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Façon de voir
Par Newton Ahmed BARRY

La grande malade
du Sud

Notre grande voisine du Sud continue à ne pas bien se porter. Le mois d'avril qui s'annonce sera déterminant pour l'évolution de la crise qui la secoue. En effet, c'est courant avril qu'expire le mandat de la force onusienne et déjà chacun des camps veut saisir l'occasion pour reposer l'équation de sortie de crise en sa faveur. La ligne de fracture des deux camps n'a pas beaucoup évolué. Le camp du président Laurent Gbagbo reste dans sa stature d'" agressé " avec le droit de se défendre, y compris, ou disons de façon préférentielle, par le moyen des armes. La guerre d'abord, à défaut le dialogue.
Du côté de la rébellion, la nécessité a fini par faire loi. Le temps, l'enclavement, le tarissement des moyens et les clivages prévisibles pour un mouvement aussi hétéroclite ont fini par ramener les ambitions à des proportions raisonnables. Les Forces nouvelles ont compris qu'une victoire militaire n'est plus à leur portée et peut-être même qu'elle n'est plus souhaitable. La situation présente, au niveau diplomatique cela s'entend, arrange bien les " soudards " de Bouaké qui n'ont plus les moyens de gagner une guerre mais pourraient amplement tirer profit d'une paix des braves. C'est ce qu'ils ont compris et c'est pourquoi aux manifestations anti force onusienne, ils opposent des manifestations pro-Licorne et pro-force onusienne.
A l'opposé, Laurent Gbagbo et ses partisans qui ont cru embarrasser la communauté internationale avec "leur référendum sur l'article 35" de la constitution se retrouvent exactement dans la situation dans laquelle ils ont voulu mettre cette communauté internationale. Ce qui était clamé comme une victoire à la sortie du conclave du Conseil de sécurité et de paix de l'Union africaine de Libreville se révèle, comme on pouvait s'y attendre, difficile à mettre en œuvre dans un pays coupé en deux. Pris dans son propre piège, Gbagbo se replie sur son jeu favori, la surenchère guerrière. Il n'a pas d'autre choix, vu que le temps finalement joue contre lui.
Pour organiser un scrutin acceptable, il faut un processus minimum : recensement des électeurs, établissement des cartes d'identités et d'électeurs, détermination de circonscriptions électorales et possibilité pour les agents commis aux opérations de vote de pouvoir se déplacer sur l'ensemble du territoire. Pour le référendum, aucune de ces mesures ne peut être accomplie dans l'immédiat. Alors, c'est le cul de sac, d'autant plus que les Forces nouvelles de leur côté conditionnent leur désarmement à l'adoption définitive des lois sur la nationalité et donc l'article 35 qui règle les conditions d'éligibilité à la présidence de la république.
On n'est pas donc très avancé et autant dire que l'on se retrouve dans la situation de l'immédiat après le 19 septembre 2002, quand la crise a éclaté. Le mandat de la force onusienne qui arrive à expiration va certainement donner l'occasion de rediscuter les termes de son nouvel engagement. Pour le camp du président ivoirien, l'un des termes du nouveau mandat ne peut être autre chose que " désarmer les rebelles ou débarrasser le plancher ". Les lieutenants du pouvoir le disent chacun à sa façon. Les milices du pouvoir sont allées se fracasser sur les lignes des Forces nouvelles en début mars pour réaliser le mot d'ordre. Faute d'avoir réussi leur expédition, ils ont laissé la place aux "escadrons marcheurs" du général Blé Goudet. Notre grande malade du Sud n'est pas prête de guérir et les médecins ne veulent plus se bousculer à son cheveu. 2005 qui devait être l'année du bout du tunnel ne montre pas encore de réels signes d'espérer. Et pourtant, c'est cette année. Ça passe ou ça casse.




















© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 03 avril 2005