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Pourquoi chercher
des poux sur la tête d'un chauve
Recevoir 30 millions de FCFA la nuit, loin des grandes oreilles
indiscrètes de Ouaga. Percevoir 30 millions de FCFA par
un intermédiaire du Président du Faso, n'en informer
ni son bureau politique, ni ses militants. Les interrogations
à charge peuvent s'accumuler, les faisceaux de présomption
se multiplier, l'homme politique Laurent Bado reste constant :
ce n'est ni de près ni de loin de la corruption ! Ce "
don " du pouvoir, c'est parce qu'il est le seul opposant
crédible aux yeux de Blaise Compaoré. Le professeur
de droit constitutionnel, Laurent Bado, prend le relais : "[
]
S'il n'y a que deux personnes incorruptibles au Burkina, j'en
suis ; s'il n'y a qu'une personne, je le suis", Si le Professeur
de droit le dit, alors pourquoi penser le contraire ? Alors Citoyens
circulez, il n'y a rien à voir !
Misère de politique ! Avoir de grandes idées et
de grands projets ne suffisent pas pour être élu
ou réélu, détenir le pouvoir et le conserver.
L'efficacité a un coût croissant. Il faut des moyens
financiers. Comment introduire des idées nouvelles, renouveler
le personnel politique sans autonomie financière?
Réponse trouvée auprès des adeptes de la
courte échelle : faire partie de la Cour du Roi. Accepter
de nuit, une offre de financement du président du Faso,
pour constituer une opposition forte, c'est décider, in
fine, de faire partie de la cour du Roi. Homme politique pauvre,
Laurent Bado est devenu un pauvre politique dont la crédibilité
est en lambeaux !
On le savait, on en a la confirmation expresse : le pouvoir perturbe
les meilleurs esprits. Seuls des êtres d'exception peuvent
résister à la tentation de l'argent. Pour les autres,
ils succombent à coup sûr, victimes de l'ivresse
du pouvoir, des flatteurs qui les entourent et qui les pressent,
en spéculant sur les facilités que leur donne la
"raison d'Etat, la raison de parti, l'intérêt
général". Victimes enfin de compte de ne pas
se connaître soi-même.
L'argent justifie, pour l'heure, tous les comportements des hommes
politiques. Sans être regardants sur sa provenance. La thèse
du politicien vertueux ne résiste donc pas. Les hommes
politiques n'en restent pas moins des hommes. Faillibles ! Nos
politiques recherchent leurs intérêts personnels
qu'ils n'hésitent pas à draper d'une lourde couche
de vernis idéologique. Laurent Bado n'est ni le premier
ni le dernier. L'émissaire du Chef de l'État le
reconnaît : "Tous les opposants que vous connaissez
ont été financièrement soutenus par nous
dans ce sens, mais non contents d'utiliser cette aide à
des fins personnelles, ils sont les premiers à nous insulter,
à dire que le régime est corrompu alors qu'ils sont
aussi, sinon plus corrompus que nous
".
L'argent public n'est-il pas nécessaire au fonctionnement
de la démocratie ? Dans les démocraties occidentales,
seuls les partis officiellement reconnus bénéficient
de subventions. Le financement des candidats rend le vote responsable
: le citoyen engage son argent autant que son bulletin de vote.
L'affaire Laurent Bado pose en des termes très crus le
financement des partis politiques. Car la démocratie ne
saurait se résumer en l'organisation réussie des
joutes électorales mettant aux prises des Mammouths et
des moutons. Le progrès de la démocratie, au Faso
serait que des citoyens attirés par un projet ou un homme
politique n'hésitent pas à mettre la main à
la poche. Et que les bénéficiaires n'hésitent
pas non plus à publier le montant et les activités
y afférent. L'honnêteté y trouvera son compte.
Et les intellectuels qui veulent s'aventurer en politique préserveront
ainsi leur intégrité.
Avant la politique, Laurent Bado était pour tous ce que
doit être un intellectuel émergé de l'intelligentsia
burkinabè. Par des écrits, des interviews et des
conférences techniques, inlassablement, le citoyen Laurent
Bado cherchait "à éveiller la conscience de
[ses] concitoyens". Il démontrait, montrait, pourfendait,
bataillait le verbe haut et le propos convaincant. Il n'hésitait
pas à secouer brutalement le consensus ambiant quitte à
se mettre à dos une partie de l'intelligentsia. Qu'importe,
puisque le peuple aimait, trouvait enfin son porte-parole. Il
était le lampion. Celui qui éclaire le chemin du
peuple, mais également celui des étudiants. Il vivait
comme le peuple. Il était comme eux. Il était eux
! Aujourd'hui, le politique Bado a complètement dilapidé
le crédit du citoyen Laurent.
Au Burkina, l'argent est toujours moralement suspect. Et le Professeur
de droit constitutionnel Laurent Bado le sait. Mieux que quiconque.
N'ayant pas perdu ses facultés d'anticipation et de discernement,
il avertit son "petit frère", Émile Paré
: "Tu vois, les Burkinabè sont méchants et
dès qu'on parle d'argent, ils ne réfléchissent
plus. Recevoir de l'aide pour réussir notre ambition, ce
sera manger chez Blaise quand ils l'apprendront. Et ils l'apprendront
un jour car, comme c'est écrit, ce qui est voilé
sera un jour dévoilé et ce qui est secret sera un
jour publié. N'oublie pas que des militaires nous ont vus
entrer chez Blaise la nuit ! C'est pourquoi, je prends seul la
responsabilité de cette affaire pour que, même si
les gens venaient à nous juger sans aucun discernement
ni bon sens, toi au moins tu sois épargné".
Somme toute, Laurent Bado, "droit comme un teck de Pabré",
a été sous-estimé. Il brille autant dans
la lumière que dans l'ombre. Propulsé par la force
des choses, leader, il se verrait en Christ se sacrifiant pour
que sa parole lui survive.
La vérité étant toute relative, pourquoi
le professeur de droit n'aura-t-il pas sa raison ; raison tout
simplement ! Après tout, s'il déclare que cette
affaire n'est nullement de la corruption, il n'y a donc pas de
mauvaises pensées à avoir. Pourquoi les analphabètes
en droit remettraient-ils en cause sa parole ? Allez donc savoir
ce qui pousse nombre de Burkinabè à chercher des
poux sur la tête d'un chauve !
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