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FOCUS

Air Burkina
Des braises sous les cendres


Les délégués du personnel déterminés à recouvrer leurs droits par les voies legales.

Par Arsène Flavien Bationo

La compagnie de transport aérien Air Burkina a été secouée les 1er et 02 février 2008 par un mouvement de mécontentement de son personnel. Les revendications tournent essentiellement autour des revalorisations salariales. Le Directeur Général, Mohamed Ghelala qualifie la grève de "sauvage". Les travailleurs, de leur côté estiment que c'est le seul moyen pour faire entendre raison à la direction. Les positions sont assez excentriques au début. Mais de tractations en tractations, les différentes parties arrivent à signer un procès verbal de conciliation le 08 février 2008 avec à la clé d'importantes concessions de part et d'autre. Aujourd'hui, un calme apparent règne au siège d'Air Burkina. Le ciel n'est pas pour autant totalement dégagé. Il y a des couacs et des quiproquos quant à l'application effective du protocole.

Air Burkina entame le mois de février avec ses "48 heures chrono " d'angoisse, de tourment, d'ébullition. Le 1er février, à l'aéroport, les passagers sont désemparés. Impossible pour eux d'embarquer à bord d'un avion de la compagnie. Au siège, les esprits sont surchauffés. L'entrée principale est barricadée. Les travailleurs invectivent le Directeur Général. Ils mentionnent surtout le peu de considération dont il fait preuve à leur égard. Le vase semble débordé. Ils ne veulent plus s'en laisser compter et exigent la satisfaction immédiate et inconditionnelle de leur plateforme revendicative. La dite plateforme tourne autour de la revalorisation salariale pour l'ensemble des agents, la remise à niveau et la qualification de trois jeunes pilotes burkinabè. Il y a aussi la question de la couverture médicale pour les travailleurs du sol, les indemnités et frais de missions…

Remise en cause d'acquis

Cette grève fait suite à une autre qui date de 2004. En son temps, les travailleurs réclamaient une hausse des salaires de 16 à 20 %. Chose qu'ils disent avoir obtenue du Président du Conseil d'Administration, Mahamadi Sanoh pendant que l'actuel DG était en voyage. A son retour, celui-ci a promis de reprendre ses "largesses". Aux yeux de Francis Ouédraogo, un délégué du personnel, c'est à partir de ce moment que Mohamed Ghelala commence à remettre en cause les acquis des travailleurs. Il cite entre autres la suppression de l'assurance pour les mécaniciens accompagnateurs (ceux qui sont dans l'avion), le passage des visites médicales des agents de la classe 2 et 1 comme c'était le cas avant, à la classe 3. A travers cette rétroaction, les agents n'ont plus la possibilité d'aller faire leurs visites médicales en France, en Tunisie, … mais sur place à Ouagadougou. Cependant, les travailleurs estiment que dans le domaine aéronautique, il faut des spécialistes que le Burkina Faso n'a pas encore. Mme Ganou Damata, une autre déléguée du personnel ajoute ceci : "Dans le temps, nos parents bénéficiaient de billets de voyage. Nos frères et sœurs avaient une réduction de 90%. C'étaient là quelques avantages affairant à notre activité. Aujourd'hui, il (le DG, ndlr) les a supprimés. Cela a contribué du même coup à casser notre moral. Il y a aussi la pratique pernicieuse des affectations arbitraires pour faire perdre aux travailleurs des indemnités. " Sana Idrissa, un autre délégué du personnel évoque la question de la couverture médicale. Il précise que tous les agents du sol bénéficiaient de 200 000 FCFA/an comme frais de couverture médicale pour eux et les membres de leurs familles. Les navigants (pilotes, hôtesses, stewards, mécaniciens accompagnateurs) avaient une couverture sans limite. Le système fonctionnait de telle sorte qu'à la fin des 200 000 FCFA, un travailleur pouvait encore, face à un cas de maladie, prendre de l'argent qui sera par la suite retranché sur son salaire. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Sauf urgence.
Toujours dans la logique de la couverture médicale, les agents avaient la possibilité de s'approvisionner dans plusieurs pharmacies de la place. Le DG Mohamed Ghelala trouve que "ce système favorisait des combines et des traficotages de tous genres". C'est donc pour les éviter qu'il a redirigé les travailleurs uniquement vers la Pharmacie de l'Indépendance. Mais les employés critiquent la stratégie. "Il nous a confinés à la Pharmacie de l'Indépendance. Mais souvent, celle-ci n'a pas les produits recherchés. Elle délivre des avoirs mais nous pouvons faire une semaine sans avoir les médicaments. De plus, imaginez un travailleur qui doit mettre du carburant dans sa moto, quitter Pissy pour venir prendre un bon de médicaments de 2000 FCFA à la pharmacie de l'Indépendance. Le jour où celle-ci n'est pas de garde, c'est la croix et la bannière " se plaint Mme Ganou. Sur la question, le DG dit avoir proposé un système d'assurance maladie où chaque contractant pouvait bénéficier d'au moins 4 millions de FCFA/ an à condition qu'il cotise. " Je trouvais que les frais actuels de 200 000 FCFA étaient insuffisants et dépassés. Mais les gens ont refusé de cotiser ". A l'heure actuelle ce sont les 200 000 F qui sont en vigueur. Même si un travailleur n'arrive pas à épuiser cette somme, le restant n'est pas transférable sur son salaire. C'est une disposition du statut des travailleurs.

