| Que
nous reserve le 04 février prochain ? Comme vous
le savez déjà, toutes les centrales syndicales et syndicats autonomes
de notre pays ont signé un mot d'ordre de grève commun pour le 4
février prochain. Si c'était au temps de la deuxième République,
c'est sûr, le pays allait trembler. Mais depuis, beaucoup d'eaux a coulé
sous les ponts. Les syndicats ne sont plus ce qu'ils étaient. Mais qu'à
cela ne tienne. Ce rendez-vous du 4 février donne des soucis tout de même
aux hommes du pouvoir. Savez-vous pourquoi ? Eh bien ! parce qu'ils se disent
que les commerçants et les militaires de l'ECOMOG pourraient se joindre
à la manif. Cette perspective est donc vécue avec appréhension.
Pour désamorcer cette menace, une série de mesures devrait être
incessamment annoncée. Pour les militaires de l'ECOMOG, en tout premier
lieu, il est prévu de payer une partie des indemnités réclamées
d'ici fin janvier. L'annonce serait en préparation. Même si la
totalité des sommes dues ne sera pas payée, l'avance est annoncée
pour être conséquente. Pour les commerçants, la commune
de Ouagadougou devrait dire sans délai, ce qu'ils veulent entendre. Il
s'agit notamment de la réhabilitation de Rood Woko. Les finances sont acquises
et les travaux seront lancés certainement avant le 4 février. Pour
faire bonne mesure, la maîtrise d'ouvrage pour réhabiliter Rood Woko
déjà opérationnelle depuis le 11 janvier peut être
utilement mis à contribution. La maîtrise d'ouvrage a remplacé
la commission ad hoc. Techniquement, il s'agit là d'une évolution
qualitative qui veut dire au moins que les études techniques sont en cours
ou sont achevées. Ce que l'on sait déjà, de l'avis de la
direction de la presse ministérielle du département des Infrastructures,
le gouvernement dont la volonté est " la réhabilitation à
l'identique du marché de Rood Woko
" a inscrit un crédit
au budget de l'Etat et fait des démarches auprès de partenaires
au développement pour obtenir les financements nécessaires. Les
démarches étant engagées, on peut croire qu'il n'est pas
nécessaire d'attendre la réponse des partenaires pour engager les
travaux. N'est-ce pas ce qu'avait fait Thomas Sankara en son temps ? Il avait
demandé de casser l'ancien marché, parce que ce faisant, le gouvernement
révolutionnaire n'avait d'autre choix que de trouver l'argent. La tactique
avait été payante, même si l'ambition de départ, faire
un marché de plusieurs niveaux, a été abandonnée.
Avec ces mesures, les têtes pensantes du gouvernement pensent vider
le 4 février de sa charge explosive. En effet, les syndicats traditionnels,
même nombreux, ne constituent plus une force sociale susceptible d'ébranler
le pouvoir politique. Les structures, de façon générale,
n'ont plus la légitimité d'antan et les travailleurs ne croient
plus en leur capacité à arracher quoi que ce soit au pouvoir. Même
si les raisons qui conduisent à cette grève sont pertinentes. Il
reste maintenant à éviter que les commerçants, dont on connaît
la capacité de nuisance, ne se mêlent à la démonstration.
Si Ouagadougou devait connaître une grève des marchés le 4
février, l'effet du débrayage prendrait une autre ampleur. De façon
symbolique depuis le temps des Jo Weder1, à la veille du 3 janvier 1966,
le marché n'avait plus fait grève. Les commerçants sont un
enjeu politique certain sur l'échiquier politique burkinabè. C'est
pourquoi Simon Compaoré, le maire de Ouagadougou, n'a jamais pu rien leur
refuser. Cette bienveillance est allée jusqu'à laisser les installations
anarchiques dans le marché jusqu'à conduire à l'incendie
de Rood Woko. Aujourd'hui, ce n'est plus le parfait amour entre les commerçants
et le maire de la capitale. Les syndicats, en prenant en compte la doléance
des commerçants, " la reconstruction diligente du marché central
de Ouagadougou ( Rood Woko "), veulent les mettre de leur côté
et créer l'effet amplificateur qui donnera un écho certain à
la grève du 4 février. Il faut aussi éviter que les ex-soldats
de l'ECOMOG, dont la doléance est présentement devant la justice,
ne se mêlent aux grévistes. Déjà, à la marche
de protestation du 18 décembre dernier, une petite pancarte portait les
doléances des anciens de l'ECOMOG. Pour la prochaine grève, il faudra
éviter que la jonction ne se fasse. Un régime n'est jamais rassuré
à l'idée d'une démonstration de militaires. Ce n'est pas
parce que le crapaud ne mord pas qu'il faut le mettre dans son caleçon
n 1 Il s'agit de Joseph Ouédraogo, ancien syndicaliste et homme
politique de Ouagadougou. Il avait joué un rôle important dans la
chute de Maurice Yaméogo, le premier président du Burkina Faso.
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