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Un panier de
responsables compétents issus d'équipes successives!
Très belle formule n'est-ce pas que cette idée
de "panier de responsables compétents issus d'équipes
successives" ? Elle rappelle cette autre formule qui instruit
qu'il ne faut pas mettre tous ses ufs dans un même
panier. Il y a dans cette formule des évêques du
Burkina Faso, une idée de dynamisme et complémentarité
indispensable dans la vie des nations. Elle exclut en même
temps une idée d'hommes ou de groupe providentiel. Une
nation qui a plusieurs " paniers " de responsables compétents
a plus de chance d'affronter l'avenir avec beaucoup de succès
qu'un pays qui n'a qu'un seul panier de responsables compétents.
Il s'en suit qu'un homme ou un groupe d'hommes d'un unique panier
ne peut pas, quelque soit le talent et le génie, assurer
le développement d'une nation. Une nation doit avoir plusieurs
choix, plusieurs possibilités en matière de gouvernance.
Une nation doit disposer d'une multitude de compétences
interchangeables, les uns aussi compétents que les autres
prêts à tout moment à prendre au pied levé
la relève. Quand un pays dispose d'une telle richesse humaine,
il est paré pour l'avenir. Cela ne veut pas dire qu'il
ne faut pas reconnaître le mérite des gens. Il faut
non seulement le reconnaître, mais même le célébrer.
Parce que ce faisant, on cultive la culture du mérite qui
est la seule voie pour une nation de tirer la substantielle moelle
de ses ressources humaines. On se développe avec les meilleurs,
parce que le développement, c'est un mouvement vers le
meilleur.
Les évêques du Burkina Faso n'ont visiblement pas
voulu seulement se mêler du débat actuel sur l'article
37, ils ont saisi l'occasion pour faire une action de pédagogie
à l'ensemble de la classe politique. Sur la révision
de la constitution de façon générale, ils
pensent qu'il ne faut pas l'exclure d'emblée. Cependant,
les reformes doivent s'opérer "avec sagesse"
permettant aux institutions d'assurer toujours "un mieux-être
aux populations". Il y a donc un rappel du fondement du gouvernement
des hommes : "la sagesse et le souci de l'intérêt
général". Chaque fois qu'une action du gouvernement
s'écarte de cette nécessité, elle met la
société en danger.
C'est pourquoi en examinant les velléités de révision
de l'article 37, qui voudraient supprimer la limitation des mandats
présidentiels à deux consécutivement, les
évêques ont tenu à faire les remarques suivantes
:
la dernière fois que la limitation des mandats présidentiels
avait été supprimée par une révision
constitutionnelle, elle n'avait pas apporté le bonheur
au pays.
Ensuite, l'esprit et la lettre de la constitution de 1991 imposent
la limitation des mandats présidentiels, puisqu'elle institue
"l'obligation de l'alternance". Les évêques
ont bien formulé cette exigence en indiquant que l'alternance
était: "un point capital pour notre jeune démocratie"
et que le texte constitutionnel de 1991 le rendait "obligatoire"
On aura constaté que cette intervention des évêques
du Burkina Faso est un véritable chef d'uvre de sagesse.
Elle donne en tout cas un autre relief au débat qui avait
cours sur le sujet. Les évêques n'ont invectivé
personne. Ils se sont simplement évertués à
rappeler des principes cardinaux. Le premier de ces principes,
c'est le respect des engagements. Dans cette affaire de l'article
37, Blaise Compaoré ne peut pas se parjurer. C'est lui
qui avait demandé à des personnes sages de lui montrer
les moyens de sortir de la crise née des événements
de Sapouy. Ces personnes ont consciencieusement travaillé
et ont rendu des conclusions dans l'intérêt du pays.
Deuxième principe, la considération des personnes
qui ont été ainsi engagées. Le Collège
des sages était présidé par un évêque,
Mgr Anselme Sanou. C'est son crédit personnel qui a contribué
pour beaucoup dans l'acceptation des résultats du Collège
et dans l'apaisement de la situation sociale. Pour cette personne
et pour d'autres membres encore vivants du Collège, la
tentative de revenir sur la limitation des mandats présidentiels
est un discrédit. Si cela devait advenir, ce sera un grave
précédent pour le pays. Parce que si on a eu besoin
des sages de la République pour sauver le pays du péril,
c'est parce que les institutions habilitées n'en avaient
plus l'autorité morale. Revenir sur la limitation des mandats
présidentiels, ce serait dynamiter l'institution des "
sages " pour toujours.
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