jeunesse est porteuse d'espoir et d'avenir. Par conséquent, il invite toute la société à œuvrer dans le sens d'une transmission des valeurs aux jeunes. "La culture est mère de l'éducation et la fille éducation doit valoriser la culture" martèle-t-il. Conformément au thème de la Semaine, les jeunes ont également eu une communication sur le panafricanisme animée par Lazare Ki-Zerbo et Jacques Prosper Bazié. En décidant d'investir dans la jeunesse, la SNC veut l'amener à aimer sa culture et ainsi à la préserver face à un environnement fortement concurrentiel et menaçant. Seulement, il y a eu de belles envolées lyriques sur la nécessité de l'éducation culturelle sans qu'on n'en perçoive clairement les contours et le contenu. Comment faire donc en sorte que cette vision se libère de la logique discursive pour s'imprimer durablement dans les mentalités ? Là-dessus, il y a eu des idées éparses mais pas d'orientation spécifique. Pourtant, la SNC a vocation à ne pas être (simplement) une manifestation folklorique. La marche actuelle du monde caractérisée par les regroupements géostratégiques et géopolitiques impose d'inscrire la culture parmi les priorités en matière de développement. Une nécessité d'autant plus forte que la mondialisation conduit au nivellement, à l'uniformisation donc à l'appauvrissement de la culture africaine.

Enjeux de l'éducation culturelle

L'éducation dès lors apparaît comme un exercice permanent pour tous et partout, qui consisterait à réapprendre sans cesse, à être et à exister. Dans le cas du Burkina Faso, il faut aller au-delà de la simple évocation des " attitudes et comportements " pour questionner l'éducation civique, familiale, morale. Dans son essence même, le développement est inscrit au coeur de la culture. L'honnête homme de l'antiquité gréco-romaine n'était rien d'autre qu'un être fait d'équilibre, connaissant les lois de la cité et les préceptes des dieux, les respectant et assurant ainsi dans la cité l'harmonie qui la rendait agréable à vivre. Il était bon, donc beau. De cette beauté que le philosophe Platon voit inscrite dans la splendeur du vrai. La connaissance des préceptes et des règles de la tradition transmise lors de l'initiation mais aussi tout au long de sa formation façonnait le jeune africain pour en faire un citoyen respectueux des règles, connaissant les métiers. Un travailleur utile à la société, préoccupé de fonder un foyer et d'assurer la continuation de la lignée du clan, sous l'oeil favorable des ancêtres et du Dieu puissant. Cette harmonie entre les vivants et les morts, l'univers, l'environnement et les habitants de la terre rythmait les saisons et assurait le bonheur, la paix et l'entente entre tous. Ce développement-là était assuré par cette culture réconciliée avec elle-même. Mais est-elle à magnifier et à réinstaurer pour autant? L'effort à faire aujourd'hui c'est moins de recoudre les pièces d'une dynamique du passé que d'interroger le présent et de repérer les lignes forces des aspirations, du bonheur et par ricochet du type d'homme idéal à reformuler. Cette vision appelle la redéfinition d'un cadre adapté pour une réalité, la réalité d'une culture existante, spécifique dans sa nature, dynamique dans son action, rayonnante dans sa manifestation. Décomplexée. Et c'est un combat permanent. Car c'est cette culture qui définit le cadre d'évolution et d'éducation du citoyen burkinabè d'aujourd'hui, au travers des différentes étapes de formation, de sa jeune enfance à sa maturité.

La SNC face à son devenir

A Bobo 2006 déjà, certains chercheurs dont le Pr. Albert Ouédraogo estimaient qu'on ne devrait pas parler de Semaine Nationale de la Culture mais plutôt de Semaine Nationale des Cultures. Raison ? La culture burkinabè serait en émergence. Elle ne serait pas encore. Ils avaient donc préconisé que la SNC soit un espace d'exposition au lieu d'une arène de laquelle sortiraient des cultures victorieuses. Des questions se posent toujours après Bobo 2008.Peut-on et doit-on mettre en compétition des choses différentes ? En évaluant ou en hiérarchisant les traditions, la SNC ne risque-t-elle pas de favoriser l'effritement de pans entiers de la culture nationale ? C'est connu, la frustration des " perdants " peut les amener à se retirer progressivement de la manifestation. Tout comme en 2006, il y a eu plusieurs communications. Mais celles-ci se sont déroulées sans lien évident les unes avec les autres. On aurait pu cependant imaginer un colloque en marge des manifestations festives au cours duquel des scientifiques et des hommes de culture viendraient livrer leurs réflexions sur toutes les implications du thème. Au terme des échanges, le ministère de la Culture, du Tourisme et de la Communication publierait les différentes contributions sous forme d'actes du colloque. Le document ainsi produit serait diffusé à grande échelle et permettrait un suivi plus rigoureux des engagements pris. Il est également important de revoir le cadre devrant abriter ces activités. A la SNC 2008, la salle du CCF Henri Matisse était si exigue qu'elle a causé bien des désagréments à des festivaliers. Quand on a un ou des thèmes d'une extrême importance, il faut réfléchir au local qui va avec pour toucher le maximum de personnes. Dans sa conception, la SNC devrait permettre de promouvoir la culture burkinabè sous tous ses aspects (gastronomie, musique, art vestimentaire…) Mais un grand travail de sensibilisation reste encore à faire pour que cette mission soit effective. Côté musique par exemple, en dehors des animations Off, les artistes burkinabè n'ont pas été suffisamment joués. Il suffisait juste de faire un tour au siège de la SNC pour se rendre compte que la musique du terroir était reléguée aux calendres grecques au profit d'autres sonorités jugées plus "branchées". La SNC aurait également pu servir de tremplin pour la promotion du Faso Danfani, le tissu traditionnel. Mais les habitudes ont la peau dure et le costume-cravate dicte toujours sa loi. L'éducation culturelle dont il est question, ne peut pas se faire en l'espace d'une SNC. C'est une œuvre de longue haleine. Il faut impérativement la réussir. C'est ainsi que le Burkina saura éviter d'être une "épave flottant à la surface du système international" n

