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FOCUS

Arrondissement de Bogodogo
A Taabtenga, les " propriétaires terriens " font la loi


Zénabou Drabo, maire de Bogodogo

Par Sami Bruno Sanogo Gniminou

" Depuis longtemps, je ne vote qu'à l'école primaire Sainte Marie. Une école située à 200 mètres de ma maison. Mes enfants y vont aussi…", assure Ahmado Kondobo, en brandissant des cartes d'électeur dont la plus ancienne est de 1998.
Il y a au moins 9 ans qu'Ahmado vit avec ses deux enfants scolarisés, dans le quartier Taabtenga, une zone non lotie située derrière la Pédiatrie Charles de Gaulle du secteur 28 de Ouagadougou. Le recensement de 2003 avait enregistré Ahmado, comme résident de cette zone. Tout comme les 885 personnes, dont le reçu de paiement des droits de parcelle porte " PT " au verso. Ce qui signifie que l'accord des propriétaires terriens (PT) est nécessaire pour l'obtention de la parcelle demandée.

La pagaille des "mauvais esprits " !

En effet, pour cette opération de recensement, les propriétaires terriens sont associés. Idem pour les lotissements et l'attribution des parcelles. Ce sont, selon une source autorisée, "Les Rouamba, les Dakouré, les Zagré", les premiers habitants de la zone. Certains font partie de la commission ad hoc, déléguée par la mairie de l'arrondissement de Bogodogo pour l'attribution des parcelles. Alors en avril 2004, cette commission ad hoc pour l'attribution des parcelles laisse sur le carreau près d'un millier de demandeurs, pourtant résidents depuis plusieurs années. Justification : " Il leur faut l'accord des propriétaires terriens, dont le premier responsable est un chef, qui n'existe pas encore, avant que la commission ne se décide à accepter leur paiement. Parce qu'ils ne sont pas autochtones de la zone."
Bon nombre de ces "non autochtones" cherchent à comprendre pourquoi cette discrimination. Et même des tentatives solitaires sans suite. "Quand je me suis rendu à la mairie avec mon reçu pour payer mes cinquante mille francs, parce que j'ai la mention "Résident réel", l'agent fouille sur sa liste, mais sans voir mon nom, ni mon numéro. Il refouille une deuxième fois et même une troisième fois…Il me demande d'aller voir la commission d'attribution. C'est là qu'ils m'ont sorti une liste spéciale. Et en la regardant, ils me disent : toi, tu es " PT ". A moi de leur demander ce que cela signifie. Ils me répondent : il faut te referer aux propriétaires terriens.", témoigne péniblement Ahmidou Lingani, président de ces laissés-pour-compte. Il vit à Taabtenga depuis son retour de la Côte d'Ivoire, il y a quatre ans. Pour lui, cela rappelle le concept d'ivoirité, que d'avoir à faire la distinction entre "Propriétaires Terriens" et Résidents "non autochtones". Car explique-t-il : "Nous sommes tous des citoyens burkinabè et personne n'a passé un concours pour avoir la carte d'identité…". Boureima Ouédraogo, un autre concerné de le relayer : "Nous participons à la vie communautaire de ce quartier. Les funérailles, les mariages et lorsque quelqu'un revient de la Mecque, nous faisons une cotisation pour l'accueillir…".
Boureima vit à Taabtenga depuis 15ans. Il a sous sa charge six enfants, qui vont à l'école Sainte-Marie.
A l'unisson, ils admettent que : "Ce sont de mauvais esprits, voulant plusieurs parcelles, qui ont manigancé tout ce complot. Certains d'entre eux ont obtenu 5 à 6 parcelles et même plus. Mais au nom de leurs cousins, de leurs neveux et même pour certains de leurs parents, qui ne sont plus en vie…".

