Quel cadeau
de vacances de Tertius aux Burkinabè !
Notre bien aimé gouvernement sait nous rendre au centuple
l'amour que nous lui portons. Alors qu'une grande partie du pays
ploie sous les inondations et que la grande période de
soudure a commencé, le gouvernement de Tertius nous gratifie
d'un cadeau d'une augmentation du prix des carburants. Comme ça
! Sans rien expliquer. Chacun s'en fera sa propre religion.
A la libéralisation des prix des hydrocarbures, le gouvernement
nous avait imposé des canevas pour justifier la hausse
ou la baisse du prix des carburants. Le principal facteur de cette
fluctuation, c'est évidemment le cours mondial des hydrocarbures.
Si les prix montent au niveau international, le gouvernement faisait
répercuter cela sur les consommateurs burkinabè.
A l'inverse, les mêmes consommateurs devraient souffler.
Le constat que l'on peut faire après plus d'une décennie
d'application de cette mesure, c'est que les prix ont plus augmenté
qu'ils n'ont baissé. Il semble même impossible d'imaginer
un retour au prix planchés d'avant 1994. Les quelques rares
et maigres baisses des prix des carburants sont immédiatement
suivies d'une hausse qui crève un nouveau plancher. Un
exemple simple. Si à l'instant T le litre d'essence super
coûte 550 f cfa, s'il baisse de 40 f dans les jours qui
suivent, l'augmentation qui suivra sera d'environ 70 f. Conséquence,
les prix n'ont cessé de croître régulièrement
et de façon exponentielle depuis 1994. La libéralisation
des prix n'a produit pour les Burkinabè aucun effet bénéfique.
Un autre problème, c'est que le gouvernement ne se donne
même plus la peine de les informer des fluctuations des
prix. C'est pour éviter de donner des explications sur
les motifs de la fluctuation. Alors les Burkinabè sont
réduits à constater les fluctuations à la
pompe. Notre gouvernement sait bien se montrer prévenant
quand il le veut.
Peut-être que quelque part aussi, c'est ce que nous méritons.
Un gouvernement se comporte exactement selon sa population. En
la matière, nous n'avons pas su dire au gouvernement qu'il
devrait avoir plus d'égard pour nous. Alors Tertius et
les siens peuvent aller tranquillement se dorer dans les endroits
paradisiaques de la terre en nous laissant dans la merde. Ils
n'ont rien à redouter.
L'opinion nationale burkinabè, comme aimait à le
dire le regretté Norbert Zongo, s'exprime dans la bière
et entre deux brochettes pimentées. Une dizaine d'année
après sa mort, cette réalité n'a pas changé.
Il faut quand même qu'une religion soit définitivement
faite sur cette question du carburant. En février dernier,
en reportage, nous avons été surpris de constater
que le litre du super à Niamey coûtait moins de 500
f cfa. Chez nous, il était déjà à
plus de 600 f. Au même moment au Togo, dans la ville frontalière
de Cinkancé, le super est demeuré longtemps à
moins de 500f. Et ce prix est le même sur l'ensemble du
territoire togolais. Au Burkina Faso, les prix du carburant sont
instables, mais ne sont pas les mêmes sur l'ensemble du
territoire. L'essence coûte moins cher dans la capitale,
Ouagadougou, où les gens sont mieux lotis en terme de pouvoir
d'achat que dans l'intérieur du pays moins favorisé.
Alors, c'est quoi la politique de justice sociale de notre gouvernement
qui n'assure pas la protection aux plus démunies ? Les
moins bien lotis payent pour les mieux lotis.
Peut-être faudrait-il définitivement publier cette
fameuse structure des prix des carburants toujours promise, mais
jamais publiée.
Sauf à considérer que la récente augmentation
pirate vise à combler l'échec dans le recouvrement
de la TDC, cette taxe pour le développement communal prévue
dans le budget 2010, mais difficile à mettre en uvre.
Les partenaires sociaux promettent de sévir sans le faire,
mais cette menace semble pour l'instant dissuader les communes
de commencer le contrôle de la TDC. Sauf quand on est en
infraction. Les policiers municipaux alors demandent au contrevenant
sa TDC et lui applique les pénalités en cas de non
production de cette attestation. Un subterfuge qui permet de recouvrer
au compte goûte cet impôt controversé. Les
responsables syndicaux ayant compris le stratagème ont
donné récemment de la voix, mais vraisemblablement,
ils ne peuvent pas faire plus. Un général pour faire
la guerre a besoin de troupes galvanisées et déterminées.
Les Burkinabè se sont depuis longtemps abandonnés
à la providence. Ils attendent que quelqu'un quelque part
vienne faire pour eux, ce qu'ils doivent faire. Alors Tertius,
bonnes vacances ! Les Moose nous l'ont enseigné depuis
la nuit des temps : Quand on ne peut rien contre son voleur, il
faut l'aider à porter son butin.
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