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Façon de voir
Par Newton Ahmed Barry

Un panier de responsables compétents issus d'équipes successives!

Très belle formule n'est-ce pas que cette idée de "panier de responsables compétents issus d'équipes successives" ? Elle rappelle cette autre formule qui instruit qu'il ne faut pas mettre tous ses œufs dans un même panier. Il y a dans cette formule des évêques du Burkina Faso, une idée de dynamisme et complémentarité indispensable dans la vie des nations. Elle exclut en même temps une idée d'hommes ou de groupe providentiel. Une nation qui a plusieurs " paniers " de responsables compétents a plus de chance d'affronter l'avenir avec beaucoup de succès qu'un pays qui n'a qu'un seul panier de responsables compétents. Il s'en suit qu'un homme ou un groupe d'hommes d'un unique panier ne peut pas, quelque soit le talent et le génie, assurer le développement d'une nation. Une nation doit avoir plusieurs choix, plusieurs possibilités en matière de gouvernance. Une nation doit disposer d'une multitude de compétences interchangeables, les uns aussi compétents que les autres prêts à tout moment à prendre au pied levé la relève. Quand un pays dispose d'une telle richesse humaine, il est paré pour l'avenir. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas reconnaître le mérite des gens. Il faut non seulement le reconnaître, mais même le célébrer. Parce que ce faisant, on cultive la culture du mérite qui est la seule voie pour une nation de tirer la substantielle moelle de ses ressources humaines. On se développe avec les meilleurs, parce que le développement, c'est un mouvement vers le meilleur.
Les évêques du Burkina Faso n'ont visiblement pas voulu seulement se mêler du débat actuel sur l'article 37, ils ont saisi l'occasion pour faire une action de pédagogie à l'ensemble de la classe politique. Sur la révision de la constitution de façon générale, ils pensent qu'il ne faut pas l'exclure d'emblée. Cependant, les reformes doivent s'opérer "avec sagesse" permettant aux institutions d'assurer toujours "un mieux-être aux populations". Il y a donc un rappel du fondement du gouvernement des hommes : "la sagesse et le souci de l'intérêt général". Chaque fois qu'une action du gouvernement s'écarte de cette nécessité, elle met la société en danger.
C'est pourquoi en examinant les velléités de révision de l'article 37, qui voudraient supprimer la limitation des mandats présidentiels à deux consécutivement, les évêques ont tenu à faire les remarques suivantes :
la dernière fois que la limitation des mandats présidentiels avait été supprimée par une révision constitutionnelle, elle n'avait pas apporté le bonheur au pays.
Ensuite, l'esprit et la lettre de la constitution de 1991 imposent la limitation des mandats présidentiels, puisqu'elle institue "l'obligation de l'alternance". Les évêques ont bien formulé cette exigence en indiquant que l'alternance était: "un point capital pour notre jeune démocratie" et que le texte constitutionnel de 1991 le rendait "obligatoire"
On aura constaté que cette intervention des évêques du Burkina Faso est un véritable chef d'œuvre de sagesse. Elle donne en tout cas un autre relief au débat qui avait cours sur le sujet. Les évêques n'ont invectivé personne. Ils se sont simplement évertués à rappeler des principes cardinaux. Le premier de ces principes, c'est le respect des engagements. Dans cette affaire de l'article 37, Blaise Compaoré ne peut pas se parjurer. C'est lui qui avait demandé à des personnes sages de lui montrer les moyens de sortir de la crise née des événements de Sapouy. Ces personnes ont consciencieusement travaillé et ont rendu des conclusions dans l'intérêt du pays.
Deuxième principe, la considération des personnes qui ont été ainsi engagées. Le Collège des sages était présidé par un évêque, Mgr Anselme Sanou. C'est son crédit personnel qui a contribué pour beaucoup dans l'acceptation des résultats du Collège et dans l'apaisement de la situation sociale. Pour cette personne et pour d'autres membres encore vivants du Collège, la tentative de revenir sur la limitation des mandats présidentiels est un discrédit. Si cela devait advenir, ce sera un grave précédent pour le pays. Parce que si on a eu besoin des sages de la République pour sauver le pays du péril, c'est parce que les institutions habilitées n'en avaient plus l'autorité morale. Revenir sur la limitation des mandats présidentiels, ce serait dynamiter l'institution des " sages " pour toujours.



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© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 15 mars 2010