Le chef s'y met…

En revanche, le reste de la population et le chef de Taabtenga manifestent aux " non autochtones" toute leur sympathie. Intronisé en Décembre 2005, le chef est devenu le médiateur dans le contentieux qui oppose ces concitoyens au début de l'année 2006. Il envoie dans un premier temps au maire de Bogodogo une lettre pour la " levée " de l'embargo des " PT ". Aucune réponse n'a été donnée jusqu'aujourd'hui. Le paradoxe, c'est qu'à l'origine, le chef, avant de l'être, était de ceux qui ont avancé l'idée d'expulser les " non autochtones". Aujourd'hui, il décline toute responsabilité sur le choix de ces "non autochtones". "Je ne suis pas content du travail que ceux de mon clan ont fait sur le recensement des gens à qui il faut retirer des parcelles. Nous nous étions entendus pour que ceux qui ont de grosses parcelles n'en aient qu'une de bien raisonnable. Les miens ne m'ont point compris, et ils ont fait un sale boulot. C'est pourquoi dès mon intronisation, je me suis investi pour qu'une solution soit trouvée au plus vite. Car cette histoire m'empêche de dormir…", rectifie le chef. Pour accélérer la recherche de solution, le "Taabtenga naaba" fait recours au "Wemtinga naba", médiateur plénipotentiaire dans la tradition moaga. Le Wemtinga naaba est bien respecté, et en général, il réussit les résolutions de conflits.

Mais que peut faire un maire en partance ?

Le "Taabtenga naaba" avoue n'être au courant de rien, mais les victimes de l'expropriation sont bien convaincues. Le maire de Bogodogo ira sous peu occuper son siège de député à l'Assemblée nationale. Mais avant de partir, Zénabou Drabo nous assure que la situation trouvera solution. Pour elle, ceux qui se plaignent n'ont pas tort. Le problème viendrait des prétentions démesurées de ceux qui se disent autochtones. Ils exigent des parcelles pour eux, leurs enfants (quel que soit l'âge) et même pour de prétendus ressortissants du bled vivant à l'extérieur du pays. Elle estime que cela n'est pas normal. " Nous n'avons pas assez d'espace pour satisfaire ceux qui sont régulièrement installés à plus forte raison ceux qui n'y ont rien construit. Il faut que les gens soient raisonnables. Ce n'est pas parce que l'Etat a voulu impliquer tout le monde dans les lotissements qu'il faut en abuser. ", se plaint-elle. Dans tous les cas, elle estime que le problème sera résolu suivant la RAF et les critères administratifs. En attendant, elle préfère laisser le cas du secteur 28 de côté pour se concentrer sur les autres secteurs. Au temps opportun, tous les acteurs seront conviés pour harmoniser les points de vue n



