Nos rubriques

Edito

Façon de voir

Contre jour

Bouillon de culture

Dossier N°1

Dossier N°2

Dossier N°3

Société

Sport


 

 

 

 

Façon de voir
Par Newton Ahmed BARRY

Que nous reserve le 04 février prochain ?

Comme vous le savez déjà, toutes les centrales syndicales et syndicats autonomes de notre pays ont signé un mot d'ordre de grève commun pour le 4 février prochain. Si c'était au temps de la deuxième République, c'est sûr, le pays allait trembler. Mais depuis, beaucoup d'eaux a coulé sous les ponts. Les syndicats ne sont plus ce qu'ils étaient. Mais qu'à cela ne tienne. Ce rendez-vous du 4 février donne des soucis tout de même aux hommes du pouvoir. Savez-vous pourquoi ? Eh bien ! parce qu'ils se disent que les commerçants et les militaires de l'ECOMOG pourraient se joindre à la manif. Cette perspective est donc vécue avec appréhension. Pour désamorcer cette menace, une série de mesures devrait être incessamment annoncée.
Pour les militaires de l'ECOMOG, en tout premier lieu, il est prévu de payer une partie des indemnités réclamées d'ici fin janvier.
L'annonce serait en préparation. Même si la totalité des sommes dues ne sera pas payée, l'avance est annoncée pour être conséquente.
Pour les commerçants, la commune de Ouagadougou devrait dire sans délai, ce qu'ils veulent entendre. Il s'agit notamment de la réhabilitation de Rood Woko. Les finances sont acquises et les travaux seront lancés certainement avant le 4 février. Pour faire bonne mesure, la maîtrise d'ouvrage pour réhabiliter Rood Woko déjà opérationnelle depuis le 11 janvier peut être utilement mis à contribution. La maîtrise d'ouvrage a remplacé la commission ad hoc. Techniquement, il s'agit là d'une évolution qualitative qui veut dire au moins que les études techniques sont en cours ou sont achevées. Ce que l'on sait déjà, de l'avis de la direction de la presse ministérielle du département des Infrastructures, le gouvernement dont la volonté est " la réhabilitation à l'identique du marché de Rood Woko… " a inscrit un crédit au budget de l'Etat et fait des démarches auprès de partenaires au développement pour obtenir les financements nécessaires. Les démarches étant engagées, on peut croire qu'il n'est pas nécessaire d'attendre la réponse des partenaires pour engager les travaux. N'est-ce pas ce qu'avait fait Thomas Sankara en son temps ? Il avait demandé de casser l'ancien marché, parce que ce faisant, le gouvernement révolutionnaire n'avait d'autre choix que de trouver l'argent. La tactique avait été payante, même si l'ambition de départ, faire un marché de plusieurs niveaux, a été abandonnée.
Avec ces mesures, les têtes pensantes du gouvernement pensent vider le 4 février de sa charge explosive. En effet, les syndicats traditionnels, même nombreux, ne constituent plus une force sociale susceptible d'ébranler le pouvoir politique. Les structures, de façon générale, n'ont plus la légitimité d'antan et les travailleurs ne croient plus en leur capacité à arracher quoi que ce soit au pouvoir. Même si les raisons qui conduisent à cette grève sont pertinentes.
Il reste maintenant à éviter que les commerçants, dont on connaît la capacité de nuisance, ne se mêlent à la démonstration. Si Ouagadougou devait connaître une grève des marchés le 4 février, l'effet du débrayage prendrait une autre ampleur. De façon symbolique depuis le temps des Jo Weder1, à la veille du 3 janvier 1966, le marché n'avait plus fait grève. Les commerçants sont un enjeu politique certain sur l'échiquier politique burkinabè. C'est pourquoi Simon Compaoré, le maire de Ouagadougou, n'a jamais pu rien leur refuser. Cette bienveillance est allée jusqu'à laisser les installations anarchiques dans le marché jusqu'à conduire à l'incendie de Rood Woko. Aujourd'hui, ce n'est plus le parfait amour entre les commerçants et le maire de la capitale. Les syndicats, en prenant en compte la doléance des commerçants, " la reconstruction diligente du marché central de Ouagadougou ( Rood Woko "), veulent les mettre de leur côté et créer l'effet amplificateur qui donnera un écho certain à la grève du 4 février.
Il faut aussi éviter que les ex-soldats de l'ECOMOG, dont la doléance est présentement devant la justice, ne se mêlent aux grévistes. Déjà, à la marche de protestation du 18 décembre dernier, une petite pancarte portait les doléances des anciens de l'ECOMOG. Pour la prochaine grève, il faudra éviter que la jonction ne se fasse.
Un régime n'est jamais rassuré à l'idée d'une démonstration de militaires. Ce n'est pas parce que le crapaud ne mord pas qu'il faut le mettre dans son caleçon n

1 Il s'agit de Joseph Ouédraogo, ancien syndicaliste et homme politique de Ouagadougou. Il avait joué un rôle important dans la chute de Maurice Yaméogo, le premier président du Burkina Faso.

















© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 25 janvier 2005