bationoflavien@yahoo.fr

Une SNF dans la SNC

La Commission Nationale pour la Francophonie a été bien présente à cette SNC. Elle a organisé la Semaine Nationale de la Francophonie du 20 au 28 mars dans la ville de Sya. Une première. Au cours de cette semaine, la commission a initié des activités littéraires, un panel sur le panafricanisme, des formations en Technologies de l'Information et la Communication (TIC) au profit des jeunes. Elle a surtout désigné la personnalité francophone de l'année. Ce sacre est revenu à Alimata Salembéré. Un hommage à titre posthume a été rendu au Pr Joseph Ki-zerbo pour sa contribution à la Francophonie et au panafricanisme n

AFB

Enfin un palais de la culture !

La Semaine Nationale de la Culture s'est achevée sur une importante décision : celle de doter la ville de Sya d'un palais de la culture. Ce morceau du puzzle vaut son pesant d'or. Son absence confinait la SNC à une manifestation sporadique avec des retombées disparates. La première pierre de l'infrastructure a été posée le 29 mars dernier. Avec une superficie de 3 hectares ce palais aura une capacité de 2500 places assises. Ce qui devrait permettre de faire face aux nombreux problèmes d'indisponibilité des places. L'infrastructure devrait être opérationnelle à la SNC 2010. 3,5 milliards sont nécessaires pour le bon déroulement des travaux. Dans la foulée, il est également question de la construction d'un conservatoire national des arts et métiers. Il servira de cadre de formation technique des différents acteurs n

AFB

Les récompenses
Cette année, c'est Gayéri Marie de la Gnagna qui est montée sur la plus haute marche du podium en vedette de la chanson traditionnelle. Guira Maimounata du Kadiogo en fera autant en Vedette de la chanson moderne. Djiguiya espoir du Houet s'est adjugée la première place en musique traditionnelle instrumentale. L'ensemble théâtral Badeya du Houet s'est imposé en théâtre. En création chœur populaire Benkadi de Darsalamy (Houet) occupe la 1ère place. Le Houet est toujours en tête en création chorégraphique grâce à la troupe Dankan. Dans l'ensemble, les prestations étaient d'un assez bon niveau. Beaucoup reste cependant à faire en termes d'occupation scénique, d'accoutrement ... Les différents lauréats ont reçu des prix oscillant entre 100 000 et 2 000 000 FCFA. Rendez-vous à la 15è édition en 2010 n

AFB

Bobo et la SNC
Après Ouaga 83, Gaoua 84, Bobo 86, Koudougou-Réo 88, la Semaine Nationale de la Culture s'est définitivement installée à Bobo-Dioulasso à partir de 1990. Un choix qui tient entre autres au rang de capitale économique qu'occupe la ville, au fait qu'on y rencontre une mosaïque de groupes ethniques donc d'expressions culturelles. Historiquement aussi, Bobo-Dioulasso symbolise la bravoure de Guimbi Ouattara et de Tiefo Amoro face aux colons et à d'autres envahisseurs. Politiquement enfin, la nécessité s'imposait de ne pas concentrer les manifestations d'envergure à Ouagadougou uniquement. Si une telle situation advenait, elle risquerait d'entraîner des velléités régionalistes voire sécessionnistes. Depuis la 5è édition tenue du 24 au 31 mars 1990, sur le thème " Culture facteur d'ouverture et de rassemblement ", Bobo-Dioulasso est donc la ville mère de la SNC n

AFB

 



 




© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 20 Avril 2008