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Façon de voir
Par Newton Ahmed Barry

Et le moratoire sur les friches anarchiques ?

En ce début d'une campagne agricole qui s'annonce difficile, comment ne pas revenir sur ce sujet que nous trouvons préoccupant et sur lequel notre gouvernement est complètement aphone. Il s'agit des friches anarchiques qui précédent chaque année les travaux agricoles. Sans aucune précaution, des milliers d'hectares sont annuellement dévastés juste pour faire de petits champs sans réelle incidence sur la productivité générale. Pour l'environnement cependant, c'est la catastrophe. Notre écosystème, déjà très fragilisé par les feux de brousse et la divagation des animaux est pour ainsi dire achevé par les hommes quand le moment de se régénérer arrive. Cette pratique est évidemment la conséquence directe du mode cultural en vigueur dans le pays. Faut-il alors fermer les yeux en attendant que la catastrophe se produise ? Nous pensons qu'au nom du principe de précaution qui guide les actions de l'administration publique, il n'est pas possible d'attendre encore longtemps. Et justement, puisque les députés sont convoqués en ce mois de juin pour examiner la loi sur le foncier rural, n'était-ce pas le bon prétexte pour prendre cette mesure conservatoire ?
En tout cas, il est clair qu'il faut y mettre fin, si non nous courrons un risque écologique sans nom. On aura de toute façon remarqué la vitesse phénoménale avec laquelle les brousses partent en fumée. Pour s'en rendre compte, il suffit d'être un bon observateur en empruntant nos routes nationales, bitumées ou pas. D'année en année, les petites brousses ont disparu pour donner naissance à de petits champs vite abandonnés la saison d'hivernage suivante, puisque les sols pauvres ne supportent pas plus d'une année d'exploitation. Les paysans se voient alors contraints d'aller sur un autre espace. Ce mode de production agricole qui n'est autre que l'économie de cueillette ne peut pas perdurer sans risque. Il faut définitivement faire comprendre à nos braves paysans qu'il en va de la terre, comme des animaux d'embouche. Plus tu la nourris, plus elle va te donner de bonnes récoltes. Deux dispositions devraient nous aider à parvenir à cette sensibilisation : le retour de l'encadrement technique tel qu'annoncé par Tertius à l'occasion de son émission bilan de deux ans à la TNB et puis la communalisation intégrale actuellement en vigueur. Normalement avec la rétrocession des prérogatives prévues par les lois sur la décentralisation, les communes savent les limites territoriales de leur circonscription. Elles sont donc en droit d'organiser l'accession et l'exploitation des terres et à prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver les ressources environnementales de leur commune. Il faut donc, pour prévenir la dégradation continue de notre environnement, forcément réglementer les implantations des concessions nouvelles dans les terres rurales et ne plus laisser l'affaire aux seules dispositions de la RAF qui, si elles introduisent une justice sociale dans l'accès à la terre, ouvre la voie à une occupation anarchique porteuse de tous les dangers avec l'évolution de la démographie et les demandes sans cesse croissantes en ressource foncière.
Il faut le faire maintenant car le temps presse. Nous voyons le problème se poser en terme de conflits meurtriers entre éleveurs et agriculteurs. Il pourrait rapidement déborder ce cadre et opposer autochtones et allogènes, tous agriculteurs. Le foncier prend de plus en plus de l'importance dans notre pays et dans notre économie. Il faut certainement savoir anticiper les préoccupations de cette évolution. C'est pourquoi il nous semble important que l'administration publique décrète à titre conservatoire l'arrêt des friches annuelles anarchiques. Il faut aussi faire respecter la loi qui délimite un périmètre de 50 mètres de chaque côté d'une voie principale pour servir de piste à bétail. Le constat aujourd'hui, c'est que cette disposition n'est pas respectée. Il y a des champs qui montent même parfois sur les accotements de la route. Les députés qui sont appelés à examiner la loi savent certaines réalités et l'intérêt d'une loi comme celle-là, c'est qu'elle devrait transcender les clivages politiques. Tous les députés ont intérêt à un bon solutionnement de la question foncière rurale. Il faut déjà constater la mise en place biaisée des CVD, les comités villageois de développement qui devraient entre autre solutionner ce problème foncier. En dehors d'une réglementation rigoureuse, les CVD sont devenus des appendis des chefs influents ou des maires totalitaires. Composé de façon discriminatoire, excluant très souvent des composantes significatives des communautés locales, les CVD sont déjà en certains endroits des dangers dont il faudra clairement expliquer comment s'en prémunir. Quel contre pouvoir contre les CVD dans les villages autre que le maire ? Le ministre Clément Sawadogo est interpellé.

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 juin 2009