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Façon de voir
Par Newton Ahmed BARRY
Newton Ahmed Barry, Redacteur en chef

Chapeau, Monsieur le Procureur!

Une veuve qui avait été honteusement spoliée par un groupe de coquins opérant au sein même de la préfecture de Dori a été rétablie dans ses droits par le procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Dori. C'est un fait inédit qui mérite que l'on s'y attarde. En effet, le délégué de Selbo, un village à quelques kilomètres de Dori, fait arraisonner une génisse et un taureau appartenant à une veuve. Aussitôt arraisonnés, les animaux sont mis en vente aux enchères, sans papiers et sans autres formalités préalables. Le délégué du village lui-même s'est acheté le taureau, par le couvert de sa frangine, et a fait convoyer la génisse à Dori pour être remise à un agent de la préfecture, un certain Bill. Ce dernier procède aussitôt à la vente de l'animal. Le butin est ainsi partagé.
L'information parvient à la veuve qui, depuis la disparition de ses animaux, avait fait faire des communiqués à la radio locale. Elle prend son courage à deux mains et se rend à la préfecture. Le préfet qui la reçoit feint l'étonnement et lui promet que ses animaux lui seront restitués sans délai. La veuve, comme c'est de tradition dans le milieu, acquiesce en invoquant le nom de Dieu. Le préfet lui dit que ce n'est même pas la peine de mêler Dieu à ça. Lui préfet n'a pas signé un acte de vente aux enchères, il ne voit pas pourquoi ses agents vont le faire. Il répète à la veuve que ses animaux lui seront restitués sine die.
Des semaines passent et la pauvre ne voit rien venir. Elle retourne voir le préfet. Ce n'est plus le même homme qu'elle avait rencontré la dernière fois. Le préfet lui dit maintenant se souvenir d'un communiqué qu'il avait signé et fait lire sur les antennes de la radio. Le directeur de la radio saisi ne le confirme pas. La veuve décide, chose rare, de saisir la Justice. Elle tombe sur un jeune procureur qui fait honneur à son serment. Ce dernier confie l'instruction à la gendarmerie, qui fait bien son travail et qui ne tarde pas à découvrir que la procédure ne repose sur rien de légal. Il s'agit en réalité d'un véritable vol. Les animaux ont été vendus et les sous dissipés au niveau de la préfecture.
Une fois l'instruction bouclée, le procureur passe à l'action. Il convoque le préfet et ses agents et les somme de restituer les animaux sous 72 heures. Les coquins qui se croient intouchables font de la résistance. Pour leur montrer que force reste à la loi, le procureur fait déposer l'agent de préfecture et le délégué de Selbo. Dès cet instant, c'est la débandade dans le rang des coquins. Les animaux sont ramenés dare-dare et restitués à la veuve.
Nous n'avons pas résisté à la tentation de relater cette histoire parce que la Justice dans cette affaire s'est honorée en nous honorant, puisque c'est au nom du peuple burkinabè que la justice est rendue. Dans ces contrées éloignées de la capitale où l'analphabétisme règne en maître, certains agents de l'administration se comportent encore comme des colons (cf. Façon de voir précédent). Ils s'appuient pour cela sur la pègre locale, ces agents locaux ou intermédiaires de l'administration qui sucent la misère de leurs frères.
Dans cette affaire, le nommé Bill n'est autre qu'un des tous nouveaux responsables locaux du CDP, le parti au pouvoir. Depuis son " divorce " d'avec Lompo et son groupe, le ministre Kader Cissé qui est le proconsul du CDP dans cette région, avait élevé ce même Bill au rang de responsable local du parti majoritaire. L'intéressé et bien d'autres encore au niveau de la préfecture vivaient cette promotion comme une immunité qui leur permettait tout. Le jeune procureur qui vient de leur montrer que force reste à la loi a réhabilité la République






Concept. & Réalisation A. Diallo
Date de mise en ligne: 24 mai 2004
© L'Evénement - Décembre 2001