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Façon de voir
Par Newton Ahmed BARRY

Blaise : un an de perdu !

Bientôt, le chef de l'Etat va donner le congé annuel à ses ouailles. Cette année, puisque l'année politique commence en septembre, fut pleine, politiquement parlant. La présidentielle en novembre et les municipales en avril. Après avoir bataillé dur pour lui assurer une réélection " large rassemblement ", comme il les aime bien, les membres de son gouvernement, qui sont aussi très souvent les bonzes du parti présidentiel, dans leurs fiefs respectifs ont mouillé le maillot pour assurer la prédominance du CDP aux communales. En effet, le CDP gère 313 communes sur les 352 municipalités du pays. C'est donc un règne sans partage en attendant le règne absolu, puisque certaines communes ont des chances de finir dans le giron du parti présidentiel. Pour le chef de l'Etat et ses partisans, c'est donc une année pleine et bien pleine. Ils peuvent donc, très logiquement prendre un repos bien mérité. Mais qu'en est-il des attentes des populations ?
Pour l'instant, le chef de l'Etat ne laisse pas entrevoir qu'il va s'en occuper. Juste après sa réélection, ses partisans avaient parlé pour lui en disant qu'il attendait les municipales, pour voir clair dans les rangs de son large rassemblement. Les municipales sont arrivées et passées, mais Blaise Compaoré est toujours muet. Ceux qui le " savent bien " disent que les résultats des municipales ne sont pas ceux qu'il attendait. Que surtout, son ombre " Gorba "1 lui aurait fait la feinte de Zidane (et non pas le coup de boule), en laminant les " courtisans ", ne lui donnant plus d'autres choix que de poursuivre avec ses " amis " du CDP. Et à défaut de changer significativement, il s'est résolu à poursuivre avec les mêmes. En attendant les législatives. Pour faire sa politique, comme il le souhaite, Blaise Compaoré qui est élu pour un quinquennat a décidé donc de sacrifier deux années. Cette année, c'est perdu. L'année prochaine aussi, c'est d'office perdu. Les législatives devraient avoir lieu en mai, l'installation du nouveau Parlement en début juin. Le remaniement obligatoire aussitôt après, c'est-à-dire au plutôt en fin juin. La nouvelle équipe, si le président a pu enfin faire ce qu'il veut, aura juste le temps de s'installer avant les vacances gouvernementales. A la rentrée, si c'est un nouveau, vraiment nouveau Premier ministre, dans le genre Kadré, qui a été dégotté, il faudra quelques mois pour connaître les rouages de l'administration, se familiariser avec les procédures des partenaires techniques et commencer maintenant à donner la pleine mesure de lui-même. Dans ce cas, nous aurions perdu encore une bonne demi-année. Puis arrivera 2009, l'année où il aura atteint sa vitesse de croisière. Mais ce sera aussi l'année qui précéde immédiatement l'élection présidentielle. En tout donc, le nouveau gouvernement de Blaise Compaoré, celui de son premier quinquennat, n'aura travaillé pour les Burkinabè qu'un an et demi. Et puis viendra l'élection présidentielle de 2010, à laquelle, si Dieu lui prête vie, il va forcément se présenter, puisque lui-même fixe sa retraite à 60 ans.
Non, il faut vous ressaisir, Monsieur le Président et nous prémunir des syndromes des longs règnes. A la fin, on ne travaille plus. Un ami qui a connu le règne Lamizana m'explique comment, vers la fin des années 1970, pratiquement, les barons du régime ne partaient plus au travail. Certains passaient le temps à la belotte et d'autres " s'enjoillaient "2 dans les boîtes de nuit. Vous croyez que cela ne vous arrivera pas ? Attendons de voir. Déjà et depuis l'année dernière, un observateur avisé qui suit votre règne attentivement s'était étonné de la non tenue à date fixe de certains Conseils de ministres. Ce qui, dit-il, était inimaginable à vos débuts, tellement vous mettiez un soin particulier à ces rendez-vous hebdomadaires avec vos ministres. Mais là encore, Monsieur le Président, c'est le temps. Celui-là a deux vilains défauts. Il vient à bout de tout. Il se venge de tout ce qui a été fait sans lui. Bonnes vacances Monsieur le Président, mais n'oubliez pas que le temps n'attend pas n


1 C'est le surnom donné au ministre d'Etat Salif Diallo
2 Expression du largo ivoirien, tirer de l'anglais " to enjoy "






© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 juillet 2006