Pilotes frustrés

Les salaires des pilotes constituaient un autre point saillant de cette grève. Les agents avancent que sur l'avion MD87, le commandant de bord burkinabè perçoit 3950 FCFA/ Heure de vol conte 21650 pour son copilote qui se trouve être un expatrié. Le commandant de bord burkinabè Louis Michèl Attié trouve très humiliant et injuste qu'il ne perçoive que 900 000 FCFA/mois pendant que son assistant empoche 1 800 000 sinon plus et qu'il soit en plus logé à Ouaga 2000. "Nous avons consenti beaucoup de sacrifices pour cette entreprise. Mais là c'est intolérable. Nous savons que de l'argent est injecté dans la compagnie. Il faut alors se pencher sérieusement sur le cas des travailleurs". Francis Ouédraogo, lui ajoute que quand un technicien burkinabè se rend à la compagnie aérienne du Mali pour travailler, il reçoit d'Air Burkina 20 000FCFA/jour plus l'hôtel pris en charge. Par contre, les techniciens maliens en déplacement à Air Burkina perçoivent 45 000 FCFA/jour, plus 25000 FCFA pour frais d'hôtel. " Nous ne pouvons tolérer ces grandes disparités. A ce que nous sachons, le Directeur Général touche maintenant près de 4 000 000 FCFA/mois. Cette augmentation a été justifiée par le fait qu'il devait être mis sur le même pied que son homologue du Mali. Pourquoi cette même logique n'est-elle pas appliquée aux autres travailleurs ?" se demande Sana.

Bras de fer juridique
en perspective

Nous n'avons pas pu vérifier l'information sur le salaire du DG. Mais il estime que chacun est payé en fonction des réalités socio-économiques de son pays. Il se dit par ailleurs " très surpris " que la grève ait eu lieu. Pour lui, rien ne la justifiait ni ne la laissait entrevoir. Pourtant, il y avait des signes précurseurs depuis le 18 janvier 2008, à la soirée de présentation de vœux couplée au 40e anniversaire de la compagnie. C'est à cette occasion que les différentes revendications ont été rendues publiques, en présence de partenaires d'Air Burkina. Pour les travailleurs, cette situation est la résultante d'un " mépris exagéré ". En 2004, lorsqu'ils ont obtenu l'augmentation salariale, les travailleurs s'étaient engagés à ne pas en demander une nouvelle avant 2006. C'est donc à l'expiration de cette convention qu'ils ont entamé les négociations. Mais le Directeur Général n'aurait répondu que par la sourde oreille. "En trois ans, il n'a jamais organisé d'Assemblée Générale avec l'ensemble des travailleurs. A l'intérieur de l'entreprise, le climat social et relationnel était lourd et insupportable. Nous étions pratiquement au bord de l'explosion", assène Francis Ouédraogo. Le DG s'en défend en affirmant qu'il est "ouvert au dialogue". Ce que les syndicalistes réfutent. Au début de la crise, ils réclamaient même son départ avant toute négociation. Finalement le DG parviendra à sauver sa tête. Sous la conduite du Ministère des Transports et du group Aga Khan (actionnaire principal de la compagnie avec 86% des parts), les différentes parties signent un procès-verbal de conciliation le 08 février 2008. Ce protocole prévoit une revalorisation des salaires de 5 à 10 % pour l'ensemble des travailleurs autres que les pilotes. Ceux-ci devront désormais toucher près de 2 000 000/ mois et percevoir 24500FCFA/ heure de vol comme les autres. Le document prévoit aussi qu'Air Burkina fasse recours à une assurance privée pour la couverture médicale, que la compagnie applique la note de service sur l'indemnité de transport...
Juridiquement, ce protocole a force exécutoire puisqu'il a été signé par les différentes parties. Il devrait donc être appliqué tel quel. Mais il y a déjà des points d'achoppement. Tandis que le DG déclare que les salaires seront réajustés dès ce mois de février, les syndicalistes dénoncent "une volonté manifeste de ne pas vouloir appliquer le protocole". Le 21 février dernier, les travailleurs étaient du côté de l'Inspection du Travail. Ils entendent faire appel à un huissier pour faire respecter leurs droits n


bationoflavien@yahoo.fr


 




© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 2 mars 2008