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Sacré
Bassolet !
Autant dire qu'avec lui, on n'est jamais à court de surprises.
La dernière, vous la connaissez ! Ainsi donc, contre les
commerçants, le jeudi 12 février dernier "les
forces de l'ordre n'ont pas fait usage d'arme de guerre".
Sans blague ! Parce qu'il est même imaginable que dans le
cadre d'un simple maintien de l'ordre, les forces de sécurité
puissent faire usage d'" armes de guerre " contre leurs
propres frères ? On savait notre futé ministre théoricien
d'une assez curieuse façon de réprimer les manifestations
sur la voie publique. Ce qu'il a dit la semaine dernière
au point de presse du gouvernement n'est qu'une suite logique
de cette théorie "Bassolet" qui prescrit l'approche
suivante pour contenir les manifestants sur la voie publique :
"les forces de l'ordre, pour contenir les manifestants doivent
commencer à tirer des pieds vers la tête" (interview
exclusive à Jeanne Coulibaly de la TNB en 1999). En considérant
cette théorie comme le primat de l'action du ministre Bassolet,
ce qui est dit au point de presse du gouvernement paraît
même banal à la limite, ou à tout le moins
une façon de répondre : " vous vous plaignez
! Et si nous avions utilisé des armes de guerre, alors
? " Parce que cela reste dans l'ordre du possible en considérant
la théorie " Bassolet ".
Mais revenons aux armes conventionnelles qui ont été
celles utilisées par les CRS. Même dans ce cas, il
n'y a pas d'excuses absolutoires pour le ministre et pour les
responsables de la Sécurité. En experts des armes,
ils savent qu'il n'en a aucune qui soit inoffensive dans l'absolu.
C'est pourquoi, chaque type d'arme est accompagné, comme
on le fait pour les médicaments, d'une notice d'utilisation.
Les armes conventionnelles de maintien de l'ordre peuvent provoquer
des blessures dangereuses et même mortelles dans certains
cas précis : la distance, la direction d'utilisation et
l'espace dans lequel cette utilisation est faite. Ce que reconnaît
a posteriori Bassolet lui-même, pour expliquer la survenue
de blessés graves : "soit les intéressés
auraient piétiné les grenades, soit ce sont les
CRS qui les ont mal lancées". Il y avait donc un risque
évident de causer des dommages graves sur la foule à
l'occasion de cette charge des CRS. Le premier facteur, c'était
l'endroit lui-même, très cloisonné et avec
des aspérités qui, dans le cadre d'une folle bousculade,
comme il s'en produit avec les charges de police, allait occasionner
inévitablement des blessures graves. Ensuite, il y avait
l'âge des manifestants. Ce jour là, il y avait une
proportion importante de personnes d'âge mûr ( la
cinquantaine passée ) qui prenait part à la manifestation.
La preuve, les blessés graves se recrutent en leur sein.
Enfin, l'utilisation des fusils lance grenades : en tir tendu
et à une distance aussi rapprochée, c'est l'heureuse
providence s'il n'y a pas eu mort d'homme. L'autorité en
charge de la sûreté ne pouvait faire montre d'une
plus grave légèreté, même si Bassolet
semble insinuer que "l'autorité qui a l'expérience
requise pour faire gazer les manifestants" n'était
pas celle-là qui a pris cette décision. Alors, qui
a pris l'initiative de disperser par "tous les moyens",
les manifestants du jeudi 12 février ? Espérons
d'en savoir plus. De toute façon ce n'est pas la première
fois que Djibril et Simon se renvoient la "patate chaude".
Enfin, à propos de l'autorisation de manifester sur la
voie publique : cette loi dénoncée depuis sa gestation
comme foncièrement inique et anti démocratique démontre
à chaque occasion tout le mal que l'on pense d'elle. La
manifestation sur la voie publique, comprise comme une forme de
contestation de l'action publique des gouvernants, ne peut être
soumise à leur autorisation. Autrement, aucun mécontent
ne peut se faire entendre. En l'occurrence, les commerçants
voulaient manifester contre l'intention, supposée ou vraie,
de la commune et des autorités publiques de les déposséder
de leur cadre de travail. Pour en arriver à cette démonstration
publique, il faut que ces gens d'ordinaire si conciliants aient
épuisé toutes les voies de recours. Il ne leur restait
plus que la voie de la dénonciation publique. L'autorité
mise en cause, pour les avoir réprimés avec autant
de brutalité, devait avoir des choses sous le coude, qu'elle
ne souhaitait pas que l'on connaisse.
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