Affaire de parcelles à Bassinko
Le maire Pascal recourt aux gros bras

" Avant, on vivait en harmonie, c'est le lotissement qui nous a divisés.", affirme Pierre Zongo, conseiller du village de Bassinko dans la commune de Sig-Nonghin. Ces propos sont l'expression du climat qui règne depuis l'attribution des parcelles dans ce village. Cette affaire de parcelle a fait beaucoup de mécontents. Elle a créé des problèmes et une profonde division à plusieurs niveaux. Le recensement et l'attribution des parcelles ont mis à l'écart dès le départ les non résidents. Ce qui est incompréhensible et injustifiable selon eux. Ils estiment cette décision illégale et illégitime. Les priver du droit d'avoir un terrain dans leur village est inacceptable "Trouvez-vous normal qu'un fils du village n'ait pas un pied à terre chez lui ? On dit que les non résidents n'ont pas droit à une parcelle. Pourtant, certains non résidents ont eu des parcelles. ", interroge un ressortissant du village. Les parcelles dégagées n'ont pas couvert les besoins des populations résidentes. Seuls les chefs de ménages et des veuves ont bénéficié des lopins de terres. La mairie de Sig-Noghin, à la demande des populations, a dégagé une zone supplémentaire de 400 parcelles pour le reste des postulants. C'est ainsi que chaque quartier a pu bénéficier de 40 parcelles. Ces parcelles étaient certes insuffisantes, mais devraient contribuer à pallier les urgences. Le lotissement de la zone litigieuse entre Tanghin Dassouri et Bassinko, selon la mairie, viendrait satisfaire la population. Avec ce lotissement, tous les fils du village résidents à l'extérieur seront satisfaits, affirme Dakissaga Seydou, responsable administratif du quartier Nakomgo. La répartition des 40 parcelles attribuées à chaque quartier divise les quartiers, les familles et fait des victimes. Cette répartition est laissée entre les mains du conseiller du village et ses plus proches collaborateurs. La mairie n'a pas jugé utile de s'associer à l'opération d'attribution pour identifier les personnes prioritaires. Dans cette situation, les suspicions, les accusations et l'affairisme ont pris le dessus sur le consensus. Pour le conseiller, chaque quartier a eu 40 parcelles. Les vieux de Gantin (quartier) affirment que certains ont eu plus de 40 parcelles. Ces parcelles qu'ils ont acceptées à contrecoeur n'auraient pas été équitablement reparties. Ceux qui sont chargés de la répartition des 40 parcelles de Gantin ont retenu 4 parcelles. Ce qui suscite la colère des autres. Plusieurs délégations ont été envoyées chez le maire. A chaque fois, elles n'ont jamais pu le rencontrer. Barthélemy Kaboré, agent au ministère de la Culture fera le frais de cette situation. Le 18 décembre, il a été convoqué à la mairie de Sig-Noghin. La rencontre prévue à 8 h à la mairie fut reportée à 18h au domicile du maire Pascal Ouédraogo. Alors qu'il s'attendait à échanger sur l'affaire de 40 parcelles de Gantin, il fut cueilli par le maire, des membres de sa famille et le conseiller de Bassinko. Installé au milieu de cette foule prête " à finir avec lui ", le maire lui demande d'insulter sa propre mère. Pour le maire, le jeune aurait insulté sa mère dans un débit de boisson. Ce que Barthélemy ne reconnaît pas. De toutes les façons, la sentence était déjà tombée en absence du prévenu. " Il l'a insulté en présence de mes frères ", affirme le conseiller de Bassinko, celui-là qui a transmis la convocation du maire. " S'il savait l'objet de la convocation, il ne viendrait pas. ", conclut un jeune au côté du conseiller. Barthélemy Kaboré, en ce soir du 18 décembre, durant une bonne vingtaine de minutes, va subir les coups des hommes de Pascal Ouédraogo. Il sera libéré lorsqu'il perdit connaissance. Il s'en sortira avec plusieurs blessures et une incapacité de travailler de plusieurs jours. " Il pouvait éviter tout ça s'il avait accepté insulter sa propre mère comme le maire le lui avait demandé ", déclare un jeune témoin de la scène. Barthélemy ne reconnaît pas avoir offensé le maire. Il affirme que le maire a écouté des gens qui voulaient se venger de lui. Son seul crime est son soutien à ses parents pour récupérer les 4 parcelles que certaines personnes ont prélevées. " Je ne fais pas de politique, je n'ai pas eu de parcelle, mais je n'en fais pas un problème. Je trouve seulement inacceptable que des gens qui ont déjà eu des parcelles prélèvent 4 parcelles au moment où ça ne suffit pas. J'ai encouragé les parents à rencontrer le maire pour discuter." La bastonnade serait un règlement de compte entre frères du village par le maire interposé. Pierre Zongo, visiblement satisfait de la séance de ce soir, affirme avoir échappé à plusieurs tentatives de lynchage. " C'est un jeune frère, si ce n'est pas ce maire, personne ne peut gérer Bassinko…Barthélemy dit qu'il connaît des gens à la justice. " Pour lui, si ce quartier n'a pas eu ses parcelles, c'est parce que des gens voulaient sa mort. Face donc à cette situation, le maire a suspendu l'attribution des parcelles litigieuses. Ce que ne reconnaît pas le vieux Ousmane Kaboré. Le conseiller a été invité pour échanger sur les quatre parcelles prélevées. Mais il n'est jamais venu. Tout ce que souhaite Ousmane, c'est la répartition basée sur des critères objectifs des 40 parcelles. Le conseiller et son équipe composée de Seydou Dakissaga, Idrissa Sam, et bien d'autres auraient, selon certaines personnes à Bassinko, réalisé de " gros deals" dans l'attribution des parcelles. Ce que ces derniers ne reconnaissent pas.
Nous avons essayé plusieurs fois de rencontrer le maire pour écouter sa version des faits, mais on nous a toujours dit qu'il est occupé ou absent. Nous avons signifié l'objet de la visite et laissé les contacts. Des démarches qui n'ont pas abouti.

Par Abdoul Razac Napon

 




© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 15 Janvier 2008