| La
grande malade du Sud Notre grande voisine du Sud continue
à ne pas bien se porter. Le mois d'avril qui s'annonce sera déterminant
pour l'évolution de la crise qui la secoue. En effet, c'est courant avril
qu'expire le mandat de la force onusienne et déjà chacun des camps
veut saisir l'occasion pour reposer l'équation de sortie de crise en sa
faveur. La ligne de fracture des deux camps n'a pas beaucoup évolué.
Le camp du président Laurent Gbagbo reste dans sa stature d'" agressé
" avec le droit de se défendre, y compris, ou disons de façon
préférentielle, par le moyen des armes. La guerre d'abord, à
défaut le dialogue. Du côté de la rébellion, la
nécessité a fini par faire loi. Le temps, l'enclavement, le tarissement
des moyens et les clivages prévisibles pour un mouvement aussi hétéroclite
ont fini par ramener les ambitions à des proportions raisonnables. Les
Forces nouvelles ont compris qu'une victoire militaire n'est plus à leur
portée et peut-être même qu'elle n'est plus souhaitable. La
situation présente, au niveau diplomatique cela s'entend, arrange bien
les " soudards " de Bouaké qui n'ont plus les moyens de gagner
une guerre mais pourraient amplement tirer profit d'une paix des braves. C'est
ce qu'ils ont compris et c'est pourquoi aux manifestations anti force onusienne,
ils opposent des manifestations pro-Licorne et pro-force onusienne. A l'opposé,
Laurent Gbagbo et ses partisans qui ont cru embarrasser la communauté internationale
avec "leur référendum sur l'article 35" de la constitution
se retrouvent exactement dans la situation dans laquelle ils ont voulu mettre
cette communauté internationale. Ce qui était clamé comme
une victoire à la sortie du conclave du Conseil de sécurité
et de paix de l'Union africaine de Libreville se révèle, comme on
pouvait s'y attendre, difficile à mettre en uvre dans un pays coupé
en deux. Pris dans son propre piège, Gbagbo se replie sur son jeu favori,
la surenchère guerrière. Il n'a pas d'autre choix, vu que le temps
finalement joue contre lui. Pour organiser un scrutin acceptable, il faut
un processus minimum : recensement des électeurs, établissement
des cartes d'identités et d'électeurs, détermination de circonscriptions
électorales et possibilité pour les agents commis aux opérations
de vote de pouvoir se déplacer sur l'ensemble du territoire. Pour le référendum,
aucune de ces mesures ne peut être accomplie dans l'immédiat. Alors,
c'est le cul de sac, d'autant plus que les Forces nouvelles de leur côté
conditionnent leur désarmement à l'adoption définitive des
lois sur la nationalité et donc l'article 35 qui règle les conditions
d'éligibilité à la présidence de la république.
On n'est pas donc très avancé et autant dire que l'on se retrouve
dans la situation de l'immédiat après le 19 septembre 2002, quand
la crise a éclaté. Le mandat de la force onusienne qui arrive à
expiration va certainement donner l'occasion de rediscuter les termes de son nouvel
engagement. Pour le camp du président ivoirien, l'un des termes du nouveau
mandat ne peut être autre chose que " désarmer les rebelles
ou débarrasser le plancher ". Les lieutenants du pouvoir le disent
chacun à sa façon. Les milices du pouvoir sont allées se
fracasser sur les lignes des Forces nouvelles en début mars pour réaliser
le mot d'ordre. Faute d'avoir réussi leur expédition, ils ont laissé
la place aux "escadrons marcheurs" du général Blé
Goudet. Notre grande malade du Sud n'est pas prête de guérir et les
médecins ne veulent plus se bousculer à son cheveu. 2005 qui devait
être l'année du bout du tunnel ne montre pas encore de réels
signes d'espérer. Et pourtant, c'est cette année. Ça passe
ou ça casse.
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