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FOCUS
Par Arsène Flavien Bationo Mécanisme Africain d'Evaluation par les Paires (MAEP). C'est le nouvel évangile des "experts" en développement. Les concepts, l'Afrique n'en manque jamais. Toutefois, 60 ans après les Indépendances, du moins formelles, ce continent est toujours empêtré dans l'attentisme, l'asservissement et l'évolution à la périphérie du progrès. Dans un tel contexte, le MAEP peut-il fondamentalement changer les choses ? Le Mécanisme Africain d'Evaluation par les Paires (MAEP) a pour objectif de hisser l'Afrique sur la voie de la bonne gouvernance. Il propose une approche globale du concept qui recouvre la gouvernance politique et démocratique, la gouvernance économique et la gouvernance des entreprises. Ses évaluations doivent aussi porter sur le niveau de développement socio-économique. L'idée est lancée à Durban en Afrique du Sud en 2002 lors d'une session de l'Organisation de l'Unité Africaine (aujourd'hui, Union Africaine). Le MAEP prend effectivement forme le 9 mars 2003 à Abuja, au Nigeria, à travers un mémorandum signé par les Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'Union Africaine. Il compte à ce jour 27 Etats membres dont le Burkina. Le diagnostic avait été établi que l'Afrique souffrait d'une "crise de gouvernance" qui a pendant longtemps compromis la réussite de bien des programmes de développement. Parmi ces programmes, on peut citer la Nouvelle Initiative Africaine (NIA), qui deviendra plus tard le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD). A sa naissance en 2001, les positions vis-à-vis du NEPAD sont diverses. Pour les uns, il s'agit là d'une nouvelle dynamique porteuse de salut. Pour les autres, le NEPAD ne propose rien de nouveau dans les efforts de développement entrepris par le continent noir. Il ne fait que renforcer la dépendance de l'Afrique envers les puissances économiques et politiques du Nord. Sept (07) ans après son lancement, le constat s'impose aujourd'hui. Implacable. Le NEPAD est une coquille vide ! Voici donc venue l'ère du MAEP qui est en réalité un programme de gouvernance du NEPAD. Mode opératoire L'adhésion au mécanisme est volontaire. Les pays choisissent librement de s'engager, en connaissant les règles établies. La démarche du MAEP est basée sur la pédagogie et non sur la coercition. De l'avis de Jean-Baptiste Natama, Secrétaire permanent du MAEP/ Burkina, cette stratégie permettrait de mettre en exergue les forces et les faiblesses de chaque pays, charge à lui, en toute souveraineté, de corriger ses lacunes à travers un plan d'action national. Ce plan d'action est élaboré au cours de l'évaluation du pays sur la base de ses propres données. L'évaluation se fait en deux phases. Il y a d'abord une phase d'autoévaluation qui est conduite techniquement par des institutions de recherche. Au Burkina, il s'agit du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD), du Centre d'Analyse des Politiques Economiques et Sociales (CAPES), de l'Institut National de la Statistique et de la Démographie (INSD) et de l'Institut supérieur des Sciences de la population (ISSP). Leur mission est de sonder la perception de la population sur la situation de la gouvernance dans leur pays. A la fin de l'autoévaluation, les données recueillies, analysées et traitées, font l'objet d'une validation au niveau national par l'ensemble des acteurs du développement. Les informations recueillies sont également soumises à un contrôle d'experts non nationaux. C'est ainsi qu'en février dernier, une mission d'experts conduite par Marie-Angélique Savané a fait le tour des différentes régions pour l'évaluation du Burkina Faso. Les populations n'ont pas mâché leurs mots sur leur extrême pauvreté, la corruption électorale, les difficultés pour la création d'entreprises Nouvel habillage de pratiques anciennes Du point de vue de la gouvernance politique, les recommandations
des experts sont entre autres relatives au perfectionnement du système
électoral, au renforcement du processus de la décentralisation.
Ils préconisent également l'amélioration des relations
civils / militaires, la lutte contre la corruption, la clarification
du statut des chefs coutumiers, la dépolitisation de l'administration
Sur la gouvernance économique et financière, ils notent
un train de vie de l'Etat en déphasage avec les réalités
économiques nationales. D'où l'incivisme fiscal, le clientélisme,
le blanchissement d'argent. La gouvernance d'entreprise fait ressortir
une floraison d'entreprises familiales, limitant ainsi l'accès
au crédit. Avait-on véritablement besoin d'experts internationaux
pour se rendre compte de ses maux dont les populations souffrent au
quotidien ? Telle est la question que de nombreux citoyens se posent.
Ce qui du même coup pose le problème de la crédibilité
de cette évaluation. En effet, au terme des auto-évaluations
nationales et des évaluations du Secrétariat du MAEP,
les rapports doivent être soumis à l'appréciation
des chefs d'État et de gouvernements des États-parties.
Le MAEP, un PAS bis ? De plus, le MAEP est un processus d'évaluation
auquel adhèrent volontairement les États. Ils peuvent
se retirer s'ils en estiment le besoin. Il n'y a donc pas, comme on
le dirait en Droit International, de " jus cogens ". C'est-à-dire
une norme impérative à laquelle les Etats ne sauraient
déroger sous peine de voir leur responsabilité internationale
engagée. C'est le règne de l'autonomie de la volonté.
De la présomption de la bonne foi. Comment un mécanisme
d'évaluation peut-il être performant s'il ne fixe aucune
mesure coercitive ? Cette réalité peut faire courir au
MAEP le risque d'être taxé de " club d'amis "
à l'instar de la plupart des institutions africaines. Enfin,
il est à craindre que le MAEP ne glisse progressivement vers
une forme implicite de conditionnalité à l'aide publique
au développement. Le lien établi entre bonne gouvernance
et développement semble être partagé par tous les
partenaires au développement. Dans l'hypothèse où
il gagne une crédibilité aux yeux de la communauté
internationale, il risque de se transformer en une conditionnalité.
Dans ce cas de figure, l'Afrique se retrouverait à nouveau face
à la situation des années 80 et 90 marquées par
l'influence des pays du Nord et des institutions multilatérales
dans la formulation de politiques de développement de l'Afrique.
En attestent les politiques d'ajustement structurel (PAS) qui ont été
imposées par les institutions de Bretton Woods. Dans le contexte
post ajustement structurel, la bonne gouvernance, version Banque mondiale,
OMC et Fonds monétaire international semble légitimer
les choix politiques et économiques qui avaient conduit à
l'imposition des politiques d'ajustements structurels (PAS). bationoflavien@yahoo.fr
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L'Evénement - Déc. 2001 | ||||||