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Chapeau,
Monsieur le Procureur!
Une veuve qui avait été honteusement
spoliée par un groupe de coquins opérant au sein
même de la préfecture de Dori a été
rétablie dans ses droits par le procureur du Faso près
le Tribunal de grande instance de Dori. C'est un fait inédit
qui mérite que l'on s'y attarde. En effet, le délégué
de Selbo, un village à quelques kilomètres de Dori,
fait arraisonner une génisse et un taureau appartenant
à une veuve. Aussitôt arraisonnés, les animaux
sont mis en vente aux enchères, sans papiers et sans autres
formalités préalables. Le délégué
du village lui-même s'est acheté le taureau, par
le couvert de sa frangine, et a fait convoyer la génisse
à Dori pour être remise à un agent de la préfecture,
un certain Bill. Ce dernier procède aussitôt à
la vente de l'animal. Le butin est ainsi partagé.
L'information parvient à la veuve qui, depuis la disparition
de ses animaux, avait fait faire des communiqués à
la radio locale. Elle prend son courage à deux mains et
se rend à la préfecture. Le préfet qui la
reçoit feint l'étonnement et lui promet que ses
animaux lui seront restitués sans délai. La veuve,
comme c'est de tradition dans le milieu, acquiesce en invoquant
le nom de Dieu. Le préfet lui dit que ce n'est même
pas la peine de mêler Dieu à ça. Lui préfet
n'a pas signé un acte de vente aux enchères, il
ne voit pas pourquoi ses agents vont le faire. Il répète
à la veuve que ses animaux lui seront restitués
sine die.
Des semaines passent et la pauvre ne voit rien venir. Elle retourne
voir le préfet. Ce n'est plus le même homme qu'elle
avait rencontré la dernière fois. Le préfet
lui dit maintenant se souvenir d'un communiqué qu'il avait
signé et fait lire sur les antennes de la radio. Le directeur
de la radio saisi ne le confirme pas. La veuve décide,
chose rare, de saisir la Justice. Elle tombe sur un jeune procureur
qui fait honneur à son serment. Ce dernier confie l'instruction
à la gendarmerie, qui fait bien son travail et qui ne tarde
pas à découvrir que la procédure ne repose
sur rien de légal. Il s'agit en réalité d'un
véritable vol. Les animaux ont été vendus
et les sous dissipés au niveau de la préfecture.
Une fois l'instruction bouclée, le procureur passe à
l'action. Il convoque le préfet et ses agents et les somme
de restituer les animaux sous 72 heures. Les coquins qui se croient
intouchables font de la résistance. Pour leur montrer que
force reste à la loi, le procureur fait déposer
l'agent de préfecture et le délégué
de Selbo. Dès cet instant, c'est la débandade dans
le rang des coquins. Les animaux sont ramenés dare-dare
et restitués à la veuve.
Nous n'avons pas résisté à la tentation de
relater cette histoire parce que la Justice dans cette affaire
s'est honorée en nous honorant, puisque c'est au nom du
peuple burkinabè que la justice est rendue. Dans ces contrées
éloignées de la capitale où l'analphabétisme
règne en maître, certains agents de l'administration
se comportent encore comme des colons (cf. Façon de voir
précédent). Ils s'appuient pour cela sur la pègre
locale, ces agents locaux ou intermédiaires de l'administration
qui sucent la misère de leurs frères.
Dans cette affaire, le nommé Bill n'est autre qu'un des
tous nouveaux responsables locaux du CDP, le parti au pouvoir.
Depuis son " divorce " d'avec Lompo et son groupe, le
ministre Kader Cissé qui est le proconsul du CDP dans cette
région, avait élevé ce même Bill au
rang de responsable local du parti majoritaire. L'intéressé
et bien d'autres encore au niveau de la préfecture vivaient
cette promotion comme une immunité qui leur permettait
tout. Le jeune procureur qui vient de leur montrer que force reste
à la loi a réhabilité